Science & santé

Peut-on inverser la courbe du vieillissement?

Repéré par Peggy Sastre, mis à jour le 17.12.2016 à 15 h 50

Repéré sur Cell, The Guardian

Grâce à un protocole expérimental tirant profit des recherches sur les cellules souches pluripotentes induites, des scientifiques ont réussi à rajeunir des souris et à leur offrir 30% de longévité supplémentaires.

Ce n'est pas à la vieille souris qu'on apprend à faire des grimaces | Nuwandalice via Flickr CC License by

Ce n'est pas à la vieille souris qu'on apprend à faire des grimaces | Nuwandalice via Flickr CC License by

C'est sans doute l'un des champs de recherche les plus emblématiques de notre décennie: la mise au jour des mécanismes du vieillissement et la mise en œuvre de protocoles permettant de les enrayer. Publiée le 15 décembre dans la prestigieuse revue Cell, une étude menée par une vingtaine de chercheurs internationaux détaille les premiers résultats très encourageants d'une de ces méthodes: une reprogrammation partielle des cellules induisant un rajeunissement visible des corps.

Chez les souris sur lesquelles elle a été testée, après six semaines, les scientifiques observent une diminution sensible des marques externes du vieillissement (l'équivalent de nos rides et de nos cheveux blancs), une meilleure santé osseuse et cardiovasculaire, une cicatrisation plus rapide ainsi qu'une augmentation significative de leur longévité –de 18 à 24 semaines, soit un gain de 30% en moyenne.

«Notre étude montre que le vieillissement ne va pas obligatoirement dans une seule direction», explique dans le Guardian Juan Carlos Izpisua Belmonte, auteur principal et de l'étude et l'un des pontes contemporains de la médecine régénérative. «Il peut être ralenti, voire inversé, à la grâce d'une modulation méticuleuse».

Ce que voudrait aussi à inverser ce genre de travaux, c'est la manière de concevoir le vieillissement et les nombreuses pathologies qui y sont associées: au lieu de s'attaquer à ces dernières, la médecine régénérative entend cibler directement le vieillissement, «l'un des premiers facteurs de risque de bien des maladies humaines», rappellent les chercheurs.

Et chez l'homme?

Ici, la méthode de rajeunissement relève d'une thérapie génique exploitant les quatre facteurs de transcription découverts par Shinya Yamanaka, prix Nobel 2012, et permettant de transformer des cellules adultes en cellules souches pluripotentes. En agissant sur ces protéines (Oct3/4, Sox2, c-Myc et Klf4), il est en effet possible de redonner à des cellules matures la capacité de fabriquer n'importe quel type de tissus –une aptitude qu'elles ne possèdent naturellement que dans le blastocyste, l'un des tous premiers stades de développement de l'embryon. Sur cette base, l'équipe d'Izpisua Belmonte aura mis au point un protocole de reprogrammation partiel des cellules: le but étant de manipuler les facteurs de transcription pour que les cellules des souris remontent leur temps, mais pas jusqu'au bout, c'est-à-dire sans perdre leur spécialisation tissulaire, ni gagner un risque cancéreux très fréquent chez les cellules souches pluripotentes induites.

À quand des tests similaires chez l'humain? Pas avant une bonne dizaine d'années estiment les spécialistes. Sans compter que l'inversion de la courbe de l'âge ne veut pas dire pour autant guérison de la mort. «Nous ne pensons pas que cette approche mènera à l'immortalité», précise Izpisua Belmonte, en citant de nombreuses limites qu'il faut encore décrypteret dépasser avant d'espérer l'atteindre. En attendant, si Izpisua Belmonte et ses collègues n'œuvrent pas à la vie éternelle, ils ont bon espoir d'augmenter considérablement notre espérance de vie en bonne santé. Et c'est déjà énorme.

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