FranceCulture

Quand je vois l'état d'esprit de la jeunesse, je me dis qu'on est vraiment mal barré

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 17.12.2016 à 16 h 28

Elle trouve les hommes politiques corrompus, elle n'a pas confiance dans les médias, elle doute d'elle-même: cette jeunesse inquiète m'inquiète.

Petite pause | patrick janicek via Flickr CC License by

Petite pause | patrick janicek via Flickr CC License by

L'heure est grave.

Selon une étude menée par le Cevipof et concernant plus de vingt-mille jeunes français âgés de 18 à 34 ans, 99% d'entre eux considèrent les politiques comme corrompus tandis que 87% ne font aucune confiance aux médias.

Je vous le dis tout net, avec des chiffres pareils, les lendemains s'annoncent sombres, très sombres. Voire apocalyptiques.

A partir du moment où vous pensez le personnel politique unanimement corrompu, où vous affichez votre défiance envers les médias institutionnels, où dans le même élan vous crachez au visage des élus et des journalistes, vous vous retrouvez alors dans un état d'esprit qui autorise les extrêmes de toutes sortes à souiller de leur idéologie excrémentielle les champs même de la République.

On l'a vu avec Trump, on le verra demain en France lorsque n'importe quel margoulin plus rusé que les autres trouvera les mots exacts pour se saisir de ce désenchantement et le transformera en un vecteur de haine qui renversera tout sur son passage.

Et quand je lis que 93% pensent que la finance dirige le monde - ce qui n'est pas forcément faux –je ne peux m'empêcher d'éprouver comme un frisson à l'idée qu'il suffirait de pas grand-chose pour que notre civilisation cède à nouveau à ses instincts les plus vils.

On me dira paranoïaque, on me taxera d'incorrigible pessimiste, on fulminera contre de pareils raccourcis, on caquêtera point Godwin! point Godwin ! il n'empêche, je connais trop mes classiques : je sais d'expérience combien de tout temps on a associé la finance et le monde juif en général, je suis conscient de ces discours complotistes où l'on explique tous les malheurs du monde par l'omniprésence des Juifs dans les médias et parmi les hautes sphères de l'économie, et surtout, je réalise combien ces thèses nauséabondes et abjectes fleurissent sur Internet, à travers les réseaux sociaux, là où s'épanouit en toute liberté la quintessence de l'ignominie humaine.

Ce siècle est en train d'échapper à la raison et je ne vois guère de signaux qui inciteraient à l'optimisme.

Il déborde d'une fureur malsaine qui cherche encore sa proie pour apaiser ses appétits mortifères, il engendre une frustration capable de devenir demain le moteur d'un déferlement de violence inédit, il macère dans un relativisme culturel où la morale, l'humanisme, l'esprit de solidarité sont chaque jour battus en brèche, il affiche le visage tout en laideur d'une rancœur qui gangrène les cœurs et assombrit les esprits.

Et plus que tout, c'est peut-être cette jeunesse inquiète qui inquiète.

A cette jeunesse-là, à cette jeunesse qui semble être morte à elle-même avant d'avoir commencé à exister, je ne sais quoi lui dire : elle semble être la proie d'un grand dérèglement collectif, d'une détresse généralisée, d'un pessimisme communicatif, le tout amplifié par l'omniprésence des réseaux sociaux et des nouveaux modes de communication contre lesquels la pensée, l'intelligence de cœur et l'idéal de raison, sont impuissants à lutter.

Il faut sûrement de nouveaux discours, de nouvelles utopies pour réenchanter cette jeunesse désillusionnée et lui donner l'espoir de croire à nouveau en des lendemains souriants.

Apparemment, l’écologie est ce nouvel humanisme de demain et franchement, je ne sais pas si c'est une bonne nouvelle...

Pour suivre l'actualité de ce site, c'est par ici: Facebook-Un Juif en Cavale

Laurent Sagalovitsch
Laurent Sagalovitsch (133 articles)
romancier
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte