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Hollande, Sarkozy et... Trump: retour vers le futur avec cette une de Paris-Match de 2005

La couverture de Paris-Match du 17 mars 2005

La couverture de Paris-Match du 17 mars 2005

À l'époque, les patrons du PS et de l'UMP affichaient leurs ambitions élyséennes, qui viennent de s'éteindre onze ans plus tard. Et le milliardaire américain se disait «trop honnête pour être un politicien».

En entendant la décision de François Hollande de ne pas être candidat à sa réélection, moins de deux semaines après l'élimination de son meilleur ennemi Nicolas Sarkozy au premier tour de la primaire de la droite et du centre, j'ai presque immédiatement pensé à une image. Celle des deux mêmes hommes, le 17 mars 2005 en couverture de Paris-Match, à une époque où l'avenir semblait leur appartenir: l'un, François Hollande, à la tête du camp, majoritaire, du oui au sein du parti dont il avait la charge; l'autre, Nicolas Sarkozy, ambitieux patron de l'UMP et bientôt de retour au ministère de l'Intérieur.

Quelques années plus tard, Paris Match expliquait que les deux hommes avaient alors évoqué «les “couteaux dans le dos” venant de leurs amis politiques»:

«Ils défendent des idées différentes et malgré tout peuvent rire ­ensemble. [...] C’est la première fois que les patrons des deux grands partis ­politiques français, l’UMP et le PS, acceptent de poser ensemble, en toute décontraction. ­Nouvelle génération, nouvelle façon d’aborder la politique. Aucune tension sur le plateau, simplement deux hommes politiques inventant une ­autre manière de se parler.»

À l'époque, l'image avait été très critiquée, vue comme le symbole d'une collusion entre le parti dominant de la gauche et le parti dominant de la droite en faveur d'un traité que les Français allaient rejeter, par près de 55% des voix, quelques semaines plus tard. Ségolène Royal, sur le point de lancer sa propre candidature à l'Élysée, allait s'en servir pour critiquer son compagnon, en évoquant sa propre décision de poser avec ses enfants («Il pose bien avec Sarkozy. Il ne va pas jouer les saintes-nitouches!»).

Hollande avait lui justifié sa décision en expliquant qu'il ne savait pas que les photos seraient utilisées pour la couverture. «Qui peut être étonné que le responsable du grand parti de gauche démocratique de France et le responsable du grand parti de la droite et du centre débattent ensemble, sur une question aussi importante et essentielle pour notre pays, et que nous partagions le oui à la Constitution européenne?», s'étonnait quelques jours plus tard Nicolas Sarkozy, à l'occasion d'un autre débat avec son homologue. Défendant les deux hommes, Alain Duhamel écrivait alors dans Libération «qu'il suffisait de lire les réponses alternées de François Hollande et de Nicolas Sarkozy aux Français qui les interrogeaient dans Paris-Match pour constater qu'ils incarnent deux politiques antagonistes. Il n'y avait, dans leurs réponses, aucune ambiguïté là-dessus, à croire que le choc de la photo avait totalement effacé le poids des mots ou bien que le choeur des scandalisés n'avait pas pris la peine de lire le texte».

La conclusion d'une époque

Le choc de la photo est resté. Le poids des hommes politiques en question aussi, pendant plus d'une décennie. En 2007, Nicolas Sarkozy a été élu président de la République face à Ségolène Royal, après que les espoirs de candidature de François Hollande ont été tués dans l'œuf par le «non» au référendum constitutionnel européen. En 2012, François Hollande a été élu président de la République face à Nicolas Sarkozy, après avoir devancé, notamment, Ségolène Royal lors de la primaire à gauche. On a longtemps cru (et, pour certains, craint) que Nicolas Sarkozy était revenu en politique pour en découdre en 2017 avec celui qui l'avait battu et qu'il jugeait inapte à la fonction; et que François Hollande serait ravi d'affronter un adversaire aussi clivant, lui qui avait largement tablé sur l'antisarkozysme pour être élu.

Le prochain scrutin présidentiel, finalement, aura donc lieu sans eux; et la une de Paris-Match prend donc aujourd'hui des allures de conclusion d'une époque, avec la (probable) fin de carrière politique des deux hommes, qui s'accompagne de la cinglante défaite d'une autre star de la politique française des années 1990, Alain Juppé. Mais l'image n'a pas totalement épuisé ses charmes. Après avoir lu mon tweet, de nombreux internautes m'ont en effet fait remarquer qu'on y trouvait mention, en bas de la couverture, de... Donald Trump, pas encore président élu des États-Unis: «Rencontre avec le plus flamboyant des milliardaires new-yorkais».

Paris-Match a, il y a quelques semaines, republié son entretien avec le milliardaire, à l'époque star de la télé-réalité américaine avec «The Apprentice». On y retrouve Trump tel qu'en lui-même, plus hâbleur que jamais: «J’adore faire des affaires et ça m’amuse énormément. J’aime me créer des défis, même si ça complique parfois mon existence. Tout ce que je fais, je le fais avec le regard de l’homme d’affaires. C’est mon instinct. Même si j’entre dans une pharmacie pour acheter de la mousse à raser, j’y entre avec l’intention de trouver le meilleur deal sur la mousse à raser.»

À un moment de l'entretien, l'hebdomadaire interrogeait Trump sur le fait qu'il n'ait pas encore réussi en politique:

«Ce n’est pas que je n’ai pas réussi, c’est que je ne suis jamais entré en politique. Je n’ai jamais été candidat à la présidentielle, même si certains sondages, comme aujourd’hui les scores de mon émission de télé, m’encourageaient à y aller. Je suis trop direct, trop honnête sans doute pour être un politicien.»

Trump, qui se définissait alors comme un «mix» de démocrate et de républicain, a été élu onze ans plus tard après avoir pris d'assaut le parti républicain. Il aura encore l'occasion d'avoir des entretiens de président à président avec François Hollande, qui quittera le pouvoir mi-mai 2017, mais pas avec Nicolas Sarkozy. Mais sur cette couverture de Paris-Match s'étalait en tout cas un étonnant précipité de l'année politique 2016.

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