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  • Par Reporters sans frontières
  • "Sans une presse libre, aucun combat ne peut être entendu"

    Dans certains pays, un journaliste peut passer plusieurs années en prison pour un mot ou une photo. Parce que emprisonner ou tuer un journaliste, c’est éliminer un témoin essentiel et menacer le droit de chacun à l’information, Reporters sans frontières, fondée en 1985, œuvre au quotidien pour la liberté de la presse.
  • DU MÊME AUTEUR

Ce 28 juin hondurien où il ne serait rien passé

Le coup d'Etat est passé sous silence par les médias proches des putschistes.

Maculées de «Dehors Pinocheletti», «Reviens vite Mel» ou «Une seule solution, la Révolution», les rues pentues et sinueuses de Tegucigalpa, la capitale hondurienne, font écho à celles de Santiago du Chili d'il y a trente ans. «La nuit tombe et Morazán veille», dit le proverbe local en hommage au président fondateur de la très éphémère Fédération centre-américaine (1829-1838). La maxime vaut cri de ralliement pour l'actuelle «Resistencia» fidèle au président déchu, qui écrit nuitamment sur la pierre ce qu'on a peu de chance de trouver sur papier ou à l'écran le lendemain matin.  «HRN, putschistes. Vive Globo la voix du peuple!». D'autres peintures de guerre innovent en pointant les médias de chaque camp. Dirigé par le magnat José Rafael Ferrari au sein d'un conglomérat incluant également le groupe télévisuel Televicentro, HRN est la station de radio à l'audience la plus large. En face, Radio Globo compte parmi les rares médias nationaux à avoir suivi une ligne d'opposition résolue au coup d'Etat qui renversa Manuel «Mel» Zelaya le 28 juin dernier.

 

 

Au Honduras, deux lexiques s'affrontent et cette guerre des mots a commencé par voie de presse. A ceux qui dénoncent, d'évidence, un «coup d'Etat», répliquent les tenants d'une «succession constitutionnelle» voire «présidentielle» ou plus banalement du «28 juin». Difficile évidemment de nier que la «crise politique» s'est aggravée. Difficile également de ne pas voir dans les élections controversées prévues le 29 novembre un brevet de démocratie sur mesure pour un gouvernement né d'un coup de force. Les maigres espoirs suscités par l'accord de sortie de crise du 29 octobre n'ont pas tenu une semaine. Mel Zelaya ne sera pas rétabli dans ses fonctions, et l'administration Micheletti a fini par s'adjuger le titre de «gouvernement d'unité et de réconciliation nationale». Sans unifier ni réconcilier mais qu'importe. La guerre des mots s'accommode assez bien de ce genre de subterfuge et c'est sans doute la particularité de ce coup d'Etat hondurien que d'avoir atteint son but en tentant de se passer lui-même sous silence.

Les putschistes ont besoin des médias. L'affaire n'est pas nouvelle. Sans porte-voix, pas de putsch. Un coup de force contre le pouvoir en place doit se «vendre» sous un autre nom, surtout aujourd'hui et surtout si le pouvoir renversé procède du suffrage, pour gagner les faveurs de l'opinion. Qu'on se souvienne du Chili en 1973, de l'Argentine trois ans plus tard ou, dans un genre plus libérateur, de la Révolution des Œillets au Portugal à la même époque, la prise d'assaut des médias a immédiatement suivi celui des quartiers présidentiels. Messages codés, marches militaires ou musique douce laissent entendre que «quelque chose» se prépare ou est en train d'avoir lieu avant la prise de parole du triomphateur. Manuel Zelaya délogé et expulsé au Costa Rica, les militaires honduriens ont, comme d'autres, pris soin de mater très vite les voix dissidentes, jusqu'à la presse étrangère. Mais le putsch du 28 juin a aussi et surtout pu compter avec des médias non seulement complices, mais acteurs. Et pour cause.

