La vieille rengaine de Récho et Frigo

Giuseppe de Martino, mis à jour le 15.11.2009 à 17 h 48

La semaine de Giuseppe de Martino

Il y a quelques semaines se sont tenues les Rencontres cinématographiques de Dijon, grand raout professionnel du cinéma qui permet chaque année de faire le plein d'émotions sur grand écran et de mieux connaître cette industrie et son actualité.

En réalité, «faire le plein d'émotions sur grand écran» est vite dit car le spectacle se passe surtout dans les bistrots autour des lieux de projection quand on écoute les vieux lobbyistes ronchons ratiociner sur les clés de répartition des subventions.

De même, «mieux connaitre cette industrie et son actualité» est vite fait car TOUS LES ANS c'est le même cirque. Pour schématiser (ou provoquer), tous les débats tournent depuis des lustres autour de la même question: «comment faire en sorte que l'exception culturelle française résiste à l'heure d'Internet». Je mets des cierges lors de chaque Rencontre pour que ce soit plutôt «comment faire en sorte que l'exception culturelle française prospère avec  Internet?»

Mais cette année était un grand cru. L'utilisation de cette expression vinicole n'est pas un  hasard puisque les Rencontres se tenaient historiquement à Beaune et le maire des lieux ayant soutenu - contre la majorité de l'industrie culturelle -  la fameuse licence globale (« utilisation libre des œuvres protégées en contrepartie du paiement d'une licence unique donc mort du droit d'auteur classique qui veut que toute utilisation d'une œuvre soit soumise à l'autorisation de son auteur ou de son ayant droit ») lors des débats parlementaires sur la lute contre la contrefaçon sur Internet, les Rencontres ont migré il y a quelques années par représailles vers des cieux moins provocateurs, à Dijon. Le vin est toujours aussi bon et cette année, disais-je, les conférences appartenaient à un grand millésime.

En tous cas en termes de poncifs et de raccourcis osés par rapport à Internet.

Ainsi un débat sur le «financement du cinéma à l'heure d'Internet» regroupait la fine fleur des grands argentiers du cinéma (Canal +, Orange) et les distributeurs de VOD payante (Netgem/Glowria et Free) et était animé par les réalisateurs Radu Mihaileanu et Pierre Jolivet surnommés depuis ce jour les «Chevalier et Laspalles du cinéma».

En effet, nos deux comiques, avant de parler de financement et de cinéma (sujet sur lesquels on peut supposer qu'ils ont des connaissances, à défaut d'expertise), sont partis dans une long diatribe contre Internet, en l'illustrant avec des schémas à pleurer de rire où étaient représentées entre des nouilles multicolores des boites noires, des «serveurs», symboles de l'«appropriation de la création par l'Internet». Mais heureusement, selon nos humoristes, «Demain on pourra ordonner la création mondiale» !

Vous n'avez pas compris comment ni pourquoi ?

Nous non plus ou plutôt on s'est rappelé notre petite enfance et la consternation qui déjà s'emparait déjà de nous quand Pierre Jolivet avec son frère Marc polluait nos après midis télévisuels du mercredi avec les personnages de Récho et Frigo.

Le Récho du jour, ce bon Radu à qui on avait envie de prodiguer quelques conseils de bon sens: «Va (visiter un opérateur Internet), vis (sur ta planète et pas avec George Orwell) et deviens (un témoin bien informé)» faisait quant à lui quelques claquettes pour une «régulation du réseau des réseaux  puisqu'en Chine c'est bien possible» quand son binôme estimait dans une conclusion armaggedonesque : «Internet en tant que zone de non droit, est un signe de maladie d'une société».

Dire qu'il va falloir attendre un an avant de ré-entendre des discours du même genre. Ah non, en janvier prochain, il y a le Midem... Récho? Frigo? Vous y allez?

En tous cas, on a pu se rendre compte lors du Festival Tous Ecrans de Genève que nos voisins suisses étaient bien différents de nous: sur un sujet passablement similaire à celui évoqué à Dijon, les différents orateurs représentant toutes les sensibilités possibles ont pu échanger avec courtoisie, inventivité et passion maitrisée : merci à la Quadrature du net, au CNC (français), à Hatman (génie Suisse) et à la SSA (SACD suisse).

***

Ma petite semaine vidéo:

D'autres remerciements à Marc Eychenne et à Antoine Nazaret pour les vidéos qui suivent même si  la première - qui me fait penser à Dijon-off - ne vient pas d'eux!

Tout d'abord de «bien beaux moments de création » sur Internet, de « belles fictions» qu'on montrera à Récho et Frigo quand ils viendront nous voir (parce que quand même ils sont sympas pendant le Dijon-off): une et une autre.

Le rappel que les pubs Internet ne sont pas forcément les plus nulles.

Les gens les plus chiants qu'on rencontre doivent vivre ça chez eux.

Une nouvelle émission géopolitique. Euh, poursuivez vos efforts.

Hénaurme.

Une animation incroyablement bien faite, qu'on a vue partout mais on ne s'en lasse pas.


Une 2e animation incroyablement bien faite (enfin presque... A 1'58'' ils ressemblent à Récho et Frigo à Dijon).

Le bonhomme nous a rarement fait rire avec sa vénalité réprimée dans l'œuf lors de ses attaques judiciaires répétées mais perdues contre les services Internet. Mais là il a un compte tout ce qu'il a de plus officiel. Le vent tourne?

Pour finir, mon ministre de tutelle: Estrosi et les nouvelles technos (et les anciennes technos)

Giuseppe de Martino

Image de une: REUTERS

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