Monde

Netanyahou, l'intransigeant

Jacques Benillouche, mis à jour le 09.12.2016 à 12 h 31

L'immobilisme du Fatah et la victoire de Trump galvanisent la droite israélienne. En position de force, Benyamin Netanyahou refuse de participer à la conférence sur le Proche-Orient organisée par Paris. Partisan de négociation directe avec les Palestiniens, il joue en réalité la montre pour ne faire aucune concession et avancer ses pions.

Benyamin Netanyahou, en juin 2016 I ABIR SULTAN / POOL / AFP

Benyamin Netanyahou, en juin 2016 I ABIR SULTAN / POOL / AFP

Les faits donnent raison à Benjamin Netanyahou. Il n’a jamais été dans une position aussi puissante que depuis ces dernières semaines: le Fatah, parti du président Abbas, sombre dans l’immobilisme, l’élection de Donald Trump galvanise la droite et l’extrême droite au pouvoir en Israël et le changement de gouvernance à Paris semble éliminer la gauche qui a toujours fait preuve d’activisme pro-palestinien.

Le Fatah a ouvert, le 20 novembre 2016, son congrès à Ramallah, le premier depuis sept ans. Cette réunion a été révélatrice du conflit entre deux clans symbolisés par deux générations de Palestiniens, celui de Mahmoud Abbas qui, à 81 ans, s’accroche encore à son fauteuil et celui de Mohamed Dahlan, qui représente la relève. Le président a raté l’occasion d’impulser quelques changements pour renouveler les cadres et surtout pour insuffler une nouvelle politique au sein des Palestiniens. Le logiciel politique n’a pas changé d’un iota depuis 1967 puisque les Palestiniens exigent toujours le retour aux frontières de 1948 et surtout le retour des réfugiés arabes qui sont des conditions toujours rejetées par les Israéliens.

Le comité central du Fatah, figé dans une stature conservatrice, a éliminé tous les partisans de Mohamed Dahlan, l’ancien conseiller et homme fort de la sécurité de Yasser Arafat, les seuls capables de crédibiliser l’OLP. Abbas a fait le vide au sein de son parti pour être réélu aux quatre postes qu’il cumule sans partage:  président du comité exécutif de l’OLP, président de l’Autorité palestinienne, président de l’État de Palestine et commandant en chef des forces armées palestiniennes. Comme à l’époque soviétique, les délégués ont acclamé leur chef sans marquer une quelconque divergence. Mais Mahmoud Abbas a pris le risque de saper la popularité de son parti alors qu’il n’a toujours pas organisé d’élections législatives ni présidentielles depuis 2009. Sa propre légitimité est mise en cause.

Un président dévalué

Benjamin Netanyahou pense qu’il ne peut plus négocier avec un président dévalué, qui souffre d’un déclin inexorable et qui n’est plus en bons termes avec le Quartet arabe, l’Égypte et la Jordanie, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Il estime que les Palestiniens sont en voie de désintégration et s’orientent vers un éclatement du peuple palestinien entre le Fatah laïc et le Hamas islamiste. Or, s’il n’y a pas d’union entre ces deux branches palestiniennes, aucune négociation n’est possible. La Cour suprême palestinienne a aggravé la situation en décidant d’exclure Gaza, dirigé par le Hamas, des élections locales ce qui acte l’impopularité du président contraint à une manipulation pour assurer sa survie politique. Sa légitimité est non seulement contestée en interne mais aussi sur le plan régional, auprès des leaders arabes.

Netanyahou a par ailleurs décidé d’attendre les effets des négociations secrètes tenues avec l'Égypte, la Jordanie et les Émirats arabes unis pour remplacer le président de l’Autorité palestinienne.  Cela explique que Mahmoud Abbas fasse tout pour se maintenir au pouvoir, malgré son isolement régional. Le Premier ministre israélien a de son côté misé sur le camp modéré palestinien mené par Mahmoud Dahlan, l’homme accusé d’être un agent de la CIA et du Mossad, mais réputé pour ses liens historiques avec les services de renseignements égyptiens.

Changement de donne avec Trump

Jusqu’à présent Mahmoud Abbas misait sur un accord israélo-palestinien, parrainé par les Américains, pour mettre fin au blocage politique. Barack Obama avait d’ailleurs tenté de renforcer la posture du président de l’Autorité ce qui avait braqué Netanyahou. Mais la donne a changé avec l’élection de Donald Trump. La droite et surtout l’extrême droite se sentent renforcés en Israël par cette élection. Benjamin Netanyahou avait discrètement misé sur le poulain de Sheldon Adelson qui finance le journal gratuit Israël Hayom, entièrement dévoué à Netanyahou, et qui avait apporté 25 millions de dollars à la campagne de Trump. Il pense que le nouveau président sera moins favorable aux Palestiniens puisque, pendant la campagne électorale, il avait exposé son intention d’imposer ses vues.

