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Depuis Alep, les cris désespérés appellent le monde au secours

STRINGER / AFP

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Le récit de la guerre d'Alep et les SOS se construisent sur les réseaux sociaux, face à une communauté internationale qui ne réagit pas.

Sur la toile, le monde entier est témoin d'un massacre qui perdure et qui s'intensifie. Voilà quatre semaines qu'une offensive menée par les forces gouvernementales pilonne la ville, bombardant aveuglément le quartier est d'Alep*. Tandis que plus de 120.000 Syriens sont parvenus à fuir dans des conditions dangereuses, rapporte l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, aujourd'hui, près de 250.000 civils toujours sur place sont encerclés par les frappes et tentent de survivre malgré la faim et la peur.

Parmi ces survivants, des familles entières, des hommes, des femmes, et même des enfants tentent de faire entendre l'horreur de leur situation à travers le monde. Le plus souvent murés entre les restes des bâtiments qui n'ont pas encore été détruits, ils n'ont pour seul espace de parole que les réseaux sociaux, comme Twitter ou Facebook. Alors, ils écrivent presque quotidiennement, voire plusieurs fois par jour sur la toile. Pour eux, c'est un appel au secours adressé au monde entier. Un moyen de montrer qu'ils sont encore en vie, tentant d'éviter les coups des forces armées.  

Ces (sur)vies racontées

Depuis ce début de semaine et à mesure que le rythme des bombardements semble donner le coup de grâce, des dizaines de tweets ont été publiés depuis la zone de guerre, parfois accompagnés de quelques photos et vidéos, et toujours avec le même message: l'horreur et l'appel à l'aide qui grandit, lorsque les frappes semblent se rapprocher. 

Parmi ces appels, celui de Bana Alabed, une petite fille de 7 ans qui grâce à l'aide de sa maman qui tweete pour elle et lui apprend l'anglais, raconte jour après jour son calvaire depuis bientôt trois mois. Après avoir assisté à la destruction de sa maison, elle déclare il y a quelques heures seulement que son père vient d'être blessé. Et s'étonne encore d'être toujours en vie...

Dans les dizaines de Syriens pris au piège, M. Alhamdo, professeur activiste appelle également sans relâche au secours et s'inquiète pour l'avenir de sa famille. «Pourquoi ne nous tuent-ils pas une bonne fois pour toutes? Pourquoi nous tuent-ils chaque minute?», rapporte-il en citant son épouse.

Alep est en train d'être effacée 

Zouhir Al-Shimale 

«Mon Dieu, réveillez-nous de ce cauchemar. Alep est en train d'être effacée et plus de 50.000 personnes sont en danger de mort, surtout des femmes et des enfants», écrit encore Zouhir Al-Shimale, un journaliste de l'est d'Alep de seulement 25 ans. 

«Dernier message»

Dans chacun des témoignages, l'instantanéité est palpable. À de nombreuses reprises, les mots «Last Message» apparaissent dans les publications postées par les habitants d'Alep-Est qui ne savent jamais s'il s'agira d'un aurevoir définitif. 

«Sauvez Alep, sauvez l'humanité» prie dans une vidéo cette jeune activiste de la ville assiégée. D'une voix haletante et paniquée, Lina Shamy fait le bilan de la situation actuelle: «Nous sommes ici exposés à un génocide. Ceci est peut-être mon dernier message. Plus de 50.000 civils qui se sont révoltés contre le dictateur Al-Assad sont menacés d'exécution ou risquent de mourir sous les bombes». Les civils survivants à Alep sont «coincés dans une zone de moins de deux km2, sans endroit sûr, explique-t-elle. Chaque bombe est un nouveau massacre.» 

L'incompréhension face au silence

Nous vivons visiblement dans un monde capable de recevoir et de lire les messages instantanés en provenance d'une zone de guerre. Le temps de quelques instants, des internautes du monde entier peuvent se plonger dans l'atrocité qu'est devenue Alep-Est. «Imaginez un peu si en 1940, les Londoniens tweetaient en direct de la campagne de bombardements Blitz» veut interpeller le magazine New States Man.

Les Syriens, eux, peinent à comprendre que la communauté internationale n'ait pas compris ce qu'elle devait faire de cette information. Dans cette vidéo postée ce matin sur Twitter et filmée à deux pas des bombardements, Bilal Abdul Kareem, journaliste américain qui vit en Syrie*, adresse un «dernier message» à l'attention des internautes qui le verront. En direct d'Alep, il se fait le porte-parole de ces milliers de personnes abandonnées laissées à leur sort sans aucune aide, et n'ayant pour autre choix que d'attendre que les forces gouvernementales ne se rapprochent encore dangereusement d'eux. «Vous aviez une opportunité en or pour venir nous sauver et devenir un héros. Mais vous l'avez manqué», prononce-t-il le cœur lourd.

La communauté internationale s'agite mais s'agit pas

Haid Haid, chroniqueur syrien et chercheur associé à la Maison Chatham basée à Londres, condamne également cette inertie à l'égard de ce qui se déroule actuellement à Alep, ville dans laquelle il vient de perdre son jeune frère. D'après lui, les puissances occidentales sont les seuls acteurs capables de faire cesser ces crimes: «Seuls des mécanismes d'application forts et une pression réelle pourraiejt forcer Assad à changer de comportements», veut-il rappeler tandis que le régime syrien n'a sembler réagir qu'aux seules menaces de frappes américaines. 

À plusieurs reprises, le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, s'est pourtant alarmé des atrocités commises dans l'est d'Alep et rapportées par son envoyé spécial. Le conseiller humanitaire de l'ONU sur la Syrie, Jan Egeland, a quant à lui évoquer des «massacres de civils non armés, de jeunes hommes, de femmes, d'enfants, et de personnal de santé» et tient directement la Russie et la Syrie pour responsables. Pour seule réponse, le porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov, a déclaré que M. Egeland n'était pas en pleine possession des faits sur le terrain.

*Une première version de l'article précisait par erreur «le quartier est d'Alep sans distinction entre civils et rebelles de l'État islamique». Mais il n'y a plus dans ce quartier de combattant de l'EI depuis 2014. 

Nous écrivions aussi que Bilal Abdul Kareem est un journaliste syrien quand il est américain et vit en Syrie.

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