Militaire dans l'instant, le coup d'Etat a d'abord et été voulu et organisé par une oligarchie industrielle surreprésentée au sein de la classe politique, que mécontentaient fort la tentative de consultation populaire de Mel Zelaya en vu de réformer la Constitution ou les alliances - plus économiques que vraiment idéologiques - du président au sombrero avec les nouvelles figures de la gauche radicale latino-américaine, Hugo Chávez en tête. Or, au Honduras, les anciens chefs d'État décidés à en découdre avec leur successeur sont aussi des patrons de presse. La Tribuna, quotidien traditionnellement proche du Parti libéral (celui de Manuel Zelaya) appartient à l'ancien président Carlos Flores Facussé. Radio Cadena Voces, station de large audience, émane du puissant groupe INVOSA que dirige le prédécesseur direct de Manuel Zelaya, Ricardo Maduro Joest, issu des rangs de l'autre grand parti, le Parti national (conservateur).

Bâilleur de campagne, faiseur ou défaiseur de carrières politiques, le magnat Jorge Canahuati Larach détient quant à lui les deux autres grands quotidiens du pays, La Prensa et El Heraldo, étendards médiatiques du Parti national. Tous ont voulu la mort politique de Mel Zelaya et tous l'ont obtenu par une stratégie médiatique, accréditant tantôt la thèse selon laquelle le président déchu était en fait le vrai putschiste, privilégiant plus souvent la chimère d'une «succession présidentielle» en bonne et due forme. Il ne se serait donc rien passé. Dans les colonnes ou sur les ondes, l'instant de rupture n'a pas eu lieu.

Le coup d'Etat n'aurait pas tenu dans la durée sans ces fables. Qu'elles n'aient guère trompé la communauté internationale, globalement consciente de la réalité du coup d'Etat, n'y change rien. Car la même communauté internationale a d'une certaine façon servi la ligne de ces médias en croyant, sur le moment, à un accident sans lendemain. Un coup d'Etat? Aujourd'hui? Une vieillerie des années 1970 que l'on règle de nos jours au bout de trois semaines, pensez-vous! L'ordre règnera bientôt à Tegucigalpa. Et justement. L'ordre a régné. Bancal, fragile, mais il a régné. Surgi comme autrefois d'une alliance entre les latifundiaires et l'armée. L'histoire balbutie douloureusement mais les élections du 29 novembre voulues à toute hâte par un gouvernement illégitime est là pour sauver les apparences démocratiques. La guerre des mots peut reprendre sur les murs et dans la presse. «Légalisation du coup d'Etat», dit-on ici, «une sortie de crise», réplique-t-on là à propos de ce scrutin dont le vainqueur sera mal élu et récusé par une partie de la communauté internationale. D'opposition ou putschiste, la presse hondurienne va sans doute vivre un 29 novembre aussi lourd qu'un 28 juin.

Benoît Hervieu, Bureau Amériques de Reporters sans frontières

Image de une: supporters du président Zelaya, lors d'une manifestation le 14 novembre 2009. REUTERS/Nicolas Garcia

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Comments

Propagande zelayiste

Article outrageusement partial, dans le plus pur style de la propagande zelayiste et dont on est en droit de se demander ce qu’il vient faire dans un journal de la qualité de Slate. Est-ce une erreur ?
Qui peut encore croire aujourd’hui et surtout essayer de faire croire en l’innocence de l’ex-président Zelaya dans le coup d’état et les troubles dont le Honduras est la victime ? Même le Wall Street Journal a qualifié le renversement de Zelaya de démocratique !
Revenons sur les faits rapidement : Zelaya (Mel pour ses supporters) a cherché, à maintes reprises et contre l’esprit et la lettre de la Constitution, à se présenter pour se faire réélire sans suivre les voies légales et en essayant de soulever la population selon le principe de l’autoritarisme populiste qui sévit actuellement en Amérique Latine. Le Congrès des représentants du peuple ne l’a pas entendu de cette oreille et après un vote a décidé d’expulser Zelaya au Costa Rica. Cette decision a été soutenue par la plupart des forces vives du Honduras : milieux politiques, économiques, syndicaux, religieux, associatifs…Même le propre parti de Zelaya a voté pour son éviction !
Pour plus d’informations, consulter par exemple :

http://www.slate.com/default.aspx?id=3944&qt=Zelaya

http://online.wsj.com/article/SB1000142405274870368380457453426098634837...

http://www.realclearworld.com/articles/2009/07/02/zelayas_coup_96868.html

http://www.csmonitor.com/2009/0702/p09s03-coop.html
etc….

