Parents & enfants

Spoiler: on peut être une maman et une énorme connasse

Nadia Daam, mis à jour le 20.12.2016 à 10 h 39

Les mères dont devenues une cible marketing, voire une cible tout court.

Holly Robinson Peete et une maman lors d'un événement le 12 mars 2015 à San Clemente, Californie. Rachel Murray/Getty Images

Holly Robinson Peete et une maman lors d'un événement le 12 mars 2015 à San Clemente, Californie. Rachel Murray/Getty Images

Dans Le Larousse, le terme «maman» est défini de façon on ne peut plus rationnelle et laconique.

  • Terme par lequel un enfant appelle sa mère.
  • Mère dans le contexte de l'enfance: Où est ta maman? Jouer à la maman»

Le Littré, lui, se risque à une définition un brin plus développée:

«Terme dont les enfants et ceux qui leur parlent se servent au lieu de mot mère, et qui, du langage enfantin, a passé dans le langage ordinaire, les enfants devenus grands continuant à nommer leur mère maman».

Pourtant, le mot «maman», ou «mom» pour les anglo-saxons, semble désormais désigner bien plus que le simple fait d'avoir des enfants. Et seule la revue American Speech semble avoir pris la mesure de cette mini-révolution sémantique en définissant le mot «mom» comme «un surnom espiègle et amusant». Qualifier une personne ou un groupe de personnes de «maman(s)» et utiliser le mot comme une sorte de préfixe participe à la désignation des mères comme d'un groupe homogène, voire comme d'une cible marketing. Que ce soit pour complimenter ou railler les mamans en question.

Car il y aurait donc des «trucs de maman». Un univers et une communauté entièrement identifiés et identifiables par le biais de la maternité. Les dernières années ont fourni quantité d'exemples de l'efficacité de ce raisonnement. Et les mères sont parfois les victimes consentantes de cette essentialisation.

On parle par exemple de la «blogosphère mamans» ou de «blogo mum» pour évoquer les blogs en effet tenus par des mères et qui abordent principalement des questions liées à la parentalité. Mais il faut dire que ces blogs portent eux-même la maternité en étendard, en insérant souvent le mot «maman» dans le titre (chronique d'une maman, maman what else, mère débordée, blog de mère). De même que de nombreuses femmes, pas nécessairement mamans blogueuses, semblent trouver utile de préciser dans leur bio twitter qu'elles sont mamans, parfois en précisant le nombre d'enfants et les âges respectifs. Comme si le fait d'être mère constituait un signe distinctif.

Le filon commercial

Pas folles, les marques ont flairé le filon et proposent moult vêtements estampillées maman. Du sweat «maman louve» vendu sur emoi-emoi, au T-shirt «supermaman» commercialisé sur le plus mainstream site de la Redoute.

De façon plus imperceptible, la maternité est également devenu un préfixe. Ainsi, il y aurait donc une coupe de pantalon spécialement pensée pour les mères, répondant au nom de «mom jean» et qualifiée parfois de «jean honteux». C'est que le mom jean est confortable, délesté des attributs dits sexy (pas serré, pas taille basse), considéré comme un «man repelling» (repoussoir à mecs) et ferait donc un parfait symbole de ce que la maternité est censé faire des femmes: des femmes réconfortantes comme un doudou mais un peu chiantes.

De même, il existerait un «mom hair» ou «coupe de cheveux de mamans», soit un carré fade «vaguement négligé» dont le NY Times avait jugé bon de s'émouvoir.

Une mère, ça regarde pas du vrai porno sale, ça pouffe en lisant les aventures d'une semi-débile à peine plus cochonne qu'un perso Harlequin

Si le terme «mom» sert désormais à placer un produit sur l'échelle du chiant, on ne peut s'étonner d'avoir vu la saga 50 shades of grey reléguée au rang de porno pour mamans. Parce que voyez-vous, une mère, ça regarde pas du vrai porno sale, ça pouffe en lisant les aventures d'une semi-débile à peine plus cochonne qu'un perso Harlequin.

