Monde

La France est-elle à l'abri d'un drame de grande ampleur lié aux feux d'artifice?

Grégor Brandy, mis à jour le 21.12.2016 à 16 h 46

Une explosion dans un énorme marché de feux d'artifice a causé la mort d'une trentaine de personnes, au Mexique.

Au moins 31 personnes sont mortes et 72 blessées dans une explosion à Tultepec, au Mexique, sur le plus grand marché de feux d'artifice du pays, ce 20 décembre. L'explosion, explique Le Monde, «s’est produite peu avant 15 heures heure locale sur le marché de San Pablito, spécialisé en produits pyrotechniques, qui accueille traditionnellement de nombreux visiteurs à l’approche des fêtes de Noël». La vidéo est impressionnante.

«Six explosions distinctes se sont produites, précise le parquet fédéral dans un communiqué. Les images diffusées sur les réseaux sociaux montrent en effet une impressionnante série d’explosions multicolores suivie par un important dégagement de fumée. “Le marché a totalement disparu”, a déclaré le responsable national de la protection civile, Luis Felipe Puente, sur la chaîne Televisa, précisant que plusieurs blessés se trouvaient “dans un état grave”.»

C'est loin d'être la première fois que des feux d'artifice causent des drames. Le Monde rappelle qu'en septembre 2005, «ce même marché avait été totalement détruit par un incendie provoqué par l’explosion de feux d’artifice, à l’occasion de la fête nationale d’indépendance»

Pour Jean-Baptiste Ducos, conseiller artificier aux Magiciens du Feu, il est «impossible» qu'un drame similaire à ce qui s'est passé au Mexique se produise en France, «pour la simple et bonne raison que là c'était un marché, avec des mèches à l'air libre, des accès non contrôlés et des fumeurs dans les allées. Il y avait des tonnes de produits là-bas qui étaient entreposés sans aucune sécurité et dans des conditions encore inconnus». 

«Quatre hectares de marché, on ne voit pas ça en France. En France, personne ne voudrait s’aventurer dans 40.000m² d'artifices de divertissement avec l'issue la plus proche à 100 mètres. Et puis la préfecture ne pourrait jamais homologuer une telle installation temporaire. On n'a pas le droit de vendre des produits pyrotechniques sur des ventes à l'étalage. On ne verra jamais de produits pyrotechniques sur une brocante, par exemple.»

Pour lui, par ailleurs, les explosions ne sont pas uniquement celles de produits pyrotechniques.

«Une explosion de produits pyrotechniques, ça produit de la fumée, et ça envoie des comètes en l'air. Là, les explosions sont de vraies boules de feu, l'artifice de divertissement ne peut pas produire ce genre d'effet, des réservoirs d'essence ou des bonbonnes de gaz certainement.»

Vieux record français

Si la France n'a pas connu de drames similaires récemment, elle détient néanmoins un triste record depuis le XVIIIè siècle, comme l'expliquait Henry Sutherland, dans son histoire de Paris écrite en 1893, Old and New Paris: Its History, Its People, and Its Places:

«Tout se déroulait pour le mieux quand une bourrasque soudaine rabattit vers les spectateurs quelques fusées qui n’avaient que partiellement explosées. Les feux d’artifice, comme tant d’inventions d’origine italienne, étaient encore, pour la majorité du public français, une relative nouveauté; ce qui, outre les désagréments, voire les dangers, d’une pluie de missiles enflammés tombant sur une foule dense et surexcitée, fut suffisant pour créer la terrible confusion, engendrant des centaines d’accidents fatals, qui s’en est suivie.»

À l'époque, le bilan officiel faisait état de 133 morts, mais, comme nous l'indiquions en juillet dernier, Henry Sutherland rapportait que pour beaucoup de Parisiens, ce bilan était sous-estimé.

Sans aller jusque-là, chaque année, en France, s'il n'y a pas de chiffres officiels, le professeur Philippe Livernaux, chef du service SOS Mains des Hôpitaux universitaires de Strasbourg, estime qu'au moins «500 traumatismes par pétards se produisent chaque année en France. Ils peuvent toucher les mains et/ou la tête».

Des régulations

Pourtant, tous ces produits sont clairement réglementés. «Compte tenu des risques (amputation, brûlures, incendies, perte d'un œil, surdité) et du contexte sécuritaire, les forces de l'ordre ont renforcé leurs contrôles et sensibilisent la population au sujet de ces pétards mais aussi des feux d'artifice», expliquait RTL, le 14 juillet dernier.

«Certains, bien trop dangereux, sont d'ailleurs interdits. D'autres peuvent toutefois être librement achetés par les particuliers, avec prudence».


Mais comme le précise Jean-Baptiste Ducos, même au sein de ces catégories, la dangerosité des produits varie nettement, et c'est l'usage que l'on en fait qui va les rendre dangereux ou non.

«En catégorie 1, on peut avoir un pétard et un fumigène. Si je tiens la deuxième dans la main, je n'ai rien, alors que le pétard va me faire mal. C'est l'usage qui va en faire l'importance, et par conséquence et la dangerosité.»

Grégor Brandy
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