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François Hollande, le chagrin et la pitié

Une femme regarde la déclaration de François Hollande, le 1er décembre 2016 | DAMIEN MEYER / AFP

Une femme regarde la déclaration de François Hollande, le 1er décembre 2016 | DAMIEN MEYER / AFP

Le principe de réalité lui sera tombé dessus: il n'avait plus rien à attendre de demain, ne l'attendait que le goût amer de la chute, de la répudiation, de l'humiliation.

Ce fut une humiliation publique.

De celle à laquelle on assistait lors des procès staliniens quand un accusé imaginaire était obligé de reconnaître des fautes qu'il n'avait point commises. Une mise à mort opérée devant nos yeux quelque peu hébétés et presque gênés d'assister à pareil spectacle. Comme ce taureau dont on aura réclamé la mort pendant tout le temps de la corrida et à qui nous adressons déjà nos regrets ou nos remords au moment même où l'épée s'apprête à le transpercer.

Violence inouïe des affaires politiques!

Ainsi un homme a chu devant nos yeux, ainsi a-t-il été contraint par les événements ou ses manquements, c'est selon, à renoncer à ce qui devait constituer l'essence même de son existence: la poursuite d'une politique qui pensait-il finirait bien par triompher de tous les Cassandre, à rétablir la France dans son rang, à permettre au pays d'avancer dans la bonne direction, au beau milieu de ce siècle mille fois confus.

Il n'en aura pas eu le temps.

Il a préféré se limoger que d'attendre l'ire d'électeurs qui n'en pouvaient plus de lui, il a devancé son départ plutôt que d'être éconduit de la plus brutale des manières, quand, au soir d'une primaire perdue de la plus piteuse des façons, il aurait vu l'un de ses anciens ministres triompher à sa place.

Il n'aura pas voulu de ce déshonneur-là.

Il s'en est allé digne et pathétique à la fois, comme ces amants qui choisissent penaudement d'anticiper leur répudiation au lieu d'attendre que l'objet de leur affection ne leur signifie, en des termes blessants, la fin de leur histoire commune sans leur laisser espérer aucun espoir de réconciliation.

On le disait férocement optimiste, enclin à toujours espérer que la fortune finisse par lui sourire, sorte de Don Quichotte sans cesse prompt à remonter sur sa monture malgré l'accumulation de déboires et de défaites, certain de triompher lors de la prochaine bataille.

Le principe de réalité lui sera tombé dessus: il n'avait plus rien à attendre de demain, ne le guettait que le goût amer de la chute et de l'humiliation, de cette éviction minable qui le poursuivrait longtemps après qu'il s'en fut allé. Et cette certitude, non pas tant de perdre, mais de subir la plus cinglante des défaites, l'aura conduit à annoncer d'une voix blafarde sa décision de ne pas se représenter.

Ce ne fut ni glorieux, ni grandiose: tout juste assez mélodramatique pour provoquer chez ceux qui avaient voté pour lui, sans joie mais non sans raison, un  bref mais réel pincement au cœur.

Puis on passa à autre chose.

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