Boire & manger

Notre sélection de champagnes et de bruts pour en finir avec goût avec 2016

Nicolas de Rabaudy, mis à jour le 18.12.2016 à 11 h 17

Pour ne rien gâcher, dans une gamme de prix souvent raisonnable.

Perrier-Jouët © Harcourt.

Perrier-Jouët © Harcourt.

Les vins de Champagne ont conquis le monde dès le début du XIXe siècle à travers des marques familiales incarnées par des personnalités à l’esprit aventurier qui ont fait connaître le vin blond dans l’ensemble des pays développés, de la Russie jusqu’à Cuba en passant par les États-Unis.

Ces pionniers de la moustille perlante s’appellent Nicolas Ruinart le doyen (1729), Claude Moët, l’ami de l’Empereur, Charles Hiedsieck qui a échappé à la mort en Amérique, Nicole Clicquot, veuve au grand cœur, Louise Pommery qui inventa les bruts, Johannes Krug, un visionnaire de la qualité, Bernard de Nonancourt, le génie de Laurent Perrier, Pierre Taittinger, seigneur des coteaux, Pierre Lanson, voyageur infatigable, les Pol Roger, ambassadeurs de leur marque en Grande-Bretagne et ailleurs.

Ces créateurs de vins aux bulles champenoises ont parcouru le globe à cheval, en calèche, en carrosse, souvent à leurs risques et périls, afin de commercialiser leurs bruts dans des pays en voie d’industrialisation où le goût pour les vins des sacres royaux s’est répandu dans les cours aristocratiques et les établissements de luxe. Maxim’s en 1900 est le plus grand restaurant du monde pour les ventes de champagnes: pas de dîners de fête sans le vin à la moustille pétillante!
 

1.Les grandes marques

Ruinart

Tout champagnophile ressent une dilection particulière, une tendresse pour le champagne des origines, la première maison de l’Histoire. Propriété de Moët Hennessy depuis la seconde guerre mondiale, les bruts développent un goût maison issu du chardonnay de grands terroirs mis en valeur par Frédéric Panaïotis, un chef de cave d’expérience. Il faut privilégier le R de Ruinart, le plus vendu (44 euros), le blanc de blancs (55 euros), et le Brut rosé d’une finesse rare (55 euros). Une vraie classe.

Moët et Chandon

La grande maison d’Épernay produit 30 millions de cols par an, un océan de bulles: un bouchon saute toutes les minutes sur la planète. Le miracle est que la quantité ne nuit pas à la qualité. Ce pari montre bien l’expertise et le savoir-faire des professionnels de la bulle dirigés par Benoît Gouez, à la tête de la dernière cuverie high tech qui peut livrer 30 millions de bouteilles, un record mondial. Le millésimé de Moët est toujours une réussite éclatante, le 2006 par exemple (40 euros environ).

Louis Roederer

Cette marque de haute lignée demeure la propriété de la famille Rouzaud depuis des décennies – elle a été classée première de quarante concurrents en 2015 par la Revue du Vin de France. Tout est fait pour livrer des bruts parfaits que le temps affine: le vignoble de 240 hectares, la culture en biodynamie et la régularité des vins qui allient la puissance, le fruité et la finesse. La gamme, vus les volumes produits (3,5 millions de bouteilles), recèle des vins riches, denses et longs. Le Brut Premier est un modèle du genre (41 euros), le blanc de blancs 2009 d’une élégance royale (80 euros), et les Vintages 2006 et 2008 sont composés pour la table: Roederer est un champagne de rêve et de gastronomie.

Pol Roger

Voilà une maison de champagnophiles attachés à la tradition et au vieillissement des vins. La marque d’Épernay si chère à Sir Winston qui buvait les bruts PR tout près des champs de bataille est la dernière à faire remuer les bouteilles (1,6 millions) à la main dans les sept kilomètres de caves de craie. Le Brut Réserve est l’exemple du non millésimé, constant, généreux et frais (39 euros).

Le blanc de blancs toujours millésimé (86 euros) accompagne poissons et crustacés, tout comme le Vintage élaboré dans les grandes années (le 2002 irrésistible), et le rosé d’une totale harmonie (86 euros). Les deux familles propriétaires ont une haute idée du vin des sacres. Le goût Pol Roger, crémeux, enveloppant, riche est plébiscité en Grande-Bretagne –30 millions de bruts champenois vendus par an au pays du scotch whisky, un record.

