Culture

Pour un cadeau cinéphile à Noël

Temps de lecture : 3 min

D'Ozu à Antonioni, des pages aux images, du documentaire en haute mer aux nouvelles vagues russe, italienne et japonaise, petit parcours dans les plus belles offres cinéphiles de cette fin d'année.

"Une femme dans la tourmente" de Mikio Naruse, un des joyaux de "L'Age d'or du cinéma japonais"
"Une femme dans la tourmente" de Mikio Naruse, un des joyaux de "L'Age d'or du cinéma japonais"

1.L'âge d'or du cinéma japonais

Accompagnant la petite mais très belle exposition à la Cinémathèque française, toujours en cours, un coffret d’une exceptionnelle qualité assemble beaux films et textes d'érudition. Dans L’Age d’or du cinéma japonais sous la direction de Pascal-Alex Vincent (Editions Carlotta) sont en effet réunis: un excellent dictionnaire des réalisateurs japonais ayant œuvré entre l’avènement du parlant et les années 70, très complet en ce qui concerne cette période qui englobe à vrai dire plusieurs époques du cinéma nippon; une belle iconographie en noir et blanc; six DVD dédiés chacun à un cinéaste majeur. Les trois grands de l’âge classique, Kenji Mizoguchi, Yasujiro Ozu et Mikio Naruse, sont présents, les deux derniers avec une œuvre essentielle (Le Voyage à Tokyo d’Ozu et Une femme dans la tourmente de Naruse), le premier avec un film moins connu (Conte des chrysanthèmes tardifs). Deux grandes figures du tournant moderne du cinéma japonais, le géant Akira Kurosawa avec à nouveau un film peu connu, Je ne regrette rien de ma jeunesse, et Masaki Kobayashi avec son Harakiri devenu une référence, ouvrent le chemin de la «Nouvelle Vague» japonaise représentée par Nagisa Oshima (Contes cruels de la jeunesse).

2.Les Poings dans les poches

Grand film fondateur d’une autre «Nouvelle Vague», en Italie, Les Poings dans les poches de Marco Bellocchio bénéficie d’une très belle édition (Ad Vitam), accompagnée d’un entretien avec le réalisateur. La puissance de déflagration du film reste intacte plus de 50 ans après sa découverte.

3.Coffret Tchoukraï

Le Quarante-et-unième, La Ballade du soldat, Ciel pur: Gregori Tchoukraï fut par excellence le cinéaste de ce qu’on a appelé «le Dégel» en Union soviétique, après la mort de Staline en 1953 et le rapport Khrouchtchev en 1956. Il fut un grand pédagogue qui a contribué à former les meilleurs réalisateurs de la génération suivante dans son pays –et de nombreux étudiants étrangers. Entre 1956 et 1961, il a signé trois films magnifiques, amples, émouvants, riches de multiples niveaux de perception, trois films de guerre sans bataille qui demeurent des modèles d’une grande idée de mise en scène. Ils sont ici réunis en un excellent coffret à l’enseigne de la non moins excellente maison Potemkine, qui tient aussi la meilleure boutique de DVD de Paris.

4.Trésors du cinéma yiddish

Véritables raretés, les films réunis sous l’intitulé Trésors du cinéma yiddish (Lobster édition) donnent accès à des témoignages d’une culture qui, comme on sait, a frôlé l’extermination complète. Accompagné d’un livret explicatif et de documents historiques, ces films font revivre un monde englouti, mais aussi la manière dont des communautés ont décrit leur présent, construit leur imaginaire et rêvé leur avenir. Parmi ces films, Mir Kummen On (Nous arrivons, 1936) du grand cinéaste polonais Aleksander Ford, et les deux versions du classique de la culture yiddish Le Dibbouk offrent les plus importants repères.

5.Mario Ruspoli

Les bons esprits prétendent qu’il n’y a pas de grands cinéastes restés méconnus. C’est faux, et s’il n’en fallait qu’une preuve, on la trouverait avec l’œuvre admirable de Mario Ruspoli. Cet artiste du réel, élégant et sensible, est l’auteur d’une œuvre que la brièveté et l’irrégularité des formats (de 17 à 53 minutes) n’a pas aidé à imposer. Pourtant, outre les simplement géniaux Les Hommes de la baleine (1956) et Vive la baleine (1972), dotés de commentaires étincelants de Chris Marker, tous les films réunis dans le coffret Mario Ruspoli aux éditions Montparnasse attestent de l’importance majeure de ce prince du documentaire. Ce dont témoigne aussi fort bien le portrait-hommage réalisé par Florence Dauman qui figure également sur les DVD.

6.Antonioni/ Ferrare

Il est rare de savoir dès la couverture qu’on aimera un livre. Il est encore plus rare de pénétrer dans un ouvrage «de cinéma» qui, semblant d’abord parler fort peu de films, invite à une intelligence sensible autrement convaincante d’une œuvre, et d’un langage. Ils s’y sont mis à deux, car si le texte est de Thierry Roche, les photos de Guy Jungblut (également l’éditeur, qui préside aux destinées de la magnifique maison Yellow Now en Belgique) y contribuent amplement. Le livre se nomme Antonioni/Ferrare, une hypothèse plausible et il est composé de promenades, rencontres et méditations dans la ville natale de l’auteur du Désert rouge. Roche, à qui on devait déjà un excellent Antonioni, anthropologue des formes urbaines (avec José Moure, chez Riveneuve) prend paisiblement le temps d’explorer la cité, ses bâtiments, son histoire, ses particularités culinaires ou météorologiques, sans se hâter de détecter une influence, encore moins des références dans les films d’Antonioni. Et c’est une compréhension subtile de comment un passé et des images travaillent secrètement l’œuvre d’un grand artiste qui se déploie peu à peu, avec le contrepoint modeste et somptueux des images de Jungblut. Et voilà que cette approche, non contente de donner à percevoir mieux et autrement l’œuvre d’un cinéaste qui a pourtant déjà suscité des torrents de commentaires, suggère tranquillement une toute autre façon de raconter le cinéma, et les autres arts aussi bien. En à peine 200 pages, texte et photos comprises? C’est bien ça.

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