Life

Marcher sur la lune, est-ce bon pour la planète?

Nina Shen Rastogi, mis à jour le 19.11.2009 à 11 h 36

L'exploration spatiale a un impact sur l'environnement.

On parle beaucoup des effets néfastes des transports sur l'environnement. Mais quid des voyages dans l'espace? Les fusées sont-elles inoffensives pour l'atmosphère?

C'est bien simple, si on nous parle tant des voitures, des bateaux et des avions polluants, c'est qu'ils sont bien plus nombreux que les navettes spatiales. Chaque vol dans l'espace entraîne un léger impact sur la Terre. Mais, jusqu'ici en tout cas, ils demeurent très rares. Seule une ou deux fusées sont lancées chaque semaine dans le monde. C'est pourquoi la plupart des écologistes ne s'alarment pas des voyages dans l'espace...

Un problème mérite toutefois une certaine réflexion: l'amincissement de la couche d'ozone, un sujet dont nous avons parlé le mois dernier. Les moteurs-fusées émettent des gaz réactifs qui provoquent une scission des molécules d'ozone. Ils libèrent également des particules microscopiques de suie et d'oxyde d'aluminium, ce qui risque d'accélérer les dégâts causés par ces gaz. Chaque type de propergol rejette un mélange particulier de substances destructrices de la couche d'ozone: les propergols solides, par exemple, sont plus nuisibles que les propergols liquides (mais il est difficile de déterminer dans quelle mesure). Le type de moteur utilisé a également une incidence. Et, pour ne rien arranger, les fusées spatiales rejettent une partie de ces polluants directement dans les couches supérieures et intermédiaires de la stratosphère. Les dégâts peuvent alors être immédiats.

Malgré tout, le rôle des navettes spatiales dans l'amincissement de la couche d'ozone est minime. Dans un récent article de recherche à ce sujet, le chercheur Martin Ross et trois co-auteurs estiment que les lancements de fusées représentent environ 1 % des causes de destruction de la couche d'ozone imputables aux activités humaines. Ce pourcentage est cependant susceptible d'augmenter à mesure que les gaz polluants plus traditionnels, comme les CFC, commenceront de disparaître de l'atmosphère (grâce au Protocole de Montréal de 1987). Dans le même temps, le nombre de lancements - à des fins d'exploration, de tourisme et de captage d'énergie solaire dans l'espace - devrait augmenter. L'un des co-auteurs de cette étude aurait déclaré: «si on ne met pas en place une régulation, d'ici à 2050, les lancements de fusées pourraient détruire la couche d'ozone plus que les CFC ne l'ont jamais fait

Ces dégradations de la stratosphère (où se trouve la couche d'zone) risquent de causer de plus en plus de cancers de la peau et de cataractes. Mais quels sont les effets possibles des fusées sur le réchauffement climatique? Chaque année, les gaz d'échappement des vaisseaux spatiaux déversent plusieurs kilotonnes de dioxyde de carbone dans l'atmosphère. Mais c'est infime comparé aux centaines de kilotonnes de gaz carbonique dégagés par les avions, soulignent Ross et ses co-auteurs. Et ces derniers ne représentent que 2 à 5 % des émissions de CO2 dans le monde. Même si l'industrie spatiale connaissait un développement considérable, expliquent les auteurs, il est peu probable que les fusées constituent un problème majeur en matière de changement climatique.

Il y a néanmoins des inconnues de taille: ces particules microscopiques évoquées précédemment, à savoir la suie et l'oxyde d'aluminium. Leur durée de vie dans la stratosphère est courte (seulement quelques années, contre plusieurs siècles pour le dioxyde de carbone). Mais si on considère leur action rapportée à leur masse, elles sont très efficaces pour modifier l'équilibre de rayonnement de l'atmosphère. Et le problème est qu'on ne sait pas très bien comment cet équilibre sera modifié. En effet, il arrive que des particules d'oxyde d'aluminium renvoient la lumière visible du soleil dans l'espace, ce qui a pour effet de refroidir la Terre. Mais ces mêmes particules peuvent aussi absorber les rayons infrarouges émanant de la surface terrestre et piéger la chaleur comme le font les gaz à effet de serre. Les particules de suie, elles aussi, peuvent contribuer au réchauffement ou au contraire au refroidissement de la planète en fonction de leur taille, de leur nombre et de leur localisation.

Les spécialistes de l'atmosphère disposent des modèles pour calculer - même en tenant compte de ces petites particules capricieuses - les effets globaux d'un lancement d'engin spatial sur le climat. En revanche, ce dont ils ne disposent pas, précise Ross, ce sont des données suffisamment fiables sur la composition des gaz d'échappement des fusées, en particulier quand elles sont dotées de moteurs alimentés par des propergols liquides ou par les nouveaux propergols «hybrides» (mélange de carburant solide et de comburants liquides).

Alors que ces recherches se poursuivent, examinons un instant les méfaits des lancements de fusées sur l'environnement qui se trouve juste au-delà de nos «frontières»: les immensités par ailleurs vierges de l'espace extra-atmosphérique. Les vols spatiaux sont responsables de la présence de débris en tous genres, notamment des piles usagées et autres objets jetés par-dessus bord. On y a même déversé des excréments humains. La NASA estime qu'il y a, à l'heure actuelle, plus de 500.000 débris dont la taille dépasse un centimètre qui gravitent autour de la planète. Et c'est sans compter les dizaines de millions de particules microscopiques qui peuvent endommager les équipements sensibles bien que minuscules. Un astrophysicien a récemment comparé notre dépotoir céleste aux immenses sites de déchets dangereux soumis au programme d'assainissement prioritaire Superfund.

Si on tient à ce que les générations futures puissent profiter du cosmos, nous ferions bien de trouver des moyens de le nettoyer.

Nina Shen Rastogi

Traduit par Micha Cziffra

SI VOUS AVEZ AIMÉ CET ARTICLE, VOUS APPRÉCIEREZ PEUT-ÊTRE:

"La couche d'ozone est-elle toujours trouée?"

Image de une: Lancement du STS 66, NASA

Nina Shen Rastogi
Nina Shen Rastogi (29 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte