Monde

Pourquoi les problèmes économiques d'Israël mettent le pays en danger

Jacques Benillouche, mis à jour le 17.12.2016 à 18 h 25

La baisse induite des budgets de l’État influe sur l’industrie militaire parce qu’elle entraîne des réductions dans les investissements pour la production d’armes.

JACK GUEZ / AFP

JACK GUEZ / AFP

Deux nouvelles importantes, publiées le même jour, ont plombé l’ambiance en Israël car elles relativisent la bonne santé de l’économie israélienne. Le bureau central israélien des statistiques annonce que le déficit de la balance commerciale a atteint 7,5 milliards d’euros contre 1,1 milliard d’euros l’an dernier par suite d’une baisse de 15% des exportations. Par ailleurs, le dernier rapport de l’Institut national des assurances sociales révèle que 20% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté à savoir 1.217.900 personnes dont 764.200 enfants. Les pauvres sont devenus plus pauvres. Sur les 36 pays de l’OCDE, Israël figure désormais à la dernière place, en termes de niveau de pauvreté et d'inégalité, loin derrière les États-Unis, la Turquie et le Mexique. Cette pauvreté, qui augmente en particulier dans le secteur arabe, est liée à une augmentation du coût de la vie de 3,3%.

Elie Elalouf, expert dans les questions de pauvreté, et l’homme qui avait boosté la liste de l’ancien Likoud Moshé Kahlon aux élections législatives, en drainant avec lui des électeurs séfarades défavorisés, vient de reconnaître sa déception:

«Israël: pile, c’est la start-up nation, face, c’est la misère».

C’est un diagnostic sévère de la part du président de la commission des affaires sociales de la Knesset. Le chef de son parti Koulanou, par ailleurs ministre des finances, avait fait comme tous les politiques des promesses qui n’ont pas été tenues. Avec son gouvernement, ils n’ont pas fait de la lutte contre la pauvreté leur priorité.

La baisse des alyah

Or l’augmentation de la pauvreté décourage les candidats à l’alyah, l’immigration, qui reste un élément clé de la sécurité par une croissance externe de la population. Les Juifs français ne seront que 3.500 à tenter l’aventure israélienne contre près de 8.000 l’an dernier, sans compter ceux qui se découragent et retournent à leur point de départ. L’alyah est le poumon d’Israël car elle développe la consommation et favorise le peuplement des implantations, garantes de la sécurité de la Cisjordanie.

La baisse induite des budgets de l’État influe sur l’industrie militaire parce qu’elle entraîne des réductions dans les investissements pour la production d’armes

Ces rapports officiels dressent le bilan de la politique sociale, certes, mais ils présentent des perspectives négatives sur la politique de défense du pays. La baisse induite des budgets de l’État influe sur l’industrie militaire parce qu’elle entraîne des réductions dans les investissements pour la production d’armes. Le déficit de la balance commerciale s’explique en grande partie par une baisse des exportations d’armes. Ainsi, la brouille avec la Turquie, qui se fournissait uniquement auprès des industries israéliennes, a grevé une source essentielle de financement de l’industrie militaire. Israël est loin de talonner la France, comme en 2009, à la quatrième place des exportateurs d’armes. Les amitiés politiques, souvent sécuritaires, passent aussi par la vente d’armement.

La guerre contre le terrorisme n’a pas eu d’impact sur les entreprises israéliennes à l’instar des années 2009/2010 qui avaient vu les ventes d'armes israéliennes grimper en flèche. Or la vente d’armes consolide la sécurité d’Israël en créant des amitiés politiques et en finançant les industries indispensables du pays. C’est le cas avec le Brésil, l’Inde et le Mexique qui sont devenus les plus gros clients d’armes israéliennes ainsi qu’avec plusieurs pays africains qu’Israël refuse de nommer. C’est d’ailleurs la finalité de la visite, la semaine passée, de Benjamin Netanyahou dans deux pays musulmans de l’Est, l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan. Le développement du commerce avec ces deux pays consolide la barrière sécuritaire autour de l’Iran. Or Israël connaît des échecs, déjà depuis l'année 2015, puisque le ministère israélien de la Défense avait publié des chiffres qui prouvaient que la forteresse israélienne se fissurait.

Le besoin de financements militaires

Il est un fait que la baisse des ventes à l’étranger réduit les possibilités d’expansion de l’industrie militaire locale. L'armée israélienne a créé un nouveau commandement cybernétique opérationnel en 2017. Elle a besoin de fonds pour développer ses outils technologiques. En 2014, les exportations de produits cybernétiques avaient atteint 6 milliards de dollars pour dépasser les exportations d'armes d'Israël évaluées à 5,66 milliards de dollars. Israël compte sur ses exportations pour investir massivement dans ses propres technologies de surveillance et de cyber sécurité. Parce que les budgets militaires ont baissé, les industries d’armement ont été dans l’incapacité de développer de nouveaux produits indispensables pour rivaliser avec les progrès des ennemis comme l’Iran.

Dans ce contexte, Israël ne peut compter que sur lui-même car le Congrès américain refuse de rallonger l’aide demandée de 600 millions de dollars pour développer des systèmes de défense contre les missiles et les roquettes. La sécurité du pays impose pourtant la mise en place de moyens nouveaux de défense aérienne et d’intercepteurs. Le système «dôme de fer», qui avait fait ses preuves lors de la guerre de Gaza de 2014, doit évoluer malgré la réussite de son exploitation. Certains le trouvent déjà obsolète. Israël a aussi besoin de financement, par l’exportation, pour son nouveau système Sling capable d’abattre des missiles ennemis loin de ses frontières. Il s’agit là d’un nouvel élément fondamental de la défense aérienne du pays lorsque le danger iranien reste présent.

La puissance d’exportation constitue la stratégie d’indépendance d’Israël face aux négociations internationales. En cas de baisse ou de faiblesse budgétaire, Israël devient sensible aux pressions américaines qui pourraient imposer des concessions politiques au gouvernement de Jérusalem. C’est dire que les résultats économiques vont bien au-delà du seul calcul de statistiques alors que le budget de la défense est en baisse à 14,7 milliards de dollars. La plus grande partie des exportations militaires se concentrait sur la mise à jour de systèmes pour avions et de l’aéronautique, en majorité à destination de l’Asie et du Pacifique. Le ministère de la Défense avait déjà noté que l’année avait été défavorable à l’industrie mondiale de la défense, à cause de la chute du prix du pétrole et d’un marché des changes défavorable.

Mais Israël ne peut se permettre un fléchissement de ses moyens de défense. Le redressement passe donc par la baisse de la pauvreté pour encourager l’immigration et par une consolidation de ses amitiés à travers le monde pour favoriser ses industries militaires, garantes de la sécurité du pays.

Jacques Benillouche
Jacques Benillouche (230 articles)
Journaliste
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