Pierre Moscovici: Grand emprunt, grande imprudence
La chronique de Pierre Moscovici.
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La commission chargée de préparer le «grand emprunt» annoncé par Nicolas Sarkozy, présidée par Alain Juppé et Michel Rocard, s'apprête à rendre ses conclusions, en vérité déjà largement connues: ils proposent un montant limité à 35 milliards d'euros, ne se prononcent pas sur le mode d'émission, et fixent des priorités orientées vers les dépenses d'avenir. Cet emprunt aura donc lieu.
J'y reste pour ma part hostile.
Non que je ne sois pas conscient du besoin impératif d'agir pour tirer l'économie française de son ornière. Le grand emprunt est d'ailleurs en soi un aveu, celui de l'insuffisance, presque de l'inexistence du plan de relance de l'hiver 2008, à la fois d'un montant très faible — 26 milliards d'euros affichés, 8 milliards réels — et profondément déséquilibré — ne comportant aucune mesure pour le pouvoir d'achat des plus fragiles.
Mais l'emprunt est avant tout une fuite en avant. Le pouvoir sous-estime gravement la situation préoccupante des finances publiques françaises. Le déficit de l'Etat est de 140 milliards d'euros en 2009, il sera de 115 milliards d'euros en 2010. Le déficit «structurel» est passé en trois ans de 35 milliards d'euros à 50 milliards d'euros. En découle une explosion de la dette publique, qui est déjà de 1.413 milliards d'euros — 72,9% du PIB — et devrait passer à 1.650 milliards fin 2010 - soit 84% du PIB, la charge des intérêts s'élevant à 42,5 milliards d'euros. Dans le même temps, le déficit des comptes sociaux atteint 24 milliards d'euros en 2009, et devrait s'élever à 30 milliards par an entre 2010 et 2012. La conclusion est claire: nous connaissons la pire dégradation de nos finances depuis 1958.
Ajouter de la dette à la dette
Celle-ci est dûe marginalement au plan de relance, pour beaucoup à la crise, significativement au poids du «paquet fiscal», inefficace et injuste, de l'été 2007, essentiellement à l'état de notre économie et notamment au faible dynamisme de notre appareil productif. Emprunter, dans ces conditions, c'est ajouter de la dette à la dette, avec le risque d'entraîner un «effet boule de neige»: soulignons au passage que les émissions d'emprunt sur les marchés se sont élevés à 275 milliards d'euros en 2009, et sont prévues à hauteur de 212 milliards d'euros en 2010.
Ajoutons à cela deux autres risques: celui de l'injustice, si l'emprunt est contracté auprès du public, favorisant les ménages qui disposent de la capacité d'épargne la plus forte, et celui de l'insincérité budgétaire, s'il n'est qu'un collectif déguisé et une émission supplémentaire sur les marchés, non validés par le Parlement. Cet emprunt aurait, enfin, un impact non négligeable sur un budget de l'Etat déjà asphyxié, accroissant la charge d'intérêts, déjà écrasante, de 5 milliards d'euros en 5 ans. La dette est bien pour moi l'ennemie de la gauche, des services publics, et sur la longue distance, celle de l'avenir.
Dès lors, j'ai la conviction que, si un plan de relance est bel et bien nécessaire, l'emprunt serait, lui, fortement nuisible. Les besoins de l'économie française sont indéniables, et la Commission Juppé-Rocard les a, d'après les éléments qui ont filtrés de ses travaux, bien identifiés. Il s'agit, pour moi, de remédier au sous-investissement structurel de l'économie française, de pallier ses insuffisances en matière d'innovation, d'entreprenariat et de recherche. Les indicateurs sont, à cet égard, très parlants.
Les dépenses affectées à la recherche et au développement ne cessent de baisser en termes relatifs. L'effort de recherche est descendu, en 10 ans, de 2,4% du PIB à 2%, alors que la dette publique ne cessait d'enfler. L'investissement français dans l'enseignement supérieur est largement inférieur à celui consenti par nos voisins. La France dépense 8.000 euros par an et par étudiant, là où les Etats-Unis exposent 21.000 euros, la Suède 15.000 euros, l'Allemagne 11.000 euros. Il s'agit donc de préparer l'éco-industrie de demain.
Un plan de relance de notre appareil productif devrait privilégier 4 orientations:
⁃ le développement des énergies renouvelables et des industries propres, avec une augmentation substantielle des moyens dévolus à la recherche;
⁃ les pôles de compétitivité, dont le financement reste modeste car trop éparpillé;
⁃ les nouveaux projets dans l'innovation industrielle, la recherche, l'enseignement supérieur, qui doit faire l'objet d'une forte priorité;
⁃ l'investissement dans les voitures électriques, les biotechnologies, les nano-technologies.
Un financement recherchant l'équité et la croissance, sans aggraver la dette, est possible. Il est indispensable de définir une politique budgétaire et fiscale plus soutenable. Pour ce faire, il convient de réfléchir aux économies à effectuer sur la dépense fiscale. Celles-ci ne manquent pas, qu'il s'agisse de la TVA sur la restauration, qui n'a créé que peu d'emplois et n'a entraîné aucune baisse significative des prix, du bouclier fiscal ou des autres dispositions du «paquet fiscal» — baisse de l'impôt sur les successions, heures supplémentaires défiscalisées — ou encore des baisses successives de l'impôt sur le revenu et des «niches fiscales».
