Jean-François Copé: le nucléaire, un choix indispensable mais exigeant
Risque de Black out, développement de l'EPR, transparence, diversification sont les défis de la filière.
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Les récents débats sur la sécurité de l'EPR (European Pressurized Reactor), les réacteurs de troisième génération, et sur la disponibilité du parc nucléaire d'EDF sont une invitation pour les responsables politiques à rappeler à tous les exigences imposées par le choix du nucléaire par la France: un grand savoir-faire technique, un très haut niveau de sécurité, des investissements massifs, une gestion sans faille des déchets et une transparence totale. En tant qu'élu de la Nation, je considère qu'il est de mon devoir de veiller à ce que les opérateurs du nucléaire respectent scrupuleusement ces engagements. La crédibilité du nucléaire dépend de la qualité des grandes entreprises qui interviennent dans ce secteur, notamment EDF et Areva. Elles doivent être irréprochables! Le devoir du responsable politique est aussi d'aborder ces questions régulièrement, et plus particulièrement quand les polémiques surgissent. C'est seulement ainsi qu'on pourra lever les suspicions et les fantasmes sur l'énergie nucléaire.
Certains profitent des conclusions de rapports de ces derniers jours pour remettre en cause une fois de plus la stratégie énergétique de notre pays. Comme Sandrine Bélier, eurodéputée Europe Ecologie qui a réagi à ma tribune sur la politique énergétique européenne, ils proposent une sortie du nucléaire. Cette opinion va à contre-courant des choix actuels de beaucoup de nos voisins européens. De la Suède à l'Espagne en passant par l'Allemagne, même les pays qui avaient annoncé un retrait du nucléaire décident actuellement d'investir pour prolonger la durée de vie de leurs centrales existantes.
Comme nous, mais aussi comme les Etats-Unis, la Chine, le Japon, l'Inde, le Brésil ou l'Afrique du Sud, ils reconnaissent qu'il n'y a pas d'alternative crédible au nucléaire à ce stade. C'est d'ailleurs ce qu'acceptent également certains écologistes eux-mêmes comme Stephen Tindale ou Patrick Moore, anciens de Greenpeace, qui affirment désormais que le recours au nucléaire est légitime pour lutter contre le réchauffement climatique, qui est la menace la plus urgente.
Il faut sortir de ce mal bien français de l'autoflagellation qui consiste à dénigrer ce qui se fait de positif dans notre pays. La France est le leader mondial du nucléaire: 85% de notre électricité provient du nucléaire contre 16% en moyenne dans le monde. Le choix du nucléaire est une spécificité française qui nous procure trois avantages majeurs.
1/ Le nucléaire contribue à la lutte contre le réchauffement climatique: en terme de rejet de CO² dû à la consommation d'énergie, la France n'émet que 1,6 tonne de carbone par habitant, contre 2,7 pour l'Allemagne, 2,5 pour le Royaume-Uni et une moyenne de 2,27 pour l'Union européenne.
2/Le nucléaire est le socle de notre indépendance énergétique: grâce à l'essor du parc nucléaire français, le taux d'indépendance énergétique est ainsi passé de 25% à 50% de 1980 à 1990, se stabilisant ensuite à ce niveau moyen.
3/ Le nucléaire permet de produire une énergie moins chère qu'ailleurs en Europe notamment par rapport à la production issue de centrales à combustible fossile (pétrole ou charbon), en particulier pendant les phases de prix élevé des matières premières.
En 2004, la Direction Générale et des Matières Premières (DGEMP) avait calculé le coût que représenterait le remplacement du nucléaire par des centrales au gaz en France. Les émissions de CO² auraient été alors supérieures d'environ un tiers à celles de l'époque, le taux d'indépendance énergétique serait passé de 50% à 7%, la facture énergétique de la France se serait alourdie de 44%, soit 160 € supplémentaires par Français et par an.
Les défis: black out, développement de l'EPR, transparence, diversification
A l'heure de la lutte contre le réchauffement climatique et pour le pouvoir d'achat, il paraît donc irréaliste de sortir du nucléaire. Ces éléments positifs ne doivent pas nous faire perdre de vue les deux défis majeurs que la France doit à mon sens relever dans ce domaine: l'amélioration de la disponibilité du parc actuel et le développement de l'EPR.