Vous êtes mère au foyer et passez une partie de votre temps à gérer les gosses et les conduire à leurs différentes activités extra-scolaires? vous êtes une «soccer mom».

Vous êtes mère de famille? Faites gaffe, vous risquez de vous faire offrir des cadeaux «cocooning» à Noël parce que vous êtes désormais la gardienne du foyer et ne devez aspirer qu'à pratiquer des activités de daronne (boire du thé, prendre des bains, porter des bagues «mamans» des fois qu'on aurait pas remarqué que vous vous êtes reproduites). En 2011, déjà, sur le site du New Yorker, Susan Orlean se demandait comment et pourquoi le mot «mom» etait devenu un gros mot .

La bonne nouvelle, c'est que «maman» est visiblement devenu synonyme de «cool». La mauvaise nouvelle, c'est que c'est encore pire que quand les mères etaient considérées comme des nullardes à la vie chiante. Le New York times remarque en effet que qualifier une personne de «mom» était devenu «le meilleur moyen de la flatter». Beyoncé ou Kim Kardashian ne sont désormais plus qualifiées de «cool» ou de «badass» mais de «maman».

Les stars, nouvelles mamans du monde

Quand Kim Kardashian cassait internet en posant en une de paper Magazine, la jeune chanteuse Lorde retweetait la photo avec un seul mot pour commentaire: «Mom».

 

Et l'idée qu'être une maman était à ce point considérée comme une mauvaise chose avait conduit bon nombres de personnes à exiger de Lorde qu'elle se justifie d'avoir «insulté» Kim Kardashian. Elle avait alors du s'expliquer:

«J'ai retweeté la photo de Kim et ai écrit le mot "mom", parce que c'est un compliment de la part d’une petite jeunette comme moi. C’est une plaisanterie, une manière de dire, ”adopte moi / sois ma seconde maman / t’es tellement géniale que je te vois comme une mère»

De nombreux fans de Beyonce considèrent que cette dernière est «la maman de tout le monde».

Même les stars sans enfants ont hérité du quaificatif «mom», conduisant ainsi l'actrice Ruby Rose à rappeler qu'elle n'a pas d'enfant

 

La chanteuse Taylor Swift n'en peux plus de se faire appeler «maman» par ses fans et de se faire accuser d'usurpation par les mères d'icelles.

Barack Obama, ou Justin Bieber sont eux aussi qualifiés de «papa» par leur fans, d’après le NY Times, citant les propos d'une jeune star de Twitter qui explique pourquoi selon lui, qualifier quelqu'un de maman ou de papa est laudatif:

«Pour moi, ça veut juste dire que tu admire tellement une personne que l'appeler comme l'un de tes parents est le compliment ultime, mais pas d'une façon chelou».

Spoiler: on peut être une maman et être une énorme connasse

En fait, si. C'est complètement chelou. Parce qu'être mère ne fait pas de vous la maman de tout le monde. Les mères ne sont pas des espèces d'êtres irréprochables. La maternité ne doit en aucun cas être le synonyme de la perfection desincarnée et lithurgique. Spoiler: on peut être une maman et être une énorme connasse. En réalité, faire de la parentalité le parangon de la perfection n'est pas moins factuellement faux et stupide que d'en faire le metre étalon de la vie de merde comme ça a été le cas dans les exemples suscités. Le fait d'avoir des enfants n'est certes pas anecdotique, en particulier quand on est une femme, tant cela pèse lourdement sur l'accroissement des inégalités, mais diviser le monde en deux parties: les parents et les autres, c'est faire insulte à la diversité de chacun, et reléguer encore une fois «les nullipares» à une sous-catégorie.  

Bref, lier les qualités d'une personne à la parentalité, c'est ancrer encore un peu plus l'idée que nous sommes tous destinés à être parents, et fièrs de l'être.

Nadia Daam
Nadia Daam (174 articles)
Journaliste
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