Allemagne

L'attentat de Berlin aura des répercussions politiques

Daniel Vernet, mis à jour le 20.12.2016 à 7 h 41

L’attentat de Berlin va aggraver le dilemme des responsables politiques allemands: comment tenir compte de la colère des citoyens sans faire le jeu de la droite populiste.

A Berlin après l'attaque sur le marché de Noël le 19 décembre 2016 Odd ANDERSEN / AFP

A Berlin après l'attaque sur le marché de Noël le 19 décembre 2016 Odd ANDERSEN / AFP

Ankara-Berlin: à quelques heures d’intervalle, deux attentats ont ébranlé la soirée du lundi 19 décembre. Dans la capitale turque, l’ambassadeur russe, Andreï Karlov, a été tué de plusieurs coups de feu, alors qu’il inaugurait une exposition. En Allemagne, un camion a foncé dans la foule sur le marché de Noël installé au pied de la Kaiser-Wilhelm-Gedächtniskirche (l’église du souvenir), faisant douze morts et 48 blessés. Aux premières heures de mardi, les autorités allemandes ne voulaient pas confirmer qu’il s’agissait d’un attentat terroriste –et non d’un accident–, mais la police déclarait que le camion avait été lancé «sciemment» sur les piétons.

Deux attentats, deux objectifs

Deux attentats. Deux modes opératoires, deux cibles, deux objectifs. A Ankara, un jeune homme de 23 ans, soupçonné d’être proche du groupe djihadiste al-Nosra, a visé le diplomate russe en tant que représentant du pays qui intervient dans la Syrie voisine contre l’opposition au régime de Bachar el-Assad. «N’oubliez pas Alep! N’oubliez pas la Syrie!», a-t-il crié en turc après avoir tiré sur Andreï Karlov. L’ambassadeur était ciblé, en tant que tel.

A Berlin, les événements rappellent l’attentat de Nice, le 14 juillet, sur la promenade des Anglais. Le camion a foncé indistinctement  dans la foule. Certes, on peut penser que le lieu n’a pas été choisi au hasard: une concentration de gens qui font leurs achats, se détendent après une journée de travail et se réconfortent avec du vin chaud, à l’occasion de la fête chrétienne de Noël. Un symbole, comme l’était le feu d’artifice de la fête nationale française à Nice.

Toute la soirée de lundi, les journalistes comme les dirigeants politiques allemands ont pris grand soin de ne pas trancher hâtivement entre la thèse de l’accident et celle de l’acte terroriste. Ils étaient de toute évidence soucieux d’éviter d’une part de provoquer des réactions politiques et d’autre part de ne pas donner l’impression de vouloir minimiser l’événement. La semaine dernière, la presse allemande, en particulier la télévision publique, avait été critiquée pour ne pas avoir suffisamment «couvert» le meurtre d’une étudiante en médecine de Fribourg en Brisgau (Bade-Wurtemberg) par un jeune réfugié afghan de 17 ans. La crainte des médias était de fournir des arguments à la droite populiste dans le débat sur les réfugiés avec ce que certains considéraient comme un simple fait divers.

Répercussions politiques

L’attentat de Berlin est le dernier ne date d’une série qui a touché l’Allemagne au cours des derniers mois. La semaine dernière, un adolescent de 12 ans, originaire d’Iran, a été arrêté après avoir déposé un colis piégé au marché de Noël de Ludwigshafen (Rhénanie-Palatinat). En juillet, une jeune réfugié afghano-pakistanais a attaqué à la hache des passagers d’un train régional de Wurtzbourg (Bavière). Quelques jours plus tard, un Syrien s’est fait sauter avec un sac à dos rempli d’explosif à l’entrée d’une fête de la musique à Ansbach. Entre temps, un autre jeune d’origine iranienne né en Allemagne avait provoqué une tuerie dans un fast food d’un centre commercial de Munich (9 morts, plusieurs dizaines de blessés). Mais il s’agissait de l’acte d’un forcené, pas d’un attentat terroriste.

Une preuve de plus si c’était nécessaire qu’un pays européen n’est pas à l’abri du terrorisme même s’il ne participe pas activement à la coalition internationale contre Daech

L’attaque du marché de Noël de Berlin est la plus meurtrière qu’ait connue l’Allemagne. Une preuve de plus si c’était nécessaire qu’un pays européen n’est pas à l’abri du terrorisme même s’il ne participe pas activement à la coalition internationale contre Daech. L’Allemagne fait partie de la coalition mais apporte une aide logistique sans prendre part aux bombardements. L’attentat risque d’avoir des répercussions politiques alors que le parti de la droite populiste AfD (Alternative pour l’Allemagne) mène une campagne contre l’islam et que la droite du propre parti de la chancelière critique la politique d’ouverture envers les réfugiés. Au récent congrès de la CDU, Angela Merkel a dû affronter la fronde d’une partie de ses amis chrétiens démocrates qui ont imposé un durcissement de la politique d’immigration.

En 2015, l’Allemagne a accueilli plus de 800.000 réfugiés. La chancelière a été à l’origine de l’accord avec la Turquie pour réduire le flot de migrants en provenance des zones de guerre du Proche-Orient. Mais elle s’est toujours refusée à fixer un «plafond» au nombre de réfugiés, comme le lui demandaient la droite de son parti et le parti frère bavarois.

Ce refus lui a été reproché. Sa popularité en a souffert, dès le début de 2016  après que des centaines de femmes eurent été sexuellement agressées à Cologne pendant la nuit de la Saint-Sylvestre. Au cours des dernières semaines cependant, elle était de nouveau en hausse alors que s’ouvre en Allemagne une année électorale. Après douze ans passés à la chancellerie, Angela Merkel briguera un nouveau mandat à l’occasion des législatives de septembre. L’attentat de Berlin va aggraver le dilemme des responsables politiques allemands: comment tenir compte de la colère des citoyens sans faire le jeu de la droite populiste.

Daniel Vernet
Daniel Vernet (435 articles)
Journaliste
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