Premier défi: la disponibilité du parc nucléaire français. Sur les 58 réacteurs dans notre pays, 18 sont à l'arrêt. Près d'un réacteur sur trois. Ce taux de disponibilité des centrales nucléaires s'est même dégradé: il est tombé de 83,4% en 2005 à 79,2% en 2008. Par rapport à 2005, la production nucléaire d'EDF va ainsi reculer de 9,1%. Ce taux de disponibilité est inférieur aux taux des autres pays dont la Belgique qui affiche un taux supérieur à 90% alors que son parc nucléaire a la même ancienneté qu'en France. Ce phénomène s'explique par des opérations de maintenance ou des incidents mineurs qui nécessitent l'arrêt des réacteurs, et par des mouvements de grève du personnel.
Cela fait planer le risque d'un «black out» électrique en cas d'hiver rigoureux entraînant une forte demande d'électricité. Cela pousse aussi la France à importer de l'électricité en hiver auprès de nos voisins européens. C'est évidemment très insatisfaisant. EDF a pour objectif de faire remonter le taux de disponibilité à 85% en 2011 et a, pour cela, investi 1,5 milliard d'euros en 2009 pour l'entretien du parc. Je considère que cet effort massif doit être poursuivi et amplifié pour que nous revenions à une production qui réponde à nos besoins sur le long terme.
Le deuxième défi majeur du nucléaire est le développement de l'EPR. Cette technologie doit nous permettre de remplacer peu à peu notre parc nucléaire qui date en majorité des années 1970. Cette innovation doit nous redonner une longueur d'avance en matière énergétique. Avec l'EPR, on pourra produire 36% de plus par réacteur par rapport à la technologie actuelle en dégageant 30% de volume de déchets en moins. L'EPR augmente en outre considérablement la capacité de recyclage des déchets nucléaires: les déchets d'uranium appauvri issu du retraitement pourront ainsi être en partie réutilisés dans les futurs réacteurs.
Ce projet est l'une des réalisations industrielles les plus complexes et les plus ambitieuses au monde. A travers cette innovation, la France affirme son leadership mondial dans le nucléaire, nous n'avons pas à en rougir. Elle implique de nombreuses entreprises françaises à commencer par Areva et EDF. Cela peut devenir un vrai atout à l'export même si les débuts de l'EPR sont complexes en Finlande.
Comme dans tous les programmes industriels de grande ampleur - développement de la voiture électrique ou d'Airbus - on peut comprendre qu'il y ait des aléas dans les plannings, voire quelques retards... C'est le principe même de l'innovation! Mais là encore, les entreprises publiques doivent rendre compte avec la plus grande transparence de leurs activités à leur actionnaire principal, l'Etat.
Pour finir, je veux insister sur un point essentiel: la poursuite des investissements dans le nucléaire que j'appelle de mes vœux ne doit pas nous détourner des investissements dans les énergies renouvelables! Il faut doter la France d'un bouquet énergétique diversifié, avec du nucléaire bien sûr, mais aussi du renouvelable, qu'il soit hydraulique, solaire, éolien... Il faut donc refuser le choix binaire que font mine de proposer certains écologistes: l'éolienne ou le réacteur nucléaire. Pour moi, ce n'est pas l'un ou l'autre. L'avenir est à la diversification!
Jean-François Copé
Image de une CC Flickr benhamin
Mis à jour le 15/11/2009 à 13h27













































M. Copé.
Je suis ne suis pas contre le nucléaire, et je ne veux le voir disparaitre comme certaine. Cependant il me parait difficile de justifier des investissements aussi massifs dans un secteur dont l'espérance de vie de dépasse pas 50 ans.
L'uranium s'épuise, c'est un fait, alors a quoi bon renouveler tout le parc nucléaire français? D'autant plus que comme vous l'avez dis, un certain nombre de pays gros consommateurs d'énergie se lancent dans l'aventure.
Je ne suis pas vraiment convaincu de l'intérêt économique à long terme (et j'insiste sur long terme) d'une france à 90% nucléaire.
