France

Les candidates Miss France, nouvelles classes moyennes de l'enseignement supérieur

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 17.12.2016 à 12 h 05

Pour la troisième année consécutive, notre recensement montre que le niveau de diplômes des candidates s'élève. Leurs aspirations professionnelles mettent en lumière des profils de futures classes moyennes du secteur sanitaire et social ou des métiers de la beauté et du luxe.

De gauche à droite: Miss Corse Laetitia Duclos, Miss Cote d'Azur Jade Scotte et Miss Pays de la Loire Caria Loones. Le 3 décembre 2016 à Montpellier | PASCAL GUYOT / AFP

De gauche à droite: Miss Corse Laetitia Duclos, Miss Cote d'Azur Jade Scotte et Miss Pays de la Loire Caria Loones. Le 3 décembre 2016 à Montpellier | PASCAL GUYOT / AFP

Dans notre époque soumise au régime angoissant de la disruption généralisée, certaines réalités échappent au courant dominant et se caractérisent par leur remarquable stabilité. En 2016, une candidate Miss France peut ainsi déclarer dans la presse qu'elle souhaite se «tourner vers la cause animale» au cours de son règne si elle est élue.

C'est cette impression de conservatisme qui frappe l'observateur superficiel de l'événement annuel arbitré sur TF1 par Jean-Pierre Foucault, autre militant involontaire de la résistance à la disruption (vingt-deux années consécutives de présentation du concours). Mais derrière l'apparente fixité historique du concours de beauté, qui semble bloqué dans la France des années d'entre deux guerre dont il est l'émanation et le reflet, les parcours des candidates révèlent tout au contraire la révolution qu'a connue la société française: celle de la démocratisation de l'enseignement supérieur.

Depuis trois ans, Slate.fr classe les candidates –voir notre classement 2015 ici et 2016 ici non pas en fonction de leurs mensurations mais du plus haut niveau de diplôme qu'elles visent au moment de leur candidature: elles sont le plus souvent étudiantes à mi-parcours. Ce recensement du plus haut grade obtenu ou visé montre à quel point les études supérieures se sont diffusées massivement chez les jeunes générations. Cette année encore, le niveau monte: 28 candidates sur les 30 sont titulaires du bac (toutes sections confondues), 27 poursuivent des études supérieures et 23 d'entre elles sont étudiantes du supérieur long (licence ou master).

 

Répartition des 30 candidates de la promotion 2017 par le plus haut niveau de diplôme obtenu ou visé.

Alors qu'elles étaient déjà largement majoritaires l'année précédente avec 70% d'une promotion, les étudiantes du supérieur long sont désormais 76% dans la dernière génération de candidates. Il convient de rappeler que c'est un résultat très largement au dessus de la moyenne comparable, celle des filles de leur génération sorties du système éducatif au début des années 2010. Dans cette génération, les études supérieures concernent un peu moins d'une Française sur deux (47%), quand un quart sort du système scolaire avec au maximum le baccalauréat.

À titre de comparaison, voici comment se positionnent nos candidates par rapport aux promotions 2016 et 2015, et aux étudiantes sorties du système scolaire en 2010-2011.

 

 

Les classes moyennes de l'enseignement supérieur

Contrairement aux amalgames que l'on fait parfois entre les participants d'émissions et de jeux télé, Miss France ne recrute pas exactement dans les mêmes milieux que la téléréalité. La lauréate Iris Mittenaere, gagnante de la précédente édition et représentante du Nord-Pas de Calais, était avec sa cinquième année de chirurgie dentaire la plus avancée de la promotion dans son cursus universitaire. La candidate qui représente l’Ile-de-France cette année passe un master (bac+5) à SciencesPo Paris et Miss Provence est en Licence de LEA et veut travailler dans le management à l’international. On est donc loin des «Ch’tis à Hollywood» ou des «Marseillais à Rio». Rien de très surprenant à cela puisque le règlement du Comité Miss France exclut d'emblée les profils issus des milieux les plus populaires, la candidate devant «être célibataire, non mariée, non divorcée, non pacsée, sans enfant».

Le fait que l'écrasante majorité des candidates Miss soient diplômées du supérieur ou se préparent à l'être à l'issue de leur cursus pourrait laisser entendre que ce concours recrute parmi les meilleures élèves d'une génération. En fait, ce classement est en trompe-l'oeil, et le pool des prétendantes au titre n'est pas non plus une réserve de candidates à Question pour un champion. On le vérifie si on s'intéresse cette fois aux filières qu'elles choisissent. Les plus sélectives que sont les classes préparatoires aux grandes écoles, l'informatique, la médecine et le droit sont peu représentées. À l'inverse, quand elles poursuivent leurs études, les candidates intègrent soit des cursus courts (STS et IUT), soit des filières peu sélectives longues que sont les licences et masters à l'université. Quand elles sont inscrites dans un cursus scientifique, graal du système éducatif français, c'est le plus souvent à la fac (licence de biologie ou de chimie).

Ces filières sont progressivement délaissées par les premiers de la classe, en particulier les enfants de cadres supérieurs, même s'ils y sont toujours surreprésentés, ces derniers faisant monter d'un cran la compétition scolaire en privilégiant les filières les plus sélectives, et donc en déportant la compétition non plus sur le nombre d'années d'études mais sur les choix d'orientation.

Les bonnes élèves du concours Miss France occupent donc les positions intermédiaires de la hiérarchie de l'enseignement supérieur. Ni représentantes de la France qui décroche, ni membres de la méritocratie qui se réserve les voies royales des filières sélectives à mesure que les études se massifient... elles incarnent par leurs orientations une sorte de classe moyenne française vis-à-vis du parcours éducatif.

Le constat fait lors du concours de Miss France 2015 reste valable: on observe à travers ce petit échantillon de jeunes femmes un double mouvement de montée du niveau général qui, pour les optimistes, est le signe d'un large accès de la jeunesse à l'enseignement supérieur, et chez les pessimistes reflète plutôt une inflation des titres scolaires, de plus en plus nécessaires mais de moins en moins suffisants.

Le «care» et les paillettes: l'autre bataille des Miss

Si on se penche à présent sur l'orientation des candidates, qu'on devine par leur choix de cursus et par le souhait de futur métier qu'elles déclarent dans leurs biographies individuelles officielles et dans les nombreuses interviews qu'elles accordent à la presse people et régionale, on distingue deux grandes familles de Miss.

La première est constituée des métiers du «care», c'est-à-dire les secteurs traditionnellement féminins de la santé (quatre étudiantes infirmières cette année) et de l'éducation (puéricultrice, enseignante, éducatrice jeunes enfants). C'est le cas d'un tiers des candidates de la promotion 2016, qui suivent des diplômes menant à des professions réglementées dans la fonction publique.

L'autre équipe rassemble les candidates qui privilégient le secteur marchand, en particulier dans les secteurs «glamour» comme le luxe et la mode, la beauté et la cosmétique ou encore le tourisme. Ce gros tiers des candidates suit des formations dans la gestion et le marketing (master Management du Luxe, master Marketing de luxe) et le droit, soit à l'université soit dans des écoles privées (école Sup Mode de Bordeaux, Business School à Metz, ISG Moda Domani Institute).

 

 

Il y a aussi comme chaque année une minorité d'étudiantes en journalisme. Enfin, certaines candidates défient les lois du genre et se destinent à la police scientifique, à la gendarmerie ou à l'agroalimentaire.

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
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