Boire & manger

Comment choisir un whisky à offrir (sans trop se planter)

Christine Lambert, mis à jour le 08.12.2016 à 16 h 26

Pas si simple que cela de choisir un whisky en cadeau, surtout si on ne connaît pas les goûts du destinataire de la bouteille. Quelques pistes pour mettre toutes les chances de son côté.

N'hésitez pas à aller taquiner votre caviste, ou à lui demander conseil. (Crédit photo: @ChL)

N'hésitez pas à aller taquiner votre caviste, ou à lui demander conseil. (Crédit photo: @ChL)

Nous venons d’atterrir dans la zone à risque, nom de code Décembre sur le calendrier, boucle spatio-temporelle infernale qui va aspirer votre Livret A, vous obliger à suspendre des boules à un sapin et vous pousser au trot et sans escale de Toys “R” Us au caviste. Pour la partie jouets, continuez à faire sans moi, mais en ce qui concerne les bouteilles vos déchirants MP sur Twitter m’incitent à vous soumettre quelques pistes.
 

1.L’option zéro risque, je préfère assurer

Il ou elle aime le Glenfiddich 12 ans ou le Lagavulin 16 ans, inconditionnellement, et c’est ce que vous glisserez sous les branches basses enguirlandées. Comme chaque année. J’en entends qui se moquent, toujours les mêmes au fond de la classe, mais permettez-moi d’applaudir à deux moufles. Perso, si on m’offrait du Brora à chaque noël, je serais la première à danser sur la table.
 

2.L’option et si on upgradait le flacon habituel?

Quinze ans que vous frisez le Bolduc autour du Glenfiddich 12 ans ou du Lagavulin 16 ans, et vous sentez soudain frémir l’irrésistible pulsion de transgression: et si je tentais le nouveau Glenfiddich IPA ou le Lagavulin 12 ans (oui, le plus jeune est plus rare, et plus cher)? Excellente idée de tester une autre référence au sein d’une même gamme, cela réduit considérablement le risque de vous planter tout en créant un affriolant petit effet de surprise (l’esprit de noël, quoi).

Pourquoi ne pas en profiter pour se risquer sur une édition limitée de sa distillerie préférée? Lagavulin 8 ans, Bowmore Tempest et Small Batch (qui s’arrêtent), Scapa 16 ans, les whiskies millésimés, les single casks ne seront pas renouvelés, ce sont de futurs collectors qui ne vous mettront pas sur la paille. Attention en revanche aux séries (pas si) limitées dont le packaging semble coûter plus cher que trois caisses du malt.
 

3.L’option et si on changeait pour que rien ne change?

Il s’agit là d’abandonner la distillerie ou la marque habituelles tout en restant dans la même famille de goût. Cela suppose de s’y connaître un minimum, ou de chercher conseil auprès de son caviste –n’oubliez pas de lui demander si les whiskies japonais sont vraiment meilleurs que les Écossais pour le mettre dans votre poche (nan, je plaisante!).

Par exemple, à un accro aux whiskies tourbés offrez un flacon qui pour une fois ne viendra pas d’Islay –rien de bien compliqué, tout le monde fabrique son «peated» de nos jours. Piochez-le de préférence chez Machrie Moor (le tourbé de la distillerie Arran), Ledaig (celui de Tobermory), Ballechin (celui d’Edradour), Longrow (l’expression la plus phénolique de Springbank), BenRiach, Benromach, Westland (un Américain), Hakushu ou Yoichi (des Japonais), Amrut (un Indien), Box ou Mackmyra (des Suédois), Rozelieures (un Français)…

À un amateur d’Irish whiskeys sans prétention, faites découvrir les single pot still, ces irlandais traditionnels et gouleyants: Redbreast, Green Spot, Midleton… Orientez un buveur de grosses marques de bourbon vers des flacons plus pointus ou des micro-distilleries: Booker’s, Eagle Rare, Blanton’s, Michter’s, Dry Fly, Knob Creek (qui arrête ses comptes d’âge, donc si l’étiquette mentionne 9 ans, alerte futur collector)…

Pour un drogué aux «sherry monsters» incapable de décoller de ses Glenfarclas emballez un single cask de Glendronach, un Solist sherry de Kavalan (un Taïwanais), un Tamdhu, un Glengoyne (le 21 ans est miraculeux), le Redbreast Lustau, le Yamazaki Sherry Cask 2016 (il en reste quelques bouteilles à 295 euros, la nouvelle salve arrive à environ 1.000 euros, je vous pose l’info pour pleurer –noël, les boules)…
 

4.L’option j’essaierais bien de tenter quelque chose, mais quoi?

Vous connaissez par cœur son whisky préféré mais souhaitez élargir le champ des possibles (désolée, on oblige les journalistes à écrire cette expression au moins une fois par an pour garder la carte de presse): louchez donc du côté des négociants. Les embouteilleurs indépendants (Gordon & MacPhail, Signatory Vintage, Berry Bros, Douglas Laing, Cadenhead, Scotch Malt Whisky Society, The Nectar, et on ne va pas tous les lister) proposent des maturations, des comptes d’âge et des degrés d’alcool très différents des embouteillages officiels de la distillerie. L’occasion parfois de découvrir une nouvelle facette d’un malt.

Autre suggestion: les coffrets de doses d’essais permettent de s’initier au travail d’une maison ou de balayer un segment du marché. Laissez en revanche tomber les coffrets de noël (sauf si les verres sont inclus sans supplément de prix), qui piquent les yeux et finissent au mieux dans la poubelle jaune.

Si le ou la destinataire du flacon est de nature curieuse ou aventureuse, empaquetez un whisky du monde, c’est à dire qui ne soit ni écossais, ni irlandais, ni américain (mémo: les japonais ne sont plus exotiques mais mainstream. Je sais que cela ne vous empêchera pas de craquer). De nos jours, on distille du whisky absolument partout sur la planète excepté en Terre Adélie –oui, y compris en France–, ce qui devrait faciliter vos recherches.
 

5.L’option je fais n’importe quoi (ou je change l’équation)

Les risques de tomber à côté de la plaque en offrant du whisky à un amateur éclairé vous semblent incommensurablement élevés. Dans ce cas, changez d’étagère chez le caviste. Les rhums secs, extrêmes ou affinés en fûts de malt peuvent toucher juste (aucun buveur de whisky qui ne cède avec facilité aux Caroni, Demerara ou HSE). Les armagnacs ont des chances de séduire les amateurs de micro-distilleries. Les mezcals laissent rarement insensibles les becs tourbés. Les cognacs génération provocateurs (Bache-Gabrielsen, Ferrand, Larsen) font de l’œil aux fans de bourbon. Un gin couture ne finira jamais dans l’évier (au pire sous du tonic).  

Restez dans l’orge et offrez une sélection de bières artisanales: on n’a encore jamais vu un amateur de malt cracher sur la mousse. Au pire, essayez de vous en tirer avec humour. On trouve au rayon whisky des hypermarchés des spiritueux fort créatifs élaborés avec une proportion de malt inférieure à 75%, aux origines plus cosmopolites que l’arrière-plan d’un discours de Manuel Valls, embouteillés à 30% histoire de vous obliger à tripler la dose pour oublier ce que vous venez d’acheter. Si vous offrez l’un de ces spécimens à un collectionneur de Port Ellen, je peux vous garantir une chose: il ne l’aura pas en double.

N'oubliez pas: RDV dès la semaine prochaine pour les sélections de flacons.

Christine Lambert
Christine Lambert (175 articles)
Journaliste
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