Bollinger

Encore une marque de dégustateurs connaisseurs qui a trouvé au Royaume-Uni un marché en constante expansion. La marque d’Aÿ, berceau de la Champagne, a réussi à imposer un style vineux, original, «Boly», qui est à l’opposé des bruts féminins et aériens. Le Spécial Cuvée (44 euros), le plus vendu, reste une expression de référence. La maison est attachée à la fermentation en petits fûts de chêne d’où une maturation jusqu’à dix ans qui confère aux vins une haute densité et une finesse ensorcelante. Servir du Bollinger à l’apéritif et à table est le fait de bons amateurs.

Krug

Rachetée à la famille Krug par LVMH, la maison rémoise servie dans les palais de Sa Majesté n’a rien perdu de sa classe, de sa profondeur, de sa vibration (Rémy Krug) révélées par la Grande Cuvée issue de 120 bruts testés et évalués sur vingt ans d’âge. La tenue de ces bruts iconiques, leur intensité surprenante, leur longueur en bouche ont peu d’équivalent dans la Champagne des vins nobles. Il y a les champagnes Krug et les autres. Les prix restent cinglants (à partir de 145 euros).

Deutz

La marque d’Aÿ est en progrès constant depuis le rachat par Louis Roederer dans les années 1990 grâce à Fabrice Rosset, un seigneur de la moustille. À côté de l’admirable Amour de Deutz, à base de chardonnays bien nés, la maison a séduit la grande restauration avec le Brut Classic (38 euros) vineux, fruité, et d’une fraîcheur emballante qui tire Deutz vers les sommets: «une bulle à la taille de guêpe» écrit un chroniqueur amateur. L’esprit Deutz, cette élégance charmeuse se lit dans la gamme des bruts et, surtout, les millésimés 2002, 2006, 2008 et 2009 pour le rosé d’une gourmandise emballante (dès 55 euros). Une maison de confiance qui ne déçoit jamais.

Laurent Perrier

La maison de Tours-sur-Marne inventée par Bernard de Nonancourt (1920-2010), un géant des coteaux champenois, est restée familiale. Les deux filles du créateur, Alexandra et Stéphanie, supervisent la marche en avant de la marque chère au prince William qui est venu visiter les installations et les caves ultramodernes – huit à dix millions de bouteilles élaborées par an. Les bruts sont référencés partout et particulièrement dans les grands étoilés Michelin. Il y a un goût spécifique à Laurent Perrier, la fraîcheur, le fruité, l’allure féminine des bruts (36 euros le non millésimé). Une flûte en appelle une autre. L’Ultra Brut, sans sucre ajouté, est dans l’esprit du temps.

Taittinger

La famille propriétaire de la marque, des vignobles et des bâtiments historiques de la place Saint-Nicaise à Reims ne vise pas l’accélération des ventes (cinq millions de bouteilles par an), mais l’accroissement des cuvées de prestige forgées à partir de chardonnays de grande origine (40 %) qui ont fondé la délicatesse, la suavité, l’acidité bienfaisante du blanc de blancs millésimé (139 euros), la spécialité recherchée de la marque en plein boom. Taittinger exporte ses vins dans les meilleurs endroits du monde. C’est un «must» du début de repas, fraîcheur et allégresse des bulles (le Brut Prélude à 45 euros). Oui, une certaine idée du bonheur façon champagne.

Henriot

Créé par un grand champenois, Joseph Henriot, décédé en avril 2015, la maison a confié la confection des vins à Palmer, une société de services qui a maintenu la priorité du chardonnay bien né dans la Côte des Blancs pour le Brut Souverain le plus vendu (37 euros), le blanc de blancs (60 euros) et la Cuvée des Enchanteleurs (120 euros), un grand vin. L’allure des cuvées, la fraîcheur, l’élégance la finesse des bulles restent les atouts de la gamme (deux millions de bouteilles) en tous points recommandables. Prix décents. Henriot est servi au Vatican.

 

2.Grandes cuvées

La plupart des maisons de tradition présentent des bruts hauts de gamme composés de la crème des raisins et des cépages. Ce sont des cuvées de prestige, le meilleur du meilleur de l’appellation. Quantité limitée, vieillissement lent (huit à douze ans) et suprême raffinement des vins. C’est le choix des vrais champagnophiles. À réserver pour les soirées de fête et de convivialité.

