Culture

New York, la ville de la destruction perpétuelle

Michael Atlan, mis à jour le 19.12.2016 à 11 h 17

En cent cinquante ans, la mégalopole a été détruite par des extra-terrestres, des tsunamis, des monstres, des bombes atomiques et même par ses propres habitants.

Independence Day

Independence Day

Il y a une scène qui continue de me hanter et de me donner des frissons à chaque fois que je la regarde. Cette scène est extrêmement courte. À peine une minute. Elle clôture la grande fresque de Martin Scorsese, Gangs of New York.


Pendant que la ville en feu change de visage, grandit, se modernise, pendant qu’un siècle et demi passe sous nos yeux et que les tombes disparaissent recouvertes par les mauvaises herbes et le ciment, on y entend Leonardo DiCaprio dire:

«Mon père me disait que nous étions le fruit du sang et des larmes. Ainsi en était-il de notre grande cité. Pour nous qui avions vécu ou péri en ces jours de fureur, c'était comme si notre monde avait été balayé. Et quoi qu'on fasse pour rebâtir la ville, la postérité ignorerait jusqu'à notre existence.»

Cette scène me hante car elle dit tout de notre mortalité et de notre minuscule place dans le monde et dans l’histoire. Elle me bouleverse car, peu importe votre traumatisme, peu importe votre drame, peu importe l’ampleur de votre tragédie, peu importe le sang, peu importe les larmes, l’histoire finira toujours par oublier votre présence sur Terre. Tout juste un an après la plus meurtrière attaque du sol américain, Martin Scorsese ne se trompait pas: aucune autre ville dans le monde ne symbolise mieux cet oubli permanent que New York. La plus grande ville américaine est le lieu de la destruction perpétuelle.

«Seulement quand Manhattan aura été brûlé, brûlé et brûlé jusqu’à la lie»

Comme le raconte le réalisateur, le 13 juillet 1863 éclatent dans les rues de la ville les émeutes de la conscription («Draft Riots»), la plus grande insurrection civile de l’histoire américaine. La classe ouvrière se révolte pour protester contre la loi votée par le Congrès obligeant les hommes de 18 à 35 ans à rejoindre les rangs de «l’union» pour se battre contre les confédérés, une loi considérée comme injuste, les plus riches pouvant se permettre de payer «une taxe d’exemption». Une révolte qui dégénère en pogrom racial, beaucoup en profitant pour s’attaquer à la population noire. En trois jours, les émeutes auront provoqué la mort de 120 personnes, blessés entre 2.000 et 8.000 autres et causé la destruction de cinquante bâtiments (dont deux églises protestantes et un orphelinat) tous réduits en cendres.

Ces événements marquent le début d’une première vague de fictions qui vont imaginer la destruction de ce qui est déjà la plus grande ville américaine. L’idée que les immigrants se révoltent va tellement traumatiser la bourgeoisie que de nombreux auteurs vont s’emparer de cette peur d’une guerre des classes et des races pour produire une vaste littérature –le plus souvent populiste, raciste, antisémite et xénophobe. Dans le très populaire The Destruction of Gotham, publié en 1866, Joaquin Miller imagine ainsi un gigantesque incendie qui ravage la ville alors que des foules de pauvres attaquent les habitations et les commerces des plus riches. «Seulement quand Manhattan aura été brûlé, brûlé et brûlé jusqu’à la lie», écrit-il.

Dans Caesar’s Column, publié en 1890, Ignatius Donnelly imagine la rébellion des Juifs et des Italiens, rassemblés dans une «confrérie de la destruction», qui assemblent une montagne de cadavres d’oligarques au milieu d’Union Square dans le New York futuriste de 1998.

«La puissante ville se déroule en-dessous de nous, comme une grande carte, étoilée ici et là par des maisons en feu. Au-dessus des arbres d’Union Square, ma fenêtre me montrait une ligne blanche, éclairée par les feux de joies, sur laquelle la Colonne de César montait jusqu’au ciel en portant l’épitaphe du monde,» écrivait-il.

Cauchemar guerrier

Dans Looking Further Backwards (1890), une suite parodique du best-seller utopique Cent ans après ou l'An 2000 de Edward Bellamy, Arthur Vinton raconte la chute d’un gouvernement constitué de femmes suite à l’invasion de la Chine (aidé de l’intérieur par des immigrés).

