Boire & manger

Pour Noël, le bingo du whisky et les bonnes bouteilles à (s’)offrir

Christine Lambert, mis à jour le 18.12.2016 à 3 h 59

On vous a concocté une sélection maltée à glisser sous le sapin, et un petit bingo à cocher une fois que vous aurez reçu vos cadeaux liquides, histoire de tester votre karma brut de fût.

Remplissez ce Bingo après les fêtes si le Père Noël a été généreux en whisky. Et Rendez-vous en janvier pour comparer nos grilles. (crédit: ©JML)

Remplissez ce Bingo après les fêtes si le Père Noël a été généreux en whisky. Et Rendez-vous en janvier pour comparer nos grilles. (crédit: ©JML)

Chose promise, chose bue, il est temps de vous soumettre les éléments de langage à placer dans la lettre annuelle au père Noël. Je m’en voudrais de vous spoiler l’un des grands mystères de l’existence (1), mais il ne vous aura en principe pas échappé qu’entre vos attentes liquides et ce que vous dépiauterez sous le sapin se faufileront parfois le parfum de la déception, les arômes de l’amertume.

Je compte sur vous pour n’en rien laisser paraître: réjouissez-vous au contraire que vos proches vous offrent du whisky, ce breuvage dont on dit qu’il n’en existe pas de mauvais, seulement de meilleurs que d’autres. On s'en amusera de concert si vous remplissez le bingo ci-dessus à peine les cadeaux ouverts, histoire de vérifier en douce votre statut karmique malté —l’une des deux diagonales promet de meilleurs auspices que l’autre. Rendez-vous début janvier pour comparer nos grilles.

L’année fut riche en flacons, et je vous en ai déjà signalé bon nombre au printemps, avec plusieurs petites choses sympa, à moins d’une vingtaine d’euros parfois (c’est ici), ou très récemment encore (). Mais l’époque, désormais, nous refuse les rêves à bon compte et les quilles de belle qualité qui s’offrent sans hisser nos agios à hauteur du PNB ouzbek se font plus rares que les candidats à la primaire socialiste. Traduction: j’ai ramé à m’en claquer les biceps pour établir cette modeste sélection.

1.Les deux winners de l’année: Lagavulin et Kilkerran

Qualité exceptionnelle, positionnement prix abordable (délirant d’écrire cela pour des flacons à sept billets de 10): 2016 aura au moins produit deux raisons de se réjouir, Lagavulin 8 ans (46%, 70 euros) et Kilkerran 12 ans (46%, 62 euros). Le premier a fait l’objet d’une longue déclaration d’amour ici, concentrons-nous sur le second. On l’attendait depuis plus d’une décennie —joies du plaisir différé—, ce premier embouteillage permanent de la distillerie Glengyle, belle endormie de Campbeltown fermée depuis 1925 et reprise par Springbank. Racé, discret, avec ses notes citronnées à peine boisées, un velours de pâte d’amande miellée, des arômes de zeste d’orange qui se tortillent sous le biscuit, il est tout simplement magnifique. Comme on l’avait rêvé.

2.Le petit jeune qui fait plus vieux
que son âge: Wolfburn

En lançant en début d’année son premier whisky, la distillerie la plus septentrionale d’Ecosse (hors les îles) s’est posée sur la carte de celles qui vont compter dans les années à venir. Depuis la rentrée de septembre, ce jeunot de 3 ans (46%, 59 euros) élevé en quarter casks tourbés de Laphroaig (il reste mon chouchou), s’est doté d’un frère: Aurora (46%, 64 euros), vieilli à 80% en ex-fûts de bourbon de premier remplissage et pour le reste en anciens fûts européens d’oloroso qui lui ajoutent une touche de gourmandise. Si vous achetez les deux, un conseil: assemblez-les, et savourez le plaisir de la tourbe fine qui vient kicker le fruité coquin du second.