Dom Pérignon

La marque icône de la Champagne éternelle est tombée dans l’escarcelle de Moët et Chandon au cours des années 1930 qui l’a fait connaître aux États-Unis, à Londres et en France. Composée par un médecin devenu chef de cave, Richard Geoffroy, cette noble cuvée toujours millésimée, issue des seuls cépages pinot noir et chardonnay, a fait renaître le génie des coteaux et la figure du père Pérignon, génial cellérier de l’Abbaye de Hautvillers où s’est forgé le destin des vins des rois sous Louis XIV, mort en 1725 comme Dom Pérignon. La cuvée à l’écusson fameux est le parfait symbole du savoir-faire champenois, le Dom Pé P2 est le présent royal pour un soir de fête (350 euros), le 2006 à 150 euros.

Cristal de Roederer

Issu d’un vignoble maison à 100 % en biodynamie, le 2007, plus de dix ans de maturation, se déguste avec gourmandise, c’est un grand champagne plein de tension et d’énergie pour la table – et la garde (195 euros). Tout ce qu’une marque historique peut livrer de meilleur. Rare et cher.

Amour de Deutz 2007

L’apogée du style blanc de blancs livré par une maison en pleine renaissance. Vinosité, élégance, longueur, voilà une cuvée d’excellence qui fait honneur à la Champagne des rois, des princes et des bourgeois. Un «must» (150 euros).

Laurent Perrier Grand Siècle

En dépit de l’expansion de la marque à l’export, la maison des Nonancourt continue de produire la Cuvée Grand Siècle, assemblée grâce à des millésimes réussis et de garde, promise à une vaste audience chez les champagnophiles comme vin de luxe et de charme. C’est le meilleur des flacons maison (125 euros).

Charles Heidsieck

Rachetée par la famille Descours (les chaussures Weston entre autres) livre encore le Blanc de Blancs des Millénaires 1995, le chef-d’œuvre de la maison, un «must» pour tout champagnophile (145 euros).

Bruno Paillard

L’ancien courtier rémois a créé sa propre maison en 1981, un bel exploit face aux groupes multi-activités qui ont essaimé sur les coteaux pentus. La Première Cuvée et le blanc de blancs millésimé rivalisent avec des bruts archi-célèbres, mais la merveille du fondateur, remarquable dégustateur, c’est la Cuvée Nec Plus Ultra millésimée (150 euros), un sommet dans l’art du champagne.

Perrier-Jouët

Cette marque d’Épernay, propriété de Pernod-Ricard, produit le Grand Brut, de bon rapport prix plaisir (35 euros) et la Belle Époque millésimée, ornée d’anémones de Gallé, le fleuron de la marque à l’export: c’est le «flower champagne» aux États-Unis, un brut à la mousse délicate que les années en cave bonifient avec régularité –une belle bouteille en 2007 (120 euros).
 

3.Bruts rosés

La production des rosés de Champagne, quasi inexistante au début du XXe siècle, dépasse les 10% et bien plus pour certaines maisons expertes dans l’art d’assembler des vins rouges des coteaux et le brut blanc, une champagnisation d’experts. Il y a des merveilles, assurément, dans certaines maisons.

Veuve Clicquot

Sous la présidence de Nicole Clicquot-Ponsardin, la marque à l’étiquette jaune a été la première à savoir maîtriser la vinification des bruts rosés, à la fin du XIXe siècle, grâce à la qualité des pinots noirs. Il y a des réussites mémorables du rosé: le millésimé 2004 et, surtout, la Grande Dame rosé, une pure splendeur (140 euros).

Billecart-Salmon

Cette maison familiale de Mareuil-sur-Aÿ, depuis le début du XIXème siècle, extrait des bruts recherchés par les amateurs: le blanc de blancs, le millésimé et, surtout, le Brut rosé, une constante réussite grâce à l’élégance des saveurs, au fruité tendre, d’une buvabilité remarquable: une bouteille en appelle une autre, un régal à l’apéritif (60 euros).

Laurent Perrier Grande Cuvée Alexandra Rosée

Bernard de Nonancourt a dédié ce brut splendide à sa fille aînée. C’est le top niveau de la maison, un champagne aux arômes de fraises des bois qui enchante les papilles. Pas donnée (350 euros).

Gosset Grand Blanc

La plus ancienne maison de commerce champenois installée à Aÿ en 1584. C’est la famille Cointreau qui gère ce bijou des coteaux dont le Grand Blanc (53 euros), le brut grand rosé élégant (53 euros) et la cuvée Celebris (149 euros) sortent du lot avec maestria: Gosset mérite son rang, un million de bouteilles environ.

Nicolas de Rabaudy
Nicolas de Rabaudy (460 articles)
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