Imprudence et incertitude
A cette remise en cause de dépenses fiscales improductives et injustes devra nécessairement s'ajouter une réforme fiscale d'ampleur, passant au premier chef par la création d'un impôt sur le revenu unifié et progressif, fusionnant l'actuel IRPP et la CSG, incluant la PPE et le RSA. Je ne sais pas s'il s'agit là, comme le pense par exemple François Hollande, de la question centrale de 2012, mais c'est sans aucun doute un des problèmes essentiels auxquels nous devons nous attaquer.
En définitive, le grand emprunt m'apparaît à la fois comme une grande imprudence et une grande incertitude. Une grande imprudence, parce qu'il me paraît paradoxal d'aller chercher dans un emprunt de 30 à 50 milliards d'euros les moyens d'investir dans l'avenir, alors que l'Etat emprunte déjà près d'1 milliard d'euros par jour sur les marchés. Une grande incertitude, car le rendement du projet est aléatoire. Comme le dit excellemment le rapporteur général du budget — UMP — de la Commission des finances de l'Assemblée nationale, Gilles Carrez: «il est illusoire de croire à l'autofinancement du grand emprunt par le surplus de croissance qu'il susciterait». Oui, ce grand emprunt est inopportun. Mais puisqu'il existe, autant en faire le moins mauvais usage possible. Puissent les recommandations de la commission Juppé-Rocard servir au moins à cela, face à la démagogie d'un Henri Guaino, à laquelle Nicolas Sarkozy n'est jamais insensible.
Pierre Moscovici
Image de une CC Flickr kozumel
Mis à jour le 17/11/2009 à 6h48











































la grande imprudence fut
1)d'avoir laissé filer pendant 30 ans les deficits STRUCTURELS
2) ne pas avoir de politique pour relancer la R&D dans le secteur privé.
3) s'opposer a toutes tentatives de reforme de l'Etat en brandissant le spectre de la mort du service public.
La majorité des français est hostile à ce grand emprunt qui n'en est pas un. Certes le risque de perte du fameux AAA de l'état français qui provoquerait le renchérissement du coût de la dette et entrainerait la France dans une spirale inflationniste n'est certainement pas la raison principale de cette hostilité du peuple. Mais le peuple a fini par comprendre que s'endetter toujours plus aura des conséquences.
Il semble aujourd’hui clair pour la majorité des français qu'il faut équilibrer le budget de la France afin de maintenir notre niveau de vie sur la durée.
Augmenter le niveau d'imposition dans notre pays malade de l’impôt sera malheureusement un point de passage obligatoire. Même les plus libéraux sont d’accord sur ce point. Mais M. Moscovici oublie volontairement que baisser le niveau de la dépense publique sera aussi une obligation. Remplir toujours plus un tonneau qui fuit n'est qu'une partie de la solution. Chacun devra prendre sa part au redressement des finances publiques : Les Français par leurs impôts et les agents de l'état par l'amélioration des services rendus relativement à leur coût, en claire de leur productivité.
Enfin, M. Moscovici l'évoque sans le dire clairement, donc disons le clairement: L'augmentation des impôts devra toucher tous les Français, pas seulement les riches. C'est aussi cela l'équité. Supprimons le paquet fiscal, OK. Mais n'oublions pas que la plus importante niche fiscale est la mesure qui exonère 50% des foyers français de l'impôt sur le revenu. Qui exclu 50% des français de la participation directe au financement de l'économie. Une mesure juste serait de supprimer le paquet fiscal et d'imposer 90% des français sur leur revenu, même de 50 € par an. C'est aussi cela la justice sociale.
Le seul problème de la France comme des autres pays européens est la répartition des richesses générées : le choix anglosaxon de les attribuer de plus en plus, aussi longtemps que le peuple ne se révolte pas (on fait d'ailleurs ce qu'il faut pour cela) aux personnes privées déjà les plus fortunées plutot qu'à l'usage (je ne dis pas la propriété) du plus grand nombre par l'impôt , lequel permet les infrastructures, les organisations sociales, la justice, l'éducation et l'enseignement supérieur entre autre. Point besoin d'emprunter, l'argent est là : il suffit de réaffirmer que s'enrichir en produisant et vendant en France (et en Europe) n'est possible qu'en y payant des impôts à la hauteur des bébéfices réalisés (P ex : IBM, Siemens, GM, etc, toutes sociétés qui sont structurées pour échapper au maximum à l'impôt, amenant ainsi les gouvernements à "négocier" un montant "forfaitaire" de leur impossition et permettant aux entreprises de décider de favoriser ou non tel orientation politique en déplacant son siège social et ses cadres exécitifs .....
« La folie, c’est de se comporter de la même manière et s’attendre à un résultat différent … La connaissance s’acquiert par l’expérience, tout le reste n’est que de l’information … La bureaucratie réalise la mort de toute action » Einstein
"Innover, ce n’est pas avoir une nouvelle idée mais arrêter d’avoir une vieille idée" Land.
"Celui qui n’appliquera pas de nouveaux remèdes doit s’attendre à de nouveaux maux ; car le temps est le plus grand des innovateurs" Bacon.
"Entreprendre consiste à changer un ordre existant" Schumpeter.
Le choix des bénéficiaires du grand emprunt est confié à des bureaucrates (OSEO) ayant plongés notre pays dans la déchéance économique depuis + de 50 ans, inexpérimentés, avec de vieilles idées, ils ne veulent surtout pas changer l'ordre existant qui leur assure depuis trop longtemps une rente juteuse, prime honteuse à l'incompétence.
http://www.les-cercles.fr/economie/economie-societe/politique-economique/1339-le-grand-emprunt-les-innovateurs-et-oseo