Science & santé

Anticyclone et manque de coordination politique, le mauvais cocktail de la pollution parisienne

Gilles Bridier, mis à jour le 07.12.2016 à 17 h 36

Le manque de cohérence entre les politiques de Paris et de la Région Ile de France accroît les effets de la pollution, aggravée par une situation anticyclonique. Les émissions locales de polluants s'ajoutent aux flux de gaz à effet de serre qui circulent autour de la planète.

Thomas SAMSON / AFP

Thomas SAMSON / AFP

L’épisode de pollution atmosphérique que connaît la région parisienne depuis plusieurs jours trouve son origine dans une configuration météorologique fort courante. Un anticyclone stationne actuellement sur l’Europe occidentale, caractérisé par l’existence d’une masse d’air froid qui tend à descendre vers le sol en y créant une zone de haute pression. Cette pression repousse les vents à l’extérieur de cette zone, de sorte que la circulation d’air est relativement faible. Dans ces conditions, la pollution ne se disperse pas. Au contraire, les polluants s’accumulent sous le couvercle d’air chaud qui se forme au-dessus de l’agglomération parisienne.

S’il n’y avait pas cette pollution, le phénomène n’aurait pas que des inconvénients. Ainsi, Météo France explique que cet anticyclone empêche l’arrivée d’une perturbation située à l’ouest de l’Irlande. La haute pression qui domine au-dessus de Paris et qui se déplace vers le nord et l’est de la France résiste à la pénétration des vents venus du nord ouest. Elle repousse ainsi les nuages porteurs de pluie. C’est le bon côté de la situation. Mais la pollution stagne ; c’est le mauvais côté de l’épisode anticyclonique.

De la pollution locale à la globalisation des flux

L’origine de cette pollution n’est pas seulement locale. La Nasa a modélisé la circulation sur une année autour du globe terrestre du dioxyde de carbone qui est un gaz à effet de serre. En fonction des saisons, les effets de la combustion des sources d’énergie fossiles sont plus ou moins absorbés par l’environnement. En automne et en hiver, lorsque la photosynthèse des végétaux est la plus faible dans l’hémisphère nord, la concentration de pollution est la plus élevée.

Mais quoi qu’il en soit, souligne la Nasa, seulement environ la moitié du dioxyde de carbone émis par la combustion des sources d’énergie fossiles est absorbée par les réservoirs terrestres et océaniques; l’autre moitié reste dans l’atmosphère. Et circule tout autour de la Terre. Ce qui génère une hausse des concentrations de gaz à effet de serre. Un phénomène aggravant pour le réchauffement climatique.

La pollution s’inscrit donc dans un processus de globalisation: les productions locales de polluants ont des conséquences régionales très larges et sont dispersées par les naturels tout autour du globe. Malgré tout, le niveau local est déterminant. Ainsi, même si le relief relativement plat de l’Île-de-France et son climat tempéré sont favorables à une bonne dispersion des polluants atmosphériques, Paris et les trois départements de la petite couronne sont régulièrement placés en «alerte pollution» à cause de la forte activité économique de la région.

L’association Airparif chargée de la surveillance de la qualité de l’air sur l’ensemble de l’Île-de-France, note que l’agglomération parisienne contribue à plus des trois quarts des émissions d’oxyde d’azote et des deux tiers de particules fines. Ce qui explique la concentration de la pollution sur Paris et la pette couronne plus forte qu’ailleurs en Île-de-France.

Pression sur le trafic routier

Ce constat d’AirParif confirme le poids des activités humaines dans la dégradation de la qualité de l’air. Avec, pour l’actuel pic de pollution, une concentration excessive de particules fines et de dioxyde d’azote. Ces deux polluants ont entre autres pour origine le trafic routier, mais pas seulement. S’il intervient pour une grosse moitié (55%) dans le cas du dioxyde d’azote, il n’est responsable que de moins du tiers (25 à 30%) des émissions de particules fines. Avec, pour ces mesures établies en 2010, 57% imputable aux véhicules utilitaires, camions et autocars, 34% pour les voitures particulières diesel et 7% pour les voitures particulières à essence. Ce qui explique la politique de la mairie de Paris pour éradiquer le diesel de la capitale.

Cette politique n’est d’ailleurs pas isolée. D’autres grandes capitales particulièrement polluées comme Pékin, Mexico, Téhéran et Delhi ont également pris des dispositions drastiques pour abaisser leur niveau de pollution.  Et globalement, les 86 plus grandes villes du monde viennent de s’engager, avec la maire de Paris Anne Hidalgo qui préside leur groupement, à faire émerger des solutions pour appliquer l’Accord de Paris signé l’an dernier dans le cadre de la COP21.

Les capitales mondiales mobilisées

Mais la pression exercée sur le trafic routier ne saurait régler le problème. Car pour ces deux polluants, le secteur résidentiel et tertiaire est aussi responsable: 20% pour l’oxyde d’azote, jusqu’à 40% pour les particules. Pour les gaz à effet de serre, le résidentiel contribue même à 42% alors que les transports et le secteur industriel interviennent chacun pour 26%. Il est peut être plus facile d’agir sur les transports, mais il existe d’autres actions à mener, sur le long terme, pour agir sur la qualité de l’air.

D’autant qu’en agissant sur les transports, on crée pour les franciliens et d’autres voyageurs des contraintes souvent insurmontables. Car Paris ne concerne pas que les Parisiens: en tant que capitale économique nationale, les décisions de la municipalité ont des répercussions qui dépassent largement le boulevard périphérique de la ville.

En outre, des progrès ont déjà été enregistrés. Selon Airparif, alors que la moitié des 41 millions de déplacement quotidiens en Île-de-France  étaient effectués en automobile en 2010 (et 20% en transports en commun, le reste à pied et à vélo), on n’en comptait plus que 39% en 2012. Le recours à la voiture recule, la part de l'automobile dans la pollution également. Le véritable enjeu, néanmoins, consiste à créer des conditions plus favorables à l’utilisation des transports publics.

Paris ne concerne pas que les Parisiens: les décisions de la municipalité ont des répercussions qui dépassent largement le boulevard périphérique

Un peu plus de coordination entre Paris et l’Île-de-France

Or, la région exerce une tutelle sur les transports publics à l’intérieur du Syndicat des transports d’Île-de-France (Stif), avec des objectifs d’investissements qui ne tiennent pas forcément compte de l’agenda de la ville de Paris pour réduire le trafic routier. Aussi, des situations conflictuelles se manifestent entre Paris d’une part et la région d’autre part, comme au sujet de la fermeture des voies sur berge. Des conflits qui sont autant d’obstacles pour la mise en œuvre d’une politique des transports cohérente.

L’épisode de la panne du RER B le 6 décembre, au premier jour de la mise en œuvre de la circulation automobile alternée, est un exemple des dysfonctionnements dans cette politique des transports. Sans parler des annulations récurrentes de trains sur le réseau SNCF. Les investissements pour moderniser les transports publics ont été retardés depuis des décennies, les infrastructures trop sollicitées sont souvent au bord de la rupture. Mais la municipalité parisienne s’en tient à son propre agenda, négligeant les autres franciliens. On ne saurait trouver meilleur exemple pour appeler à une meilleure coordination des politiques de transport en faveur de la lutte anti-pollution.

Gilles Bridier
Gilles Bridier (650 articles)
Journaliste
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