Monde

Si vous avez du mal à vous intéresser à la Syrie, écoutez Nicole Ferroni

Repéré par Grégor Brandy, mis à jour le 14.12.2016 à 10 h 40

Repéré sur France Inter

L'humoriste a prononcé un billet émouvant sur France Inter.

Depuis quelques jours, le monde a recommencé à se tourner vers la Syrie, alors que de nombreux habitants d'Alep appellent au secours, racontent «la fin du monde», et essaient pour certains de quitter la ville, au milieu de la confusion.

Dans ce contexte, l'humoriste Nicole Ferroni a profité de sa chronique hebdomadaire sur France Inter pour parler de la situation. Elle se dit «démunie», ne pas être sûre de tout comprendre dans «ce sac de nœuds» et a été accusée d'être manipulée. Alors, pour avoir des informations de première main, elle a donc décidé de se tourner vers Google pour apprendre «comment écrire Alep en arabe».

De là, elle s'est rendu sur Twitter, et est tombé sur un certain Hadi Alabdallah –auquel le New York Times a récemment consacré une vidéo– «qui se présente comme journaliste indépendant et je le suis lui parce que Twitter a mis un petit sigle bleu pour me signaler qu'il existe vraiment». Ça, en plus des vidéos qu'il poste sur le réseau social depuis les ruines d'Alep, et de celles au milieu des casques blancs ont convaincu l'humoriste d'en «faire [sa] toute petite lorgnette sur la guerre dans son pays», même si, elle le reconnaît, elle n'a «aucun moyen de savoir si ce qu'il dit est propagande ou vérité».

«D'autant que souvent, je n'ai même pas le moyen de savoir ce qu'il écrit tout court parce que Hadi commence toujours en arabe. De façon beaucoup moins ludique, qu'apprendre l'anglais avec Dora, je fais des séances de “Apprends l'arabe avec la guerre”, et voici quelques-uns de ses mots: “Des familles entières enterrées sous les décombres, des corps de civils éparpillés dans les rues, nous n'oublierons pas comment le monde a forcé le peuple d'Alep à choisir entre deux options: la mort collective ou l'exil massif, jusqu'à ce matin. Le peuple d'Alep n'a pas dormi cette nuit en attendant l'évacuation promise des civils. Rien de neuf, nous continuons à attendre.”»

Pour mieux faire résonner ces mots, Nicole Ferroni a décidé de les mettre en parallèle avec ceux d'un vieux Guide du retard, datant de 2006, qui appartient à son père et dans lequel on peut lire ceci qu'Alep est «une des grandes cités de ce monde. Mais grosse bagarre entre Alep et Damas pour le titre envié de la plus ancienne ville n'ayant jamais cessé d'être habitée». Le guide donne une vision paradisiaque de la ville, de ses hôtels et leurs chambres roses et leurs terrasses jaunes, des restaurants, des pâtisseries, et leurs «fameuses alépines, un délice de pâte d'amande, de pistache et de sucre».

«Et quand j'ai lu ça, je me suis dit, que c'était bizarre, Hadi n'en a jamais parlé. En effet, si on compare les phrases de Adi en 2016, à celles du moustachu du Routard de 2006, on sent que je tiens là quelque chose de très concret sur la guerre en Syrie: à savoir que la guerre, ce n'est pas si loin que ça, la guerre, ce n'est pas un truc de loin là-bas. La guerre, ça peut avoir des allures d'un ici et de maintenant qu'on prend, qu'on fracasse. C'est prendre un présent et le réduire en cendres. C'est remplacer le “cozy” par la terreur, mettre un chaos qui ne laisse plus aucune place à la douceur pas même celle des pâtisseries, car la guerre avale toutes les couleurs et met du noir à la place. La guerre, c'est l'horreur, et pas si loin dans l'espace ni dans le temps.»

Tout ça avant de finir sur une phrase de son père, et qu'elle a du mal à prononcer, des sanglots dans la voix:

«Tu vois Nicole. Autrefois, les hommes se mangeaient et on appelait cela du cannibalisme, et bien, un jour, peut-être que la guerre sera si loin derrière l'humanité, qu'on pourra dire que les hommes se tuaient et qu'ils appelaient cela la guerre.»

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