Cordiales salutations,

jHenry44

Si même le Wall Street journal est d'accord...

Le propos de notre commentateur confirme malheureusement le constat dressé sur place lors d'une récente mission, et répercuté dans la présente chronique. La stratégie des médias favorables au coup d'État a payé : Zelaya serait en fait le vrai coupable, l'ordre constitutionnel aurait été rétabli le 28 juin et les élections du 29 novembre entérineront le retour à la normale... Nous aimerions connaître la réaction de l'auteur si un tel événement avait eu lieu dans son propre pays mais revenons plutôt aux faits.
Manuel Zelaya n'a rien d'un "innocent" - les critiques sont nombreuses et vives même parmi les opposants au putsch - et le propos n'est pas là. Ses projets sociaux (bien timides) n'ont éradiqué ni la corruption qui mine le pays, et sa malhabileté politique lui a valu de perdre le soutien de son propre parti, c'est exact. Rappelons d'ailleurs que Roberto Micheletti est l'actuel président du Parti libéral.
Il est en revanche totalement mensonger de dire que Manuel Zelaya a été exulsé au Costa Rica après un vote du Congrès. Le président - élu tout de même - a été tiré de son lit par des militaires, expulsé au Costa Rica avant que des rangs du Congrès ne sorte une fausse lettre de démission. Il s'agit donc bien d'un coup d'État et on est en droit de le condamner, a fortiori lorsqu'il vise un président élu.
Autre inexactitude grave : Manuel Zelaya n'a jamais essayé de modifier la Constitution comme telle. C'est précisément parce que la Loi fondamentale, adoptée en 1982 au prix d'une négociation avec l'armée en pleine période répressive, ne pouvait être directement amendée que Manuel Zelaya a lancé une initiative de consultation populaire - La Cuarta Urna - dont il espérait qu'elle lui donne l'assise politique nécessaire à la possible convocation d'une assemblée constituante. Au commencement d'ailleurs, Pofirio Lobo, candidat du Parti national aux prochaines élections du 29 novembre, approuvait sinon la méthode, au moins le principe d'une révision constitutionnelle. Manuel Zelaya n'a donc en rien violé la Constitution. Il a "seulement" tenter de prendre appui sur la population pour créer les conditions d'un débat sur sa révision. Ce dont ne voulaient même pas entendre parler l'armée qui, rappelons-le, exerce toujours un pouvoir de contrôle sur les opérations de vote.
Au chapitre des inexactitudes, relevonsla plus révoltante : les "forces vives" qui auraient massivement approuvé le coup d'État. Tout au contraire. La popularité de Manuel Zelaya a été, il est vrai, entamé par ses méthodes de gouvernance, son appétit de pouvoir et se fautes politiques. Mais la majorité de la population hondurienne a nettement condamné ce coup de force civico-militaire, dont le bilan humain s'élève à 30 morts et à 4 000 cas gravissimes de violations des droits de l'homme recensés par les organisations locales (cf. defensoresenlinea.com) et la suspension de médias qui ont eu le malheur de prononcer les mots "coup d'État", sans être d'ailleurs tous "zelayistes". Les "forces vives" de la société hondurienne décrites par notre auteur sont bien loin de cautionner les tirs de l'armée sur la foule ou les actes de répression les plus sordides (des témoignages sont à disposition à RSF).
Enfin, comment notre auteur explique-t-il que le Brésil, l'Argentine, plus près de nous l'Espagne refusent de reconnaître une élection gagnable par des candidats propulsés grâce au coup d'État sur le devant de la scène politique ? La France n'a-t-elle pas, comme tous les pays de l'UE, rappelé son ambassadeur ? Les États-Unis n'ont-ils pas suspendu leur aide économique, quitte à parier aujourd'hui, à tort, sur une sortie de crise par ce scrutin-là ?
Voici quelques éléments de réflexion sur un événement qui doit nous aussi interroger sur le sens que nous donnons au mot "démocratie".