Netanyahou «est impatient de travailler avec Trump en faveur de la sécurité, la stabilité et la paix dans notre région». Les sionistes religieux du Foyer Juif, qui font partie de la coalition, exultent: «la victoire de Trump offre à Israël la chance de renoncer immédiatement à l’idée de la création d’un État palestinien». Les Israéliens prennent pour argent comptant le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem ce qui serait une preuve du soutien total de la nouvelle administration américaine.

Les Palestiniens analysent l’élection de Trump comme un coup de massue pour eux. Trump avait prévu une neutralité qui s’est transformée en «soutien de toujours à un véritable ami de l’État d’Israël». Sheikh Khader Adnan, leader du Mouvement du djihad islamique en Cisjordanie, a manifesté son pessimisme en déclarant «qu’il n’attendait rien de bon pour la Palestine venant d’un président américain, puisque la politique est toujours la même et complétement partisane en faveur d’Israël».

Nous sommes prêts à négocier le temps nécessaire, jusqu'à ce qu’il ne reste plus rien à négocier

Yitzhak Shami

Benjamin Netanyahou, qui compte déjà onze années au pouvoir, face à une opposition atone et une coalition docile, surfe sur l’absence de difficultés graves en Israël pour ne pas être soumis à une quelconque pression de l’étranger. L'opposition est en lambeaux et les travaillistes, empêtrés dans des luttes intestines, sont encore à la recherche d’un leader charismatique. Il ne souhaite pas réanimer le processus de paix avec les Palestiniens alors que les relations avec le Hamas, qui gouverne la bande de Gaza, ont évolué vers une coexistence prudente. Alors il applique à la lettre de dogme de l'ancien Premier ministre, Yitzhak Shamir: «Nous sommes prêts à négocier le temps nécessaire, jusqu'à ce qu’il ne reste plus rien à négocier.»

Rejeter la conférence de Paris

Netanyahou est vraiment en position de force pour écarter d’un revers de main la conférence de paix de Paris à laquelle il refuse de prendre part en fin d’année, à quelques mois de l’élection présidentielle française. Il maintient que seules des négociations directes avec l’Autorité palestinienne pourraient aboutir à un accord. Pour Yitzhak Molcho, l'émissaire de Benjamin Netanyahou dans les négociations internationales, la position d’Israël est sans équivoque sur cette conférence. Il a informé, le 7 novembre, Pierre Vimont, l'envoyé spécial français chargé du projet, du refus définitif d’Israël de prendre part à cette réunion. Le bureau du Premier ministre estime que «la tenue d'une telle conférence nuirait gravement aux chances de faire avancer le processus de paix, car elle permettrait à Mahmoud Abbas de continuer à esquiver des négociations directes sans condition préalable».

Avec le refus d’Israël, cette conférence a peu de chances d'aboutir. Les négociations directes posent cependant le problème de la disproportion des forces en présence mais là est l’intérêt de l'État hebreu. Le gouvernement israélien, qui refuse tout «diktat international», tergiverse car il sait que le temps joue en sa faveur et que la poursuite de la construction dans les implantations crée une situation qui s’oppose à la création d’un État palestinien.

Le coup de poignard

Il sait surtout que la France n’a plus les moyens de s’opposer au refus d’Israël. Il trouve par ailleurs que l’action tolérée en France de BDS (Boycott Désinvestissement Sanction), qui prend de l’ampleur, le conforte dans son intransigeance. Le vote de la France à l’Unesco en faveur des Palestiniens et contre l’avis des principaux pays occidentaux a été interprété comme un coup de poignard dans le dos. Netanyahou n’a donc plus intérêt à ménager ou à composer avec François Hollande.

Mais il ne peut plus se risquer à un double jeu. Aux yeux de l’étranger, il exprime sa volonté de négocier avec les Palestiniens sans conditions préalables. Mais vis-à-vis des nationalistes israéliens, qui lui assurent une majorité à la Knesset, il confirme qu’aucune avancée n’est envisagée vers un État palestinien. Il compte d’ailleurs sur les faucons en Israël et aux États-Unis pour garantir encore longtemps l’expansion de ses implantations. Il souhaite que Trump transforme l’Amérique en Grand Satan, comme naguère sous Bush. Mais le réalisme politique et le pragmatisme du nouveau président américain pourraient toutefois conduire à de sérieuses déconvenues en Israël.

Jacques Benillouche
Jacques Benillouche (230 articles)
Journaliste
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