Monde

Que s'est-il passé à Berlin?

Emmanuelle Chaze, mis à jour le 20.12.2016 à 19 h 12

On compte douze morts et au moins quarante-huit blessés après qu'un camion a foncé sur un marché de Noël à l'ouest de la ville, cinq mois après une série d'attaques qui avaient secoué l'Allemagne.

Ambulances sur le marché de Noël à Berlin, le 19 décembre 2016 | Odd ANDERSEN / AFP

Ambulances sur le marché de Noël à Berlin, le 19 décembre 2016 | Odd ANDERSEN / AFP

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Lundi soir, peu après 20h, un camion s’est précipité sur la foule du marché de Noël de la Gedächtniskirche, l’Eglise du Souvenir, située dans l’ouest de Berlin et haut lieu du tourisme de la capitale allemande, près de la célèbre avenue du Kurfürstendamm. La police fait pour l’instant état de douze morts et de quarante-huit blessés, dont plusieurs sont dans un état critique. Les services de secours et l’hôpital de la Charité sont mobilisés et les rues alentour ont été fermées à la circulation.

Le ministre allemand de l’Intérieur, Thomas de Maizière, a déclaré dans la nuit de lundi à mardi qu’il y avait «beaucoup de raisons» de penser qu'il s'agissait d'un attentat. «Je ne veux pas encore pour le moment prononcer le mot attentat même si beaucoup de raisons le laissent penser», a-t-il dit à l’antenne de la chaîne publique ZDF, repris par Le Monde. A l'aube, la police allemande a confirmé que l'hypothèse d'un attentat était la plus probable. Holger Münch, président du bureau criminel fédéral, ajoute ce 20 décembre en début d'après-midi lors d'une conférence de presse:

«On ne sait pas pour l'instant si c'est un attentat islamiste. C'est un attentat. Nous attendons les résultats pour savoir si oui ou non la personne arrêtée fait partie des suspects.»

Selon les témoins, le camion, un 40 tonnes de couleur noire, loué et immatriculé en Pologne, a quitté sa route pour la Breitscheidplatz, où se trouvent les stands du marché de Noël, et poursuivi sa course sur 50 à 80 mètres avant de s’arrêter. Deux passagers se trouvaient à bord. Le passager, un citoyen polonais, a été retrouvé mort dans le véhicule, l'autre homme, soupçonné d'être le conducteur a été arrêté vers 21h30 par la police. Le ministre de l'Intérieur a précisé que l'homme arrêté était un demandeur d'asile pakistanais, arrivé en Allemagne le 31 décembre 2015. Selon Die Welt ce 20 décembre, d'après la police berlinoise, ce n'est pas forcément le conducteur du camion. Le président du bureau criminel fédéral Holger Münch a noté en début d'après-midi: «Nous avons un suspect mais nous n'avons aucune certitude, nous restons en état d'alerte maximal». 24 heures après, il a été remis en liberté.

Le camion est immatriculé en Pologne. Il appartient à une société polonaise, dont le patron, Ariel Zurawski, interrogé par la chaîne de télévision TVN24, a expliqué que le véhicule revenait d’Italie et devait déposer son chargement à Berlin, avant de repartir vers la Pologne. «La personne qui est sortie du camion n’est pas mon chauffeur», a affirmé M. Zurawski dans les médias. Il avait confié son camion à son cousin. «On n’a pas de contact avec lui depuis cet après-midi. Je ne sais pas ce qui lui arrive. C’est mon cousin, je le connais depuis l’enfance. Je me porte garant de lui», a par ailleurs déclaré Ariel Zurawski, joint par téléphone par l’Agence France-Presse. 

Angela Merkel en deuil

Contrairement à sa réserve habituelle, Angela Merkel s’est immédiatement exprimée pour condamner cette attaque. Les leaders politiques étrangers se sont empressés d'exprimer leur soutien, notamment François Hollande:

Lors de la vague d’attaques qui avait secoué le pays en juillet dernier, la chancelière allemande avait attendu plusieurs jours avant de s’exprimer. Le 20 décembre, elle a affirmé «il s'agit d'une attaque terroriste» lors d'une déclaration télévisée:

L'Allemagne menacée

En juillet dernier, quatre attaques, dont trois perpétrées en Bavière, s’étaient déroulées en seulement une semaine. A Wurtzbourg, un jeune réfugié afghan avait attaqué des passagers à la hache dans un train régional.

A Ansbach, un homme Syrien avait activé sa charge explosive près d’un festival de musique dont il s’était vu refuser l’entrée quelques instants auparavant. Ces deux attaques avaient été revendiquées par l’organisation Etat islamique.

Deux autres attaques isolées, une fusillade à Munich dans un centre commercial, ainsi qu’une attaque à la machette dans la ville de Reutlingen, avaient également soulevé de nombreuses questions sur la politique d’accueil voulue par la chancelière allemande.

Angela Merkel, qui avait attendu plusieurs jours avant de sortir de sa réserve, avait appelé à ne pas faire l’amalgame entre les actions de quelques-uns et la population réfugiée dans son ensemble. Pourtant, suite à ces attaques, des voix s’étaient élevées dans son propre parti, ainsi que dans le parti bavarois allié au CDU, le CSU, questionnant à la fois le bien fondé de la politique d’accueil des réfugiés de la chancelière. Le ministre-président de Bavière, Horst Seehofer, s’était ainsi interrogé sur la prise en charge des migrants. Le ministre de l’Intérieur bavarois, Joachim Herrmann, avait quant à lui déploré le manque de moyens mis à disposition des services de sécurité pour faire face à l’éventualité d’attaques terroristes sur le sol allemand.

Plus récemment, la police allemande a également été placée sous le feu des critiques suite à l’arrestation in extremis en Saxe d’un terroriste armé de charges hautement explosives souhaitant viser un aéroport allemand. Le suspect avait réussi à prendre la fuite avant d’être livré à la police par deux réfugiés syriens, mais s’était donné la mort le jour suivant dans sa cellule, n’ayant donné aucun renseignement quant à ses motivations ou ses liens supposés avec une organisation terroriste. Il y a trois jours, un jeune garçon âgé de douze ans, vraisemblalement radicalisé par l’organisation Etat Islamique selon le magazine allemand Focus avait tenté d’activer une charge explosive sur un marché de Noël de la ville de Ludwigshafen, dans l’ouest du pays.

Emmanuelle Chaze
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