RSF Amériques

Allez encore un petit effort!

Que c’est bon de passer d’un peu moins de propagande à davantage d’informations ! On voit ainsi les faits sous un jour différent.

- D’abord, je constate avec plaisir que vous reconnaissez que l’attitude de Zelaya en temps que Président de la République n’a rien d’exemplaire, c’est le moins que l’on puisse dire ! Je ne sais pas si Zelaya est « le vrai coupable » ou s’il n’a « rien d’un innocent » mais, en temps que Président, il a le devoir de suivre et de faire appliquer scrupuleusement la législation de son pays et, a fortiori, la Constitution. Elu démocratiquement, il ne se situe pas au-dessus des lois. Or, au Honduras, ce n’est pas à une partie de la population, fût-elle la plus bruyante, fût-elle soutenue par Zelaya et Chavez, de convoquer une assemblée constituante. Dans mon pays (la France), s’il en était ainsi, le Président devrait aussi être démis de ses fonctions immédiatement.
- Ensuite, j’ai remarqué que vous avez trop tendance à utiliser des informations tronquées. En effet, vous nous dites seulement que Roberto Micheletti était le président du parti Libéral avant de devenir président de la République par intérim, vous avez raison sauf que vous avez oublié de nous préciser que c’est parce qu’il était président du Congrès qu’il a été nommé chef de l’état comme le prévoit explicitement la Constitution du Honduras. Il est vrai que j’ai commis une erreur : ce n’est pas le Congrès qui a voté la déposition de Zelaya même s’il l’a confirmé de façon écrasante a posteriori, c’est la Cour Suprême qui en a décidé ainsi à l’unanimité de ses 15 membres. L’expulsion de Zelaya vers le Costa Rica s’est bien effectuée par les forces armées mais pas de leur propre initiative, elles ont été mandatées par le pouvoir civil. Ce n’était certainement pas la bonne solution comme le montrera la suite des événements, il aurait été préférable de traduire Zelaya devant un tribunal pour pouvoir évaluer l’étendue exacte de ses fautes.
- La responsabilité de Zelaya semble aussi bien engagée dans les réactions populaires qu’il a suscitées avant et après son éviction grâce à des aides extérieures (Venezuela principalement) en essayant de pousser les Honduriens les uns contre les autres. Il espérait ainsi déclencher une guerre civile qui est restée très limitée. Vous dites : « la majorité de la population hondurienne a nettement condamné ce coup de force civico-militaire » Cela ressemble fort à une affirmation gratuite tant que l’ensemble du peuple ne s’est pas prononcé par des élections !
- Une erreur grossière à signaler : vous parlez d’ « une élection gagnable par des candidats propulsés grâce au coup d'État sur le devant de la scène politique ». C’est absolument faux ! Les candidats des cinq principaux partis qui se présentent au suffrage étaient déjà connus et candidats avant la déposition de Zelaya et avaient commencé leur campagne pour les élections déjà prévues le 29 novembre. Quant aux pressions étrangères qui se sont avérées inefficaces, elles devraient davantage s’exercer pour un scrutin libre et honnête afin d’élire un président incontesté et incontestable dont toutes les parties ont un besoin urgent (c’est d’ailleurs ce qui semble se passer).

Donner un sens dynamique au mot « démocratie » ne signifie sûrement pas monter une partie de la population (la bonne) contre une autre (la mauvaise), c’est d’abord apprendre à vivre ensemble avec ses différences et dans le respect des lois. Espérons que l’épisode Zelaya aura au moins servi aux Honduriens à s’en persuader !
PS : Le titre de votre réponse est bien réducteur et bien méprisant pour le WSJ que j’avais certes cité mais d’autres journaux avaient aussi été nommés dont Slate(US), Real Clear World .Je vous quitte en vous laissant consulter le Washington Post
http://www.realclearworld.com/articles/2009/11/18/time_to_support_hondur...

Cordiales salutations,

jHenry44

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