Science & santé

Je vis dans un pays où le paracétamol n'est jamais remboursé et je ne suis pas encore mort

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 20.12.2016 à 11 h 12

[BLOG] Quand le petit con de Français part habiter au Canada, il découvre ahuri et scandalisé qu'il lui faudra bourse délier pour s'acheter ses médicaments de confort. Un pur scandale!

Meds | Charles Williams via Flickr CC License by

Meds | Charles Williams via Flickr CC License by

C'est peut-être la chose qui choque le plus quand, exilé de France, vous débarquez dans ce Canada de malheur: les médicaments dits de confort ne sont jamais remboursés. Jamais. Mutuelle ou pas. Riche ou pauvre. Chauve ou chevelu. Goy ou juif.

Mais comment vais-je faire moi qui jusqu'alors bouffait du Doliprane à la petite cuillère, avalait des cachets contre le gonflement d'estomac à la première fondue avalée, tartinait son coude dès l'apparition de possibles prémices d'une foudroyante crise d’eczéma, le tout en déboursant seulement quelques euros quand mon médecin de quartier avait la bonté de me barbouiller une ordonnance pleine de mes bonbons préférés?

Flickr/Freestocks.org-Medications

Vous voulez donc me saigner à mort, m'empêcher de guérir des mille et uns maux qui m'accablent, priver mon corps de ces merveilleuses pastilles dont il a tant besoin et auquel il a été habitué depuis tout petit, m'obliger à mener une existence au rabais où je devrais acheter mes médicaments au compte-goutte, réfléchir à deux fois avant de me procurer une crème à même d'apaiser mes hémorroïdes naissantes, renoncer à guérir d'un vague mal de gorge capable de dégénérer en un cancer soudain de l’œsophage?

Vous désirez quoi au juste, que je meure d'anéantissement, sois foudroyé par une quinte de toux mal soignée, entre dans mon tombeau à cause du fantôme d'un bouton apparu après avoir bu trop de thé vert?

Le pire, c'est que quand bien même votre docteur, après force tractations, menaces, harangues, pleurs, implorations, supplications, pistolet sur la tempe, finit par vous prescrire à regrets quelques médicaments, il ne vous refourgue pas comme n'importe quel toubib bien de chez nous une cargaison entière de boîtes à consommer sans modération, non ce pingre, cet avare, ce monstre d’égoïsme vous autorise à avaler seulement un nombre bien précis de gélules calculé à l'unité près.

Flickr/frankieleon-pop life

Pour une bronchite, ce sera huit cachets à prendre matin et soir durant quatre jours. Pas un de plus. Et si vous n'êtes toujours pas guéri, revenez me voir, on prendra des dispositions pour vos funérailles.

C'est quoi ici, l'Allemagne de l'Est en pire?

Si bien que mon armoire à pharmacie ressemble au désert de Gobi: rien à l'horizon, aucune boîte de médicaments dont je n'ai jamais eu à me servir, aucun sirop contre la toux acheté au cas où, nul échantillon d'une crème réclamée à grands cris pour soigner une future attaque nucléaire de champignons indélicats. Rien de rien. Triste à pleurer.

Du coup, évidemment, je ne suis jamais malade, et quand je le suis vaguement, lorsque je ressens une petite gêne de rien du tout, je ne me précipite plus chez le médecin pour réclamer de lui une ordonnance longue comme mon bras, non, je patiente, je prends sur moi, je remets à demain l'achat d'une potion magique et j'attends l'heure de la guérison qui la plupart du temps ne tarde pas à arriver.

Dans les premiers temps, je rêvais de caddies de Doliprane déposés tous les matins devant ma porte par un pharmacien déguisé en Père Noël. Quand mon humeur était trop chagrine, je ressortais mes ordonnances des temps jadis et m'absorbais dans leur contemplation, une larme à l’œil. J'appelais la Sécurité Sociale française pour m'assurer du taux de remboursement de mes pansements favoris.

Et quand je revenais en France, ma première visite était toujours pour mon médecin qui pleurait avec moi sur mon triste sort et m'offrait des échantillons par poignées entières.

La France, après sa baguette, c'est sa Sécu qu'on regrette le plus!

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Laurent Sagalovitsch
Laurent Sagalovitsch (104 articles)
romancier
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