Vous énoncés également le rôle des politiques dans la sécurité nucléaire. Pourtant depuis la privatisation d'EDF et la diminution qui en découle de l'entretien des centrales tant en quantité qu'en qualité (par des sous-traitant plus rentables), les politiques dont vous faites partie ne nous ont pas démontré leur volonté d'avoir un système nucléaire "irréprochable".
M. Copé, je vous ai entendu une fois, à la radio, vous plaindre des 35h.. en utilisant l'argument de ne pouvoir dire à vos enfants d'être des feignants parce qu'ils travaillaient moins.. cet argument que moi je trouve déplorable.. quand on sait que même avec les 35h, la productivité Française est dans les meilleures.. que je suis fatiguée de vous entendre nous insulter quand je vois autour de moi des gens qui bossent et dur ! bref, pour en revenir au débat qui est le nucléaire ici, je vous répondrai donc volontiers.. que moi je ne pourrai dire à mes enfants que nous leur avons laissé une quantité phénoménale de déchets toxiques et radioactifs sous terre.. qu'ils en subissent les conséquences.. Alors moi je crois volontiers aux écrits de Sandrine Bélier, c'est un choix politique qui va dans le sens de demain !
"difficile de justifier des investissements aussi massifs dans un secteur dont l'espérance de vie de dépasse pas 50 ans" : ne serait-il pas judicieux de favoriser la production individuelle, maison ou groupe de maisons ? Avantages : investissements ridicules, pas de transport, pas de pertes d'énergie...
Bonjour M. Copé
Vous avez pour habitude de bien partir et puis les démons de la politique et de l'incohérence vous font déraper.
Sur le fond votre édito est intéressant, mais!!! oui il y a des mais:
1) concernant tout d'abord EDF cette entreprise à la pointe, j'ai travaillé aux Renardières ce centre était une image mais également une compétence de la recherche d'EDF aujourd'hui un centre en fin de vie car EDF est passé de la technique à la finance.
Le fait d'avoir nommé le PDG de Véolia ( qui garde son poste chez Véolia quel homme non?????) à la tête d'EDF montre que vous avez choisi le tout finance au détriment d'une mixité technique /finance.
2) Vous parlez de sécurité une plaisanterie suite aux incidents +/- importants de cette seule année 2009. La plus grave le stock de combustible Melox qui sur le papier était de 6kg mais en réalité de 30kg.
Concernant le contrôle NON les politiques ne contrôlent rien et pour cause leur incompétence en la matière. Ce n'est pas la mise en place d'une commission parlementaire, le dada des politiques avec un coût, qui peut changer ce fait. Les politiques n'ont pas de connaissance pour parler de sécurité nucléaire.
Dans le cas de Melox la commision de sécurité nucléaire n' a pas été à la hauteur de sa mission, le suivi.
3) Je ne suis pas un fana des grèves mais expliquer que l'indisponibilité du parc est du pour une partie aux grèves montre votre vrai visage anti-syndicaliste et surtout anti-démocratique. Etes vous un casseur de grève? Laisser les retraites chapeaux et autres, mais et surtout les avantages que les politiques gauche/droite, s'octroyent et plus particulièrement sur VOS niches fiscales dont la retraite ne vous permet pas de faire des remarques sur les grèves un peu de décence Monsieur.
4) dernier point parler d'un coût supplémentaire de 160€ par français et par an pour un changement d'énergie me fait sourire car VOUS ne tenez nos finances de notre pays, vous avez ouvert la ligne crèdit de telle sorte que la France dans peu de temps sera inscrite au signature non solvable.
Pour le reste oui votre article est intéressant, Monsieur Copé dommage que vous ayez choisi une fonction et non un métier où l'incohérence est la ligne directrice.
Pour mémoire nous sommes sur le budget 2010 donc un avant bilan 2009 de ce fait pourriez-vous suite à votre article sur le milliard d'économie nous en faire le bilan, voilà un avantage du net vous remettre en mémoire vos écrits et vous demander DES COMPTES la démocratie NON?
Nous comprenons mieux votre souhait d'encadrer ce mode de communication.
Pour des ambitions présidentielles il faudra revoir la com politique plus démocratique et moins démago
Bonne journée;