«New York, refusant de se rendre, avait été rapidement réduit à l’état de ruines par les obus de la flotte et Brooklyn et Jersey City avaient souffert d’innombrables dommages. La perte des vies dans ce bombardement était quelque chose d’effrayant. Dans les trois secteurs de la ville, quatre millions de personnes furent effacés de cette terre ou jetés hors de chez elles», écrivait Vinton.

Mais bientôt, c’est la peur de la guerre qui va supplanter celle de l’étranger et de l’ouvrier. Historiquement neutre et non-interventionniste depuis George Washington, les États-Unis sont effet considérés, par une large partie de sa population, comme peu préparés à affronter une éventuelle invasion. Tandis que la Première Guerre mondiale éclate en Europe, une vaste campagne emmenée par l’ancien Président Theodore Roosevelt insiste alors sur le renforcement des moyens militaires du pays.

Et New York, de part sa position géographique, alors que le paquebot Lusitania en provenance de la ville, est coulé par un sous-marin allemand au large de l’Irlande en 1915, va à nouveau devenir le réceptacle des cauchemars de l’Amérique et un matériau à modeler pour ses écrivains. Dans America Fallen! publié en 1915, J. Bernard Walker décrit ainsi des navires allemands réussissant, juste après la capitulation, à atteindre les côtes de New York pour la bombarder jusqu’à sa soumission.

Ces dernières années, les New-yorkais ont montrés une attitude qui pourrait être appelée “syndrome de l’obsession de la cible prioritaire″

Il écrit que c’est en visant ses bâtiments les plus emblématiques, en particulier la Woolworth Tower, alors le gratte-ciel le plus haut du monde, que les Allemands parviennent à briser la confiance des New-yorkais –comme si la singularité naissante de l’architecture de la ville faisait déjà office de lien indéfectible entre les coeurs de chair et de sang et les artères de briques et d’acier.

La guerre des airs

Quelques années auparavant, en 1908, alors que les avions deviennent de plus en plus perfectionnés, HG Welles imagine l’attaque de la ville par l’aviation allemande dans La Guerre dans les airs et décrit des scènes d’apocalypse qui terrifient par leur aspect prémonitoire, un siècle avant le 11 septembre 2001:

«La partie basse de Manhattan ne fut bientôt plus qu’une fournaise d’où nul n’avait chance d’échapper. Les tramways, les chemins de fer, les bacs à vapeur avaient cessé de circuler, et seule la lumière des flammes éclairait la route des fugitifs affolés dans cette ténébreuse confusion», écrivait l’auteur de La Machine à explorer le temps.

La guerre ne fait pourtant pas totalement oublier ses vieux démons à l’Amérique. Au contraire même, elle les ravive violemment. En 1919, le «Red Summer» fait ainsi plusieurs centaines de victimes dans une trentaine de villes (dont New York, le 21 août) suite à la démobilisation des troupes. Les lynchages de noirs et les émeutes se multiplient alors que les tensions grandissent entre communautés pour obtenir du travail et des logements, des tensions réprimées dans le sang par un gouvernement qui craint que le mouvement pour les droits civiques subissent l’influence communiste, quelques mois après la Révolution Bolchévique en Russie.

Cinquante ans après les émeutes de la conscription, ce sont donc les noirs qui font encore et toujours les frais des peurs irrationnelles américaines, le krach boursier de Wall Street en 1929 et la Grande dépression ne venant qu’amplifier les tensions. King Kong devient ainsi en 1933 l’incarnation de l’expérience noire en Amérique, celle d’une force «primitive» ramenée de terres lointaines qui réussit à s’échapper et à tout détruire sur son passage grâce à sa force physique, celle d’une puissance sexuelle qui enlèverait la parfaite blonde Ann Darrow (personnification de la féminité blanche) pour l’emmener en haut du fraîchement bâti (et phallique) Empire State Building, celle d’une féroce défiance de l’ordre capitaliste établi et des tabous raciaux qui finit par être abattu par des avions militaires.

