France

Les primaires socialistes, ça va être l'École des fans, en pire

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 09.12.2016 à 10 h 37

La primaire socialiste ressemble à un véritable attrape-couillons qui hélas, à cette heure, ne manque pas de candidats.

École des fans | Allison Meier via Flickr CC License by

École des fans | Allison Meier via Flickr CC License by

Bientôt, à ce rythme-là, il y aura plus de candidats à la primaire socialiste que de votants.

C'est évidemment une douce folie, une hérésie, un dévoiement même du principe de la primaire, qui ne peut fonctionner d'une manière satisfaisante si on doit recenser pléthore de candidats aussi légitimes à se présenter que moi de prétendre à la succession du Pape François.

Déjà que la primaire en soi, lorsqu'elle concerne la majorité présidentielle, peu importe sa couleur politique, demeure un exercice à la vertu des plus discutables: à quoi bon élire un Président de la République si ce dernier, à la fin de sa mandature, est empêché de se représenter et n'a même pas la possibilité de défendre devant le peuple le bilan de ses années de pouvoir, privant ce dernier de la possibilité de le sanctionner ou de l'encourager à poursuivre sa politique?

Au nom d'un surplus de démocratie, on en vient à commettre un déni de démocratie.

Flickr/Manuel-Nantes, Cité des Congrès.

À tout au moins, on devrait permettre au président sortant l'humiliation d'avoir à batailler avec des candidats sortis de nulle part, ne représentant souvent qu'eux-mêmes, et d'affronter, en un face-à-face cette fois vraiment décisif, lors d'un seul tour, le vainqueur de ladite primaire. Le vainqueur de la primaire contre le président en titre donc. Le champion contre son challenger. Et que le meilleur gagne.

On s'épargnerait ainsi de voir un président élu préférer battre en retraite pluôt que de venir débattre avec des candidats qui tirent bien souvent leur légitimité de leur seule propension à se jouer des règles de fonctionnement de leur parti. Au risque insensé pour le Chef de l'État en exercice de sortir la tête basse au soir du premier tour. Aussi absurde que grotesque !

Ainsi partie la primaire socialiste a tout pour finir en un remake de l'École des fans où chacun ira de son petit couplet, dans la cacophonie la plus totale, en des temps de paroles si raccourcis que l'exposé d'un véritable projet sera pure chimère avant qu'on s'aperçoive in fine que tout ce beau monde pense peu ou prou pareil et mérite la même médiocre note pour l'ensemble de leur oeuvre. Tu parles d'un progrès.

Flickr/Besoin de Gauche

Franchement si François de Rugy ou Jean-Luc Bennahmias, aussi sympathiques soient-ils, possédaient l'étoffe nécessaire pour prétendre diriger ce pays, cela se saurait depuis belle lurette.

Bref, à force de multiplier les candidatures, cette primaire socialiste risque fort de ressembler à une sinistre pantalonnade, un grand gloubi-boulga de ratatouille politicienne, une fête foraine d'ambitieux désincarnés en quête d'un surplus de popularité, une sorte d'Intervilles de la politique où, sous nos yeux mi-consternés mi-amusés défileront des candidats tout aussi exotiques que feu Jean-Paul, retraité des P.T.T, «qui va tenter, mesdames et messieurs, de franchir le mur du son de la connerie en essayant traverser le pont de la rivière Kwaï à cloche-pieds et à reculons».

Et toujours sous vos applaudissements (quoique)!

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Laurent Sagalovitsch
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