Monde

À Mossoul, Daech impose un dictat vestimentaire pour rendre les femmes «invisibles»

Repéré par Alix Fieux, mis à jour le 14.12.2016 à 11 h 05

Repéré sur New-York Times

Tout doit être caché. Pas un centimètre de peau nue ne doit être dévoilé.

AHMAD AL-RUBAYE / AFP

AHMAD AL-RUBAYE / AFP

Depuis plus de deux ans, les femmes de Mossoul en Irak vivent dans la terreur, sous l'emprise de l'État islamique qui les prive peu à peu de toute liberté. Elles sont assujetties à un véritable code vestimentaire qui leur impose de recouvrir chaque centimètre de leur peau laissé nue. Faute de quoi, elles sont fouettées, et leurs maris punis d'une amende.

Halima Ali Beder est l'une de ces femmes qui vivait à Mossoul. Aujourd'hui réfugiée dans un camp à Khazer, au nord du pays, elle raconte au New York Times comment, étape après étape, alors qu'elle portait déjà le voile avant la prise de la ville, elle a dû sans cesse ajouter des éléments à sa tenue, afin que plus aucune parcelle de sa peau ne soit visible. Dans cette vidéo, elle expliqu : «Tout doit être porté: le niqab, l’abaya, les gants, les chaussettes.» Afin que tout soit couvert, de la peau des pieds couverte par des chaussettes, à celles des mains habillées de gants, jusqu'aux yeux cachés derrière un voile. 

 

L'obligation de se cacher

Ce code vestimentaire, Rasha Al Aqeedi, chercheuse au Centre d'Al Mesbat à Dubai, l'a étudié. Elle explique qu'il découle de l'imposition par l'État islamique d'une véritable charte de la ville, au sein de laquelle une mesure impose «aux femmes vertueuses, dans la modestie de porter un jilbab large, de rester dans leur maison et de ne les quitter qu’en cas de nécessité». La charte détaille même la tenue obligatoire des femmes en sept points, parmi lesquels figurent l'obligation de porter un tissu «épais pour ne pas révéler ce qu’il y a en dessous et ne pas attirer l’attention». À cet égard, le rouge est même devenu pour elles une couleur illégale et leur visage dénoncé comme «un lieu de tentation», précise également au New York Times le chercheur Aymenn Jawad al-Tamimi.

C'est ainsi que les robes noires et larges sont progressivement devenues une loi dans les boutiques de Mossoul. Pire encore, une police des mœurs s'est mise à patrouiller dans les rues.

Le risque de montrer sa peau

Cette patrouille, Halima Ali Beder la connaît. Un jour, alors qu'elle était dans la rue et avait oublié de se voiler les yeux, elle a été arrêtée et violemment questionnée par des policiers: «Où est votre mari? Accepte-il que tout le monde puisse votre visage?» La jeune femme se défend de cet oubli mais qu’importe, les policiers réclament l’identité de son époux et le contraignent à payer une amende de 50.000 dinars (environ 40 dollars), soit une part importante du revenu mensuel de la famille.

Comme elles, des centaines d’autres femmes sont arrêtées et verbalisées chaque jour, lorsqu’elles laissent malencontreusement apparaître un centimètre de peau nue. Zeena Mohamed, une autre irakienne de 27 ans, raconte qu’un jour, tandis qu’elle relevait l'une de ses manches afin d’essayer une crème dans un magasin, elle a été expulsée de la boutique par un officier qui l’avait vu. Le New-York Times rapporte qu'une femme a même été arrêtée car sa chaussette trouée dévoilait une petite partie de sa peau.

Ainsi pour certaines, ne serait-ce que payer ses achats, récupérer de la monnaie ou tenir un stylo est devenue une prise de risque, celui d’enlever ses gants quelques instants.

Wafa elle, a même été fouettée jusqu'au sang pour ne pas s'être voilé les yeux, tandis qu'elle était un jour chez sa famille pour faire cuire du pain. Perceptible depuis l'extérieure, la jeune femme a été dénoncée pour son «infraction» et son mari a ensuite reçu un avis à comparaître, avec pour motif indiqué: «Femme à l’extérieur sans khimar». Punie, Wafa a dû passer deux nuits à l’hôpital suite à ses blessures.

Pour Rasha Al Aqeedi, le but de l'État islamique est clair: contraindre les femmes à rester chez elles, jusqu'à ce qu'elles deviennent invisibles. Alors, quand arrive enfin la libération, ôter son niqab et le brûler est une sorte de revanche, pour toutes celles qui parviennent à s'échapper.

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