Le nouveau centre du monde

Des peurs qui, sans être tout à fait oubliées, sont balayées par la Seconde Guerre mondiale et le nouvel ordre mondial qui fait peser sur New York une menace bien plus réelle. En pleine guerre froide, la ville devient en effet, face à la communiste Moscou, un symbole fort, celui du capitalisme triomphant et tout puissant. Centre économique du pays, c’est aussi sa métropole la plus peuplée et même le siège des Nations-Unies. Bref, New York devient une cible évidente. La plus évidente de toutes.

À la fin des années 1950, Manhattan est ainsi encerclé de missiles anti-balistiques alors que le Président Eisenhower impose «Operation Alert», une vaste opération d’exercices de défenses obligatoire. En 1955, l’état de New York va même jusqu’à passer une loi punissant d’un an de prison et 500 dollars d’amendes ceux qui refuseraient de se soustraire à l’exercice.

«Ces dernières années, les New-yorkais ont montrés une attitude qui pourrait être appelée “syndrome de l’obsession de la cible prioritaire″. Elle pourrait se définir par l’expression d’une apathie ou d’un fatalisme trouvé chez ceux qui croient que leur ville constituerait une cible prioritaire pour une attaque nucléaire», déclarait ainsi en 1964 Herman Kahn, le principal théoricien des conséquences d’une guerre nucléaire et influence majeure du Docteur Folamour de Stanley Kubrick.

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L’inconscient collectif américain se nourrit alors de visions de cauchemars toujours plus réalistes, plus documentés et argumentés, à l’image du numéro du 5 janvier 1950 du magazine Collier’s titré «Hiroshima USA: quelque chose peut-il être fait?». Illustré avec un réalisme saisissant par Chesley Bonestell, qui a travaillé à Hollywood sur les décors peints de films comme La Guerre des Monde, l’article décrit avec une terrifiante précision, en se servant notamment des données recueillies à Hiroshima et Nagasaki et en les appliquant à l’architecture de New York, les conséquences d’une attaque nucléaire sur la ville alors peuplée par 7,89 millions d’âmes. Le Smithsonian Institute décrit ainsi le début de l’article:

«Les premières pages de l’article racontent l’histoire d’un mardi comme les autres à New York City avec des gens faisant ce qu’ils ont à faire. Soudain, ils ressentent une chaleur radiante et un gigantesque éclat de lumière engloutit la ville. Des gens à Coney Island le prennent pour un éclair. Une femme au foyer dans le Bronx va à la fenêtre de sa cuisine pour voir d’où vient la lumière avant que la fenêtre lui éclate au visage, envoyant des milliers "d’éclats tranchants″ dans son corps. Comme Lear le décrit, il ne faut pas longtemps pour que "des millions de gens, dispersés sur des milliers de miles″ ne découvrent ce qu’il s’est réellement passé.»

Hollywood dans la danse

Jusque dans les années 1980, ces images ne quitteront pas la tête des new-yorkais (et des Américains en général). Le 12 juin 1982, ils sont ainsi plus d’un million à se rassembler dans Central Park pour protester contre les armes nucléaires. À ce jour, le rassemblement reste la plus grande manifestation politique de l’histoire des États-Unis.

Ces images d’une ville en feu assiégés par les pillards vont alors alimenter une narration étonnement redondante depuis plus d’un siècle à New York: celle de hordes d’immigrés et de noirs envahissant la ville

C’est donc assez naturellement qu’Hollywood va surfer sur cette peur avec des films comme Point Limite (1962) de Sidney Lumet dans lequel le Président des États-Unis accepte de bombarder lui-même New York avec une bombe nucléaire pour éviter qu’un incident similaire à Moscou déclenche un holocauste nucléaire.

Des dizaines de séries B post-apocalyptiques inondent également les écrans des drive-ins à l’image de Captive Women (1951) qui imagine l’affrontement de trois tribus dans un Manhattan désolé, plusieurs milliers d’années après une attaque nucléaire sur la ville. Et évidemment, on se souvient tous du traumatisant et légendaire final de La Planète des Singes en 1968.

Des scénarios pour exorciser la peur qui se sont finalement trouvés être des terreaux fertiles à l’imaginaire collectif, alors que New York subit de plein fouet la crise économique dans les années 1970.

