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Les hommes vivent-ils moins longtemps parce qu'ils ont davantage souffert de la famine dans le passé?

Repéré par Peggy Sastre, mis à jour le 17.12.2016 à 19 h 35

Repéré sur American Journal of Clinical Nutrition, Université de Tel Aviv

C'est l'une des questions que soulève une nouvelle étude portant sur notre «mémoire génétique». Un travail montrant que seuls les survivants de famines de masse en Russie et leurs descendants masculins ont des télomères plus courts, un signe de vieillissement accéléré et de longévité diminuée.

Des chromosomes (en bleu) et leurs télomères (en rouge) | National Institutes of Health (NIH) via Flickr CC License by

Des chromosomes (en bleu) et leurs télomères (en rouge) | National Institutes of Health (NIH) via Flickr CC License by

Que la moyenne des hommes vive moins longtemps que la moyenne des femmes est un fait universel, dans le sens le plus littéral du terme –à l'exception du sud de l'Afrique ravagé par le sida, les femmes vivent aujourd'hui plus longtemps que les hommes dans tous les pays du monde. Cette moindre espérance de vie masculine est-elle due, en partie, au fait qu'ils ont eu davantage tendance à souffrir de malnutrition et de famine dans le passé? C'est une des questionq que soulève une étude menée par quatre chercheurs israéliens, publiée dans le numéro de novembre de l'American Journal of Clinical Nutrition.

«Diverses études expérimentales et épidémiologiques estiment que la restriction calorique pourrait ralentir le processus de vieillissement et augmenter la longévité», explique Eugene Kobyliansky, professeur de génétique des populations à la faculté de médecine de l'université de Tel Aviv et auteur principal de l'étude. «Mais des éléments démontrent aussi qu'une restriction calorique même modérée pourrait risquer non pas d'augmenter la longévité, mais de la raccourcir».

Parmi ces éléments, la taille des télomères des globules blancs (leucocytes) des survivants des grandes famines russes du début des années 1920 et de leurs descendants –l'objet de recherche de Kobyliansky et de ses collègues. Au total, leur travail aura rassemblé 687 hommes et 647 femmes nés entre 1909 et 1980 en Tchouvachie, sur la rive gauche de la Volga. Au plus fort de la famine, fin mars 1922, 90% des habitants de cette région souffraient de la famine, qui sera mortelle pour 30 à 50% des populations paysannes.

Les télomères désignent l'extrémité de nos chromosomes, qui se raccourcit invariablement à chaque nouvelle division cellulaire. En l'état actuel de nos connaissances, il existe une solide corrélation entre cet élimage progressif et les processus déterminant le vieillissement et la longévité.

De nombreuses interrogations

L'étude de Kobyliansky révèle que les hommes nés après 1923, soit après la fin de la famine de masse, présentent des télomères leucocytaires plus courts que ceux nés avant 1922. Elle montre aussi que la taille des télomères se transmet de manière assez stable entre les générations masculines –les pères à télomères courts auront des fils à télomères courts, et ainsi de suite. Chez les femmes, les chercheurs n'observent aucune corrélation de ce genre, qu'elles soient nées avant ou après la famine.

Cette nouvelle étude sur la «mémoire génétique» soulève de nombreuses questions. Est-ce que seuls les descendants masculins de survivants de la famine ont des télomères plus courts parce que ce sont les hommes qui, à l'époque, en ont majoritairement souffert? Est-ce que cette diminution des télomères induite par une forte restriction calorique relève d'un phénomène sexo-spécifique? Et si oui pourquoi? Les études sur les effets (bénéfiques ou non) de la restriction calorique sur la longévité ont-elles tout intérêt à sexuer leurs résultats?

Des questions auxquelles l'équipe de Kobyliansky espère répondre dans de futures expériences menées in vivo.

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