Monde

De Berlin à Paris, comment cherche-t-on un terroriste après un attentat?

Antoine Hasday, mis à jour le 21.12.2016 à 19 h 06

Un Tunisien de 24 ans est visé par un mandat d'arrêt européen depuis mercredi 21 décembre. Dans les affaires de terrorisme, un arsenal sécuritaire renforcé permet-il de capturer les suspects plus facilement?

Le camion à l'origine de l'attentat contre un marché de Noël à Berlin, le 20 décembre 2016 | Tobias SCHWARZ / AFP

Le camion à l'origine de l'attentat contre un marché de Noël à Berlin, le 20 décembre 2016 | Tobias SCHWARZ / AFP

Après les attaques terroristes de juillet 2016 en Allemagne, le ministre de l’Intérieur allemand Thomas de Maizière, a annoncé différentes mesures pour lutter contre le terrorisme. Elles incluaient le renforcement des moyens humains et matériels des forces de sécurité, un durcissement du droit des étrangers, ainsi qu’un allongement des gardes à vue. Aujourd’hui, en plus de la nécessaire sécurisation des places, des voix s’élèvent pour réclamer des patrouilles militaires sur le territoire (actuellement interdites par la Constitution), un armement renforcé pour la police et l’extension de la vidéosurveillance. Toutefois, l’opinion allemande est réticente vis-à-vis d’une surenchère sécuritaire.

A Berlin, la sécurité a été renforcée dans la ville après l'attentat revendiqué par l'Etat islamique contre un marché de Noël ce 19 décembre. Mais la traque du nouveau suspect, un Tunisien de 24 ans –le premier suspect ayant été relâché– n’implique pas de procédure d’exception. Il s’agit d’une opération policière de grande ampleur, supervisée par le parquet fédéral, qui s’est saisi de l’enquête. Le ministre de l’Intérieur a annoncé ce 21 décembre que le suspect faisait l’objet d’un «mandat d'arrêt et de recherche en Allemagne comme dans le reste de l'Europe depuis minuit». 100.000 euros sont offerts pour toute information aidant à arrêter le suspect, que le parquet qualifie d'«armé et dangereux». La police affirme avoir plus de 500 indices en sa possession: des documents d’identité, des traces ADN, des images de vidéosurveillance ainsi que des témoignages. Elle a notamment fouillé les hôpitaux de la région et un foyer de réfugiés. En revanche, la police berlinoise a appelé la population à la discrétion sur ses opérations en partageant une photo de chat et en incitant à ne pas partager de fausses informations, à l’image des autorités belges durant le «lockdown» de novembre 2015. 

En France, l’état d’urgence ne change pas vraiment la donne

Depuis les attentats de Charlie Hebdo, la France a durci son arsenal sécuritaire. A partir du 12 janvier 2015, l’opération Sentinelle a renforcé les patrouilles militaires sur le territoire. Le 24 juillet 2015, la loi relative au renseignement, qui élargit les prérogatives de la police et des services secrets, a été promulguée. A partir du 13 novembre 2015, après attentats de Paris et Saint-Denis, l’état d’urgence a été instauré, puis prolongé à plusieurs reprises. Il autorise notamment les perquisitions administratives (sans le contrôle d’un juge, à n’importe quelle heure) et les assignations à résidence. Par ailleurs, la France a rétabli des contrôles aux frontières, qui ont été renforcés après l’attentat de Nice, le 14 juillet 2016.

Ce dispositif a-t-il aidé dans la traque des terroristes et de leurs complices? Pour Charlie Hebdo comme pour les attentats de Paris, des appels à témoins ont été émis. Les frères Kouachi ont été identifiés grâce à la carte d’identité de l’aîné, Saïd, retrouvée dans la voiture qu’ils ont abandonnée. C’est lorsqu’ils ont volé un véhicule à Montagny-Sainte-Félicité (77) que les deux hommes ont été pris en chasse par la gendarmerie, avant de se retrancher dans une imprimerie à Dammartin-en-Goële. Au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, de très nombreuses perquisitions administratives, permises par l’état d’urgence, ont eu lieu. Elles ont débouché sur quelques procédures judiciaires pour terrorisme, mais pas sur la capture des individus recherchés. Si Abdelhamid Abaaoud a été retrouvé à Saint-Denis, c’est grâce au témoignage d’une femme qui s’est présentée spontanément à la police. La traque de Salah Abdeslam, visé par un mandat d’arrêt européen émis par la France, s’est poursuivie en Belgique. Enfin, après l’attentat de Nice, la France a bénéficié de l’aide d’une cellule de «réponses aux incidents» envoyée par Interpol.

En Belgique, une traque complexe fait évoluer la loi

Au lendemain des attentats du 13 novembre, le gouvernement belge a mis en place des patrouilles militaires sur le modèle de l’opération Sentinelle et rétabli provisoirement des contrôles aux frontières. La Belgique a également émis des «notices rouges» (abusivement appelées «mandats d’arrêts internationaux») auprès d’Interpol, visant notamment Mohamed Abrini. Toutefois, Abdeslam et Abrini ont été capturés à Bruxelles, dans le cadre d’une traque policière de grande ampleur, mais conventionnelle. C’est la présence d’empreintes digitales dans un appartement perquisitionné, ainsi qu’un témoignage, qui ont permis de localiser Abdeslam. Après les attentats de Bruxelles, l’ancien juge antiterroriste Marc Trévidic a d’ailleurs mis en garde le pays contre la tentation sécuritaire: «L’état d’urgence, c’est débile».

En revanche, le ministre de la Justice belge, Koen Geens, a déploré que le code pénal belge interdise les perquisitions entre 21 heures et 5 heures du matin (autorisées par l’état d’urgence en France) dans une telle situation. Cette restriction a empêché les forces de sécurité belges d’investir une planque de Salah Abdeslam où il aurait pu se trouver, trois jours après les attentats de Paris. En avril 2016, les autorités belges ont annoncé plusieurs réformes, notamment l’autorisation des perquisitions de nuit, l’allongement de la durée de la garde à vue, ainsi que le renforcement des moyens de la police et de la justice.

Passée l’urgence, la France et la Belgique ont aussi dû se confronter aux défaillances de leur police, de leur justice et de leurs services de renseignement, épinglés dans des rapports parlementaires. Enfin, le partage d’informations entre les services de polices et de renseignements des pays européens reste à améliorer.

Antoine Hasday
Antoine Hasday (34 articles)
Journaliste
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