Réhabilitation

À l’été 1977, en pleine canicule, la ville entière est ainsi plongée dans le noir total pendant près de vingt-quatre heures, conduisant à des pillages que le maire Abe Beame résumera ainsi:

«Nous avons vu nos concitoyens être victimes de violence, de vandalisme, de vols et de malaise. La panne de courant générale a menacé notre sécurité et sérieusement impacté notre économie. Nous avons été inutilement sujet à une nuit de terreur dans beaucoup de communautés qui ont été facilement pillés et incendiés. Les coûts, quand ils seront rassemblés, seront énormes.»

Cette nuit du 13 au 14 juillet 1977, à l’horizon n’était visible que les feux d’immeubles du Bronx, incendiés par des propriétaires tentant de collecter l’assurance, par des locataires souhaitant être relogés voire par la ville elle-même. Ces images d’une ville en feu assiégés par les pillards vont alors alimenter une narration étonnement redondante depuis plus d’un siècle à New York: celle de hordes d’immigrés et de noirs envahissant la ville (la ville connaît alors un nouvel afflux d’immigrants d’Amérique du Sud et d’Asie après les lois de 1965 qui abolissent les quotas basés sur la nationalité).

Une narration que l’on retrouve dans des films comme Le Policeman (1981), un remake du western Le Massacre de Fort Apache dans lequel Paul Newman doit défendre un poste de police du Bronx assiégé par des voyous noirs et latino comme John Wayne défendait son fort des Indiens, ou comme Les Guerriers de la nuit (1979) dans lequel des gangs se livrent une bataille sanglante dans un New York qui n’a d’apocalyptique que des décors bien réels. Même des films fantastiques comme SOS Fantômes (1984) ou New York 1997 (1981) jouent sur cette image déclinante d’une ville au bord du gouffre, prête à céder au chaos à la moindre étincelle.

Mais la ville a su rebondir. Avec sa politique de la tolérance zéro (sanction au premier délit, même mineur), sa réhabilitation des quartiers autrefois délaissés (Harlem, notamment), le presque doublement des effectifs de police et l’intégration des minorités dans ses rangs, le très autoritaire maire Giuliani divise ainsi le nombre de meurtre par trois, éradique la drogue et la prostitution de Times Square et transforme Manhattan en lieu de tourisme de masse où il est possible de se promener nuit et jour sans problèmes.

Terrain de jeu

Cette métamorphose n’empêche pourtant pas les scénarios catastrophe de se multiplier. Sur la seule année 1998, c’est donc un lézard géant (Godzilla), un tsunami (Deep Impact) et une pluie de météorites (Armageddon) qui détruisent la ville.


C’est comme si New York (plus ou moins) débarrassée de ses fantômes les plus tenaces profitait de cette accalmie pour devenir un immense terrain de jeux pour cinéastes et autres créateurs d’effets spéciaux qui s’amusent à filmer le feu se répandant entre les buildings après qu’une immense soucoupe volante a fait exploser l’Empire State Building (Independence Day), une météorite s’enfoncer dans les gratte-ciels comme une balle dans sa cible (Armageddon) ou une immense vague se faufilant dans les rues (Deep Impact).


Au-delà du symbole que représente une capitale économique, diplomatique et touristique, New York est en effet une ville extrêmement cinégénique, peut-être (avec San Francisco) la plus cinégénique d’Amérique avec ses gigantesques ponts de briques et d’acier, son fleuve, son immense parc, son réseau souterrain de métros, son quadrillage de rues étroites, ses gratte-ciels et bien sûr ses monuments iconiques: la destruction de la Statue de la Liberté a beau être une allégorie visuelle éculée et évidente, difficile de s’en passer quand on est un réalisateur de blockbuster chargé de séduire une audience mondiale.

Du deuil à la résilience

C’était avant 2001, avant le 11-Septembre, le jour où beaucoup des scénarios catastrophes imaginés pendant un siècle et demi se sont réalisés, le jour de la pire attaque terroriste dans l’histoire du monde et, avec 2996 victimes, la plus meurtrière attaque du sol américain depuis Pearl Harbor. Et alors qu’on pouvait encore voir quelques semaines auparavant les tours du World Trade Center englouties par l’océan dans A.I. de Steven Spielberg, ce jour-là, les images montrées par les JT du monde entier ressemblaient surtout beaucoup à des choses écrites plusieurs décennies auparavant.

