Allemagne

Après la violence, la haine

Annabelle Georgen, mis à jour le 20.12.2016 à 10 h 36

Merkel et sa politique d'accueil des réfugiés sont en première ligne après qu'un camion a foncé sur un marché de Noël à Berlin, lundi soir, faisant 12 morts.

La police près du camion qui a foncé sur la foule au lendemain de l'attaque, le 20 décembre 2016 à Berlin. Tobias SCHWARZ / AFP

La police près du camion qui a foncé sur la foule au lendemain de l'attaque, le 20 décembre 2016 à Berlin. Tobias SCHWARZ / AFP

Les messages de soutien venus du monde entier se sont amoncelés tout au long de la nuit sur Twitter, sous les hashtags #ichbineinberliner et #Breitscheidplatz, du nom de la place berlinoise où se trouve le marché de Noël qui a été la cible d'une attaque, dans la soirée du lundi 19  décembre 2016, et a vu la mort de 12 personnes.

Mais à côté de ces messages de soutien, d'autres beaucoup plus violents s'en sont immédiatement pris à la chancelière Angela Merkel et à sa politique d'accueil des réfugiés. Et de manière plus en plus vive au fur et à mesure de la soirée, et alors que les médias allemands passaient de l'hypothèse d'un conducteur de camion tchéthchène à celle d'un homme afghan ou pakistanais, entré sur le territoire allemand en tant que réfugié. C'est ce que rapportent Die WeltBild et l'agence de presse allemande DPA tandis que la police n'a encore rien révélé sur l'identité du suspect.

L'un de ces véhéments détracteurs de Merkel a été Markus Pretzell, président régional du parti populiste AfD en Rhénanie-du-Nord-Westphalie et compagnon de Frauke Petry, la présidente du parti d'extrême droite allemand, qui s'est rué sur Twitter pour déclarer:

«Quand l'État de droit allemand va-t-il riposter? Quand est-ce que cette hypocrisie va enfin s'arrêter? Ce sont les morts de Merkel! #Nice #Berlin »

À l'heure où Markus Pretzell a posté son tweet, on ne savait pourtant encore quasiment rien de ce qui s'était passé sur le marché de Noël de la Breitscheidplatz, fait remarquer le site du quotidien économique allemand Handelsblatt:

«À ce moment-là, la police berlinoise n'a elle-même aucune information concrète. Elle s'adresse aux citoyens via Twitter: «Aidez-nous, s'il vous plaît. Restez à la maison &  ne répandez pas de rumeurs.» Cet appel ne semble absolument pas être arrivé aux oreilles du compagnon de Frauke Petry.»

Mais Markus Pretzell ne s'est pas arrêté là, ajoutant par exemple à l'adresse de la chancelière et du gouvernement allemand:

«À la «fraction "d'abord-attendre"»: ce qui vient d'arriver découle du fait de vouloir toujours attendre. #Breitscheidplatz»

Et s'en est également pris aux médias allemands qui, prudents, n'ont pas immédiatement utilisé le terme d'attaque ou d'attentat:

«La presse étrangère parle depuis longtemps d'un acte «intentionnel», alors qu'en Allemagne on espère qu'il s'agit d'un «accident» #pervers»

Les éructations de l'homme politique d'extrême-droite ont déclenché plusieurs réactions indignées dans la sphère politique allemande, notamment de la part du vice-président du SPD Ralf Stegner, qui a qualifié ses tweets d'«inconcevables et écœurants» et du député au Bundestag Niema Movassat (Die Linke), qui écrit:«Je crois que les odieux populistes de droite comme #Pretzell #AfD attendent des actes comme à #Berlin pour attiser la haine et se lancer dans des spéculations.»

Markus Pretzell a d'ailleurs retweeté le message de soutien adressé par Marion Maréchal-Le Pen au peuple allemand via Twitter, qui disposait hier soir elle aussi visiblement de plus d'informations que les enquêteurs, tweetant en allemand:

«Solidarité avec le peuple allemand frappé à son tour par le terrorisme islamiste. #Berlin»

 

 

Côté français, l'attaque du marché berlinois a également déclenché une salve de tweets anti-Merkel et xénophobes, islamophobes et violents: 

Face à ces tentatives d'instrumentalisation du drame, le dessinateur allemand Ralph Ruthe a choisi l'humour:

«Qui n'est PAS coupable de ce qui s'est passé à #breitscheidplatz:

Merkel

Les réfugiés

Les bonnes personnes

Qui est coupable:

celui qui conduisait le camion #c'estcertain»

Annabelle Georgen
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