3.Le rye bio made in France: Ceros,
du Domaine des Hautes Glaces

Ce whisky de seigle produit dans les Alpes (58,8%, 129 euros) coche toutes les cases: cousu main, bio, single cask, brut de fût, made in France. Il a vieilli pas loin de cinq ans en fûts roux de vin jaune du Jura. En bouche, ce vagabond insaisissable de subtilité fait danser les épices sur les agrumes salines, fizzer le gingembre et sautille du sucré au salé dans une valse hésitation.

4.Le boxeur catégorie poids lourd: Kavalan Solist Port Cask

La distillerie taïwanaise ne fait pas dans la dentelle: elle décoche les crochets avec un punch qui oblige à l’admiration, en esthète de la boxe. Sa gamme Solist, des single casks embouteillés sans filtration à froid et bruts de fût, réussit la prouesse de garder le caractère du distillat sous le tabassage du bois. Ce Port Cask (58,6%, 145 euros) ravageur vous cueille par son fruité noir (prune, figue, baies sauvages juteuses) sur chocolat amer épicé. Une belle bête qui charge avec style.

5.Le blend avec un twist:
Chivas Mizunara

Lancé sur le marché japonais il y a environ trois ans, ce Chivas sans compte d’âge a partiellement vieilli en fûts de mizunara, un chêne asiatique très recherché pour ses notes d’encens, de santal précieux, mais assez peu utilisé en raison notamment de sa nature modérément étanche. Hors Japon, le flacon n’est disponible qu’en France. On retrouve l’ADN de Chivas, le fruité du verger cintré dans les épices délicatement vanillées et miellées. Mais sa fraîcheur vive, son élégante sécheresse et sa longueur en bouche surprennent agréablement. Bon. C’est la seconde fois que j’apprécie un Chivas: vous pouvez officiellement m’unfollower.

6.Les séries limitées qui vont vous obliger à priver les gosses de jouets

Ne tournons pas autour du goulot: les flacons qui suivent sont un peu (d’accord, beaucoup) plus chers. Mais, en privant votre progéniture de jouets pendant les cinq Noël qui suivent, ça peut se tenter. Entre nous, plus vous leur enseignez tôt la frustration en ce bas monde, plus vous avez de chance d’éviter leurs descentes en toupie sur vos Laphroaig plus âgés qu’eux quinze ans plus tard. Fermez la parenthèse.

Dans le désordre, et pour moins de 200 euros, tentez de mettre la main sur l’un des single casks Batch 14 de Glendronach: la distillerie vient d’être rachetée, il y a fort à parier que le nouveau propriétaire mettra de l’ordre dans la gamme. Ces flacons magnifiques, au sherry vénéneux, sont appelés à disparaître selon toute probabilité. Et à devenir collectors.

Les embouteillages sortis pour le 60e anniversaire de La Maison du whisky offrent quelques pépites hors de prix, mais le très bel Arran 20 ans 1995 (50,5%, 150 euros) vieilli en fûts d’oloroso se laisse encore approcher. Le Glen Moray 21 ans 1994 (56,3%, 195 euros), embouteillé pour l’occasion par Berry Bros & Rudd fit mon bonheur au dernier Whisky Live.

Contre deux à cinq Noëls sans joujoux (dépend du nombre de loupiots), en sacrifiant la Wii des ados et l’abo Netflix jusqu’à la majorité du petit dernier, foncez sur le Ben Nevis 31 ans 1984 (56,4%, 650 euros), une beauté sans défaut vieillie douze ans en fûts de bourbon puis logée dix-huit ans en barriques de sherry oloroso, puzzle végétal et floral qui se recompose sur le fruit à peine choco-torréfié. De grâce ne lavez pas les verres qui ont contenu ce petit bijou: laissez les extraits sécher et se diffuser dans l’air, pour prolonger l’orgasme olfactif. J’en conviens, cela fait cher la lampe Berger.

La semaine prochaine: notre sélection de spiritueux (qui n'ont pas la chance d'être du whisky).

 

1 — Non, pas de panique, le Père Noël existe, retournez calmement à votre lecture. Retourner à l'article

 

 

Christine Lambert
Christine Lambert (175 articles)
Journaliste
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