«La ville, pour la première fois dans sa longue histoire, est destructible. Une seule escadrille d'avions d'une envergure pas plus grande qu'un vol d'oies sauvages peut soudain mettre fin à la fantaisie de cette île, brûler les tours, détruire les ponts, transformer les passages souterrains en chambres de mort, incinérer des millions de gens. La conscience de sa mortalité fait désormais partie de New York: dans le bruit des avions au-dessus des têtes, dans les titres noirs des journaux», écrivait ainsi E.B White dans son célèbre essai Here Is New York en 1949.

Et si Hollywood a consciencieusement évité de détruire la ville dans les années qui ont suivi en se rabattant sur Los Angeles (24 heures Chrono), Baltimore (La Somme de toutes les peurs), San Francisco (Hulk) afin de laisser aux New-yorkais (et à l’Amérique) le temps de faire son deuil, New York est rapidement redevenu la ville à détruire.

D’abord parce que, comme l’a montré l’ouragan Sandy, il existe une menace bien réelle sur la ville: celle du réchauffement climatique. Les images rapportées les 29 et 30 octobre 2012 sur Twitter et Instagram n’étaient ainsi pas si éloignées de celles montrées quatre ans auparavant dans Le Jour d’Après. Ensuite parce que c’est aussi comme ça qu’on peut extérioriser le drame, que ce soit en montrant un monstre extraterrestre dans Cloverfield (2008) ou des mutants dans Je suis une légende (2008).


Dans le fantasme de destruction, il y a en effet aussi celui de la renaissance et de la résilience, comme l’explique Morgan Freeman dans la dernière réplique de Deep Impact:

«Des millions de gens ont disparu et un nombre encore bien plus élevé sont sans abris. Mais les eaux ont reculés. Des villes tombent mais elles sont reconstruites. Des héros meurent mais ils sont dans nos souvenirs. Nous les honorons avec chaque brique que l’on pose, chaque champ que l’on cultive, chaque enfant que l’on réconforte et à qui on apprend à se réjouir de ce qui nous a été re-donné.»

One World Trader Center I DON EMMERT / AFP

Perpetuelle reconstruction

Des ruines du Bronx et de la grande panne de courant de 1977 est par exemple né le hip-hop, une des plus grandes révolutions culturelles de l’histoire contemporaine. Après Sandy et le 11 septembre, un pic de naissance a été nettement observé par les obstetriciens. Et si le World Trade Center n’existe plus tel qu’il avait été conçu en 1973, date de son inauguration, il existe sous une nouvelle forme, celle d’une tour encore plus haute et plus brillante inaugurée en 2014.

C’est une chose que sait chaque New-yorkais: rien n’est vraiment définitif. C’est une part de la ville que chacun a appris à apprécier avec l’âge: son visage change en permanence. Contrairement à certaines villes européennes (comme Paris ou Rome), New York est constamment mis à jour. C’est une ville qui est en perpétuelle reconstruction. Comme disait l’écrivain O. Henry: «Ce serait un endroit extraordinaire s’ils le finissaient.»

Et pour construire, il faut détruire. Ça, il y a un New-yorkais pur-jus qui le sait très bien. Il a bâtit sa fortune sur ce concept. Deux gratte-ciels portent même son nom, dont un a remplacé un des plus beaux édifices art-déco de la ville, l’ancien grand magasin Bonwit Teller. Ce New-yorkais est désormais le 45e Président des États-Unis, probablement le plus décrié de l’Histoire du pays, notamment pour une rhétorique anti-immigrée, anti-écologique et anti-diplomatique qui peut en rappeler une autre d’un autre temps, lointain.

Et s’ils n’ont été que 11% dans le comté de Manhattan à voter pour l’enfant du pays, c’est peut-être parce que tous avaient en tête ces images de destruction et cette peur (pas si irrationnelle) que les actes d’un inconscient, en prenant les divisions raciales du pays, le réchauffement climatique et les menaces nucléaires et terroristes à la légère, ne transforment leur belle cité en brasier. La fiction n’est en effet jamais anodine. En espérant qu’elle n’ait pas trop raison cette fois.

Michael Atlan
Michael Atlan (54 articles)
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