Monde

«Un homme était mort en face de moi, une vie avait disparu devant mes yeux»

Repéré par Robin Panfili, mis à jour le 20.12.2016 à 10 h 37

Repéré sur Associated Press

Burhan Ozbilici, le photographe d'Associated Press présent lors de l'assassinat de l'ambassadeur russe en Turquie raconte comment il est parvenu à garder son sang-froid et il a continué à faire son travail face au tueur.

Une photo prise quelques minutes après la mort de l'ambassadeur russe en Turquie, Andreï Karlov, le 19 décembre 2016. Hasim Kilic/Hurryet/AFP

Une photo prise quelques minutes après la mort de l'ambassadeur russe en Turquie, Andreï Karlov, le 19 décembre 2016. Hasim Kilic/Hurryet/AFP

«Il m'a fallu quelques secondes pour réaliser ce qui venait de se passer: un homme était mort en face de moi; une vie avait disparu devant mes yeux», confie Burhan Ozbilici, un photographe de l'agence de presse Associated Press. Il est à l'origine des images surréalistes de Mevlüt Mert Altintas –l'homme identifié comme un policier turc de 22 ans à l'origine des coups de feu–, capturées peu après que ce dernier ne tue par balles l'ambassadeur russe en Turquie Andreï Karlov à Ankara, le 19 décembre 2016.

Dans un témoignage sur le site d'Associated Press, il raconte la scène qui s'est déroulée devant ses yeux et comment, avec sang froid, il a continué à faire son travail de photographe de presse après les coups de feu. Il raconte qu'il s'est rendu à l'exposition seulement parce que celle-ci se trouvait sur son chemin vers les bureaux d'Associated Press. Presque un hasard pour lui de se trouver dans cette salle d'art où l'ambassadeur russe venait inaugurer une exposition.

«Quand je suis arrivé, le discours avait déjà commencé. Après que l'ambassadeur Andreï Karlov commence sa prise de parole, je me suis approché pour le photographier, pensant que ces images pourraient être utiles pour illustrer des articles sur les relations turco-russes.»

«Je dois faire mon travail»

Et puis, les premiers coups de feu ont retenti. Au moins huit, dans les souvenirs de Burhan Ozbilici qui garde en tête la panique dans la salle. «Le tireur était agité. Il marchait autour du corps de l'ambassadeur au sol, en arrachant quelques-unes des photos accrochés au mur.»

«Les invités ont couru pour se cacher derrière des colonnes et sous des tables. Je suis resté calme, suffisamment calme pour prendre quelques photos. [...] J'ai été choqué et triste, mais j'ai commencé à prendre des photos, m'abritant derrière un mur, dit-il. Voilà ce à quoi je pensais: “Je suis là, que je sois blessé ou tué, je suis un journaliste. Je dois faire mon travail. J'aurais pu fuir sans faire de photos... Mais je n'aurais pas eu de réponse légitime si on m'avait demandé ensuite ‘Pourquoi n'as-tu pas pris de photos'”.»

Burhan Ozbilici raconte que le policier a ensuite crié à tout le monde de se tenir en arrière, avant de pointer son arme vers les invités. «Les gardiens nous ont ordonné de quitter le hall et nous sommes partis», finit-il. Quelques minutes plus tard, Mevlüt Mert Altintas a été tué dans des échanges de tirs avec les forces de sécurité.

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