Science & santé

«J'ai littéralement traversé un désert affectif et sexuel. Je n'ai perdu ma virginité qu'à 28 ans»

Lucile Bellan, mis à jour le 13.12.2016 à 15 h 28

Cette semaine, Lucile conseille L., un jeune homme longtemps complexé qui après avoir rattrapé le temps perdu peine à trouver une relation sérieuse.

L'homme au balcon | Albert_Gleizes via Wikimedia CC License by

L'homme au balcon | Albert_Gleizes via Wikimedia CC License by

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.
Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse:[email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

J'ai 33 ans et je suis assez content de ma vie en général.

J'ai un (petit) groupe d'amis qui me sont chers, un job assez banal mais qui me permet de vivre mes passions et de profiter simplement de la vie sans que l’aspect financier ne soit trop un problème.

A contrario, ma vie sentimentale a toujours posé problème.

Jusqu'à mes 26 ans, j'ai toujours été gros, j'ai passé mon adolescence en étant mal dans ma peau, timide, renfermé sur moi-même et n'ayant pas confiance en moi. Les quelques filles que j'ai osé aborder m'ont rapidement remballé. J'ai littéralement traversé un désert affectif et sexuel. Je n'ai perdu ma virginité qu'à 28 ans.

Au printemps 2010, je décide de me mettre au sport en débutant la course à pied. Ce sport a littéralement changé ma vie. Au-delà de la perte significative de poids, j'ai pu reprendre confiance en moi en réalisant que j'étais capable de réaliser de belles choses (d'un point de vue sportif, mais aussi professionnel et dans la vie de tous les jours).

En complément, j'ai également réalisé un travail sur moi-même, sur mon allure et j'essaie de m'ouvrir aux autres malgré ma timidité –chassez le naturel, il paraît qu'il revient au galop. Le regard des femmes envers moi a changé et j'en ai profité pour m'amuser sexuellement et rattraper le temps perdu.

Depuis maintenant dix-huit mois, je ressens le besoin de vivre une véritable histoire. Partager des sentiments, du temps, des centres d’intérêt avec une autre personne. Pour être honnête, je ne sais pas quelles sont mes attentes (ou critères?) vis-à-vis de cette personne. J’ai tendance à vouloir me laisser surprendre.

Fréquentant les sites/applications de rencontre –la timidité toujours et une certaine facilité aussi–, j’ai connu trois relations cette année et pour diverses raisons, aucune d'elles n’a duré plus de deux mois (incompatibilité avec la première personne, une deuxième fille qui m'avoue ne rien ressentir pour moi et la dernière en date ne savait pas ce qu’elle voulait).


Dès que la relation passe de l’amusement et de la découverte de l’autre à un statut plus sérieux, la fille prend ses distances

Les deux dernières ruptures m’ont laissé la désagréable sensation d’être passé pour le dindon de la farce. «Ce n’est pas toi le problème, c’est moi», m’ont-elles dit, me laissant un goût amer dans la bouche. Dès que la relation passe de l’amusement et de la découverte de l’autre à un statut plus sérieux, la fille prend ses distances et finit par arrêter notre histoire sans que je comprenne pourquoi.

Je paye aujourd’hui un manque d’expérience pour anticiper les problèmes ou répondre à certaines attentes. Expérience que j’aurai pu acquérir lors de mon adolescence ou de ma jeune vie d’adulte.

Étant de nature casanière la semaine (j'apprécie ma vie de solitaire le soir...) et ayant un cercle d’amis assez fermé, je fais peu de nouvelles rencontres. Est-ce que je me trompe quelque part? Sans doute, j’ai tendance à penser que les sites/applications de rencontre ne me permettront pas de trouver une fille simple et bien dans sa tête.

Je tourne en rond en répétant un scénario qui ne marche pas et je n’arrive pas à trouver de solutions concrètes pour l’instant.

L.

Cher L.,

Je comprends votre «envie de rattraper le temps perdu» mais il ne faut pas accuser les femmes ou la technologie de votre impatience. La vérité c’est que sur ces applications, on trouve de tout (et parfois n’importe quoi). C’est à vous d’être plus clair dans vos intentions, de sélectionner différemment l’autre dans une optique de relation durable, ou même de faire confiance à des systèmes différents qui ont fait leur preuve.

Et techniquement, vous ne tournez pas en rond. Vous avez rencontré une quantité raisonnable de personnes avec qui ça n’a pas marché et je peux vous assurer que c’est le lot de tout le monde. Je connais une poignée de trentenaires actifs et bien dans leurs peaux qui ne demandent qu’à s’engager et qui enchaînent les rendez-vous sans succès. Mais ils s’acharnent, restent alertes, se découragent parfois avant de se remettre en selle. Vous semblez défaitiste et même convaincu d’être la cible d’un complot. Personne ne vous prend pour quoi que ce soit quand il dit «ce n’est pas toi, c’est moi».

Et cette phrase n’est censée laisser un goût amer que parce qu’elle laisse celui qui l’entend dans une posture où elle est non-actrice de la situation d’échec, non-actrice tout court. Ces femmes avec qui ça n’a pas marché, elles ont le droit aussi de ne pas avoir digéré une ancienne histoire, de ne pas avoir envie, de ne pas être amoureuses, de vouloir autre chose. Comme vous en avez le droit.

 Vous dîtes avoir le désir d’une relation où les sentiments priment, mais vous prenez une posture de directeur des ressources humaines

Je ne doute pas, qu’à continuer à chercher, vous finirez par tomber sur quelqu’un qui recherche les mêmes choses que vous. Votre profil n’est même pas si atypique et le manque d’expérience n’explique pas seulement votre incapacité à répondre aux attentes ou anticiper les problèmes. Je crois que vous abordez la question de manière trop pragmatique. Où sont les sentiments? Où se place votre ressenti et celui de l’autre? Vous parlez de tentatives de couples avortées mais pas de chagrins d’amour. Vous semblez attribuer à toutes ces histoires de rencontres des logiques de productivité.

Il est peut-être là votre problème. Vous dîtes avoir le désir d’une relation où les sentiments priment, où vous êtes prêt à vous laisser surprendre mais confronté au marché de la drague, mais vous prenez une posture de directeur des ressources humaines. Rencontrez des gens, le plus possible. Prenez plaisir à juste boire un verre, faire des rencontres qui resteront peut-être amicales ou de bonne entente.

Vous ne pouvez pas trouver l’amour sans vous heurter, vous confronter. Et si ces expériences –il n’y a pas que l’expérience sexuelle qui compte– vous construisent, elles créent aussi un terrain plus propice à la rencontre. Vous avez le droit d’être vous, laissez la place à l’autre pour être elle.

Lucile Bellan
Lucile Bellan (132 articles)
Journaliste
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