France

Jean-François Copé: le nucléaire, un choix indispensable mais exigeant

Jean-François Copé, mis à jour le 15.11.2009 à 13 h 27

Risque de Black out, développement de l'EPR, transparence, diversification sont les défis de la filière.

Les récents débats sur la sécurité de l'EPR (European Pressurized Reactor), les réacteurs de troisième génération, et sur la disponibilité du parc nucléaire d'EDF sont une invitation pour les responsables politiques à rappeler à tous les exigences imposées par le choix du nucléaire par la France: un grand savoir-faire technique, un très haut niveau de sécurité, des investissements massifs, une gestion sans faille des déchets et une transparence totale. En tant qu'élu de la Nation, je considère qu'il est de mon devoir de veiller à ce que les opérateurs du nucléaire respectent scrupuleusement ces engagements. La crédibilité du nucléaire dépend de la qualité des grandes entreprises qui interviennent dans ce secteur, notamment EDF et Areva. Elles doivent être irréprochables! Le devoir du responsable politique est aussi d'aborder ces questions régulièrement, et plus particulièrement quand les polémiques surgissent. C'est seulement ainsi qu'on pourra lever les suspicions et les fantasmes sur l'énergie nucléaire.

Certains profitent des conclusions de rapports de ces derniers jours pour remettre en cause une fois de plus la stratégie énergétique de notre pays. Comme Sandrine Bélier, eurodéputée Europe Ecologie qui a réagi à ma tribune sur la politique énergétique européenne, ils proposent une sortie du nucléaire. Cette opinion va à contre-courant des choix actuels de beaucoup de nos voisins européens. De la Suède à l'Espagne en passant par l'Allemagne, même les pays qui avaient annoncé un retrait du nucléaire décident actuellement d'investir pour prolonger la durée de vie de leurs centrales existantes.

Comme nous, mais aussi comme les Etats-Unis, la Chine, le Japon, l'Inde, le Brésil ou l'Afrique du Sud, ils reconnaissent qu'il n'y a pas d'alternative crédible au nucléaire à ce stade. C'est d'ailleurs ce qu'acceptent également certains écologistes eux-mêmes comme Stephen Tindale ou Patrick Moore, anciens de Greenpeace, qui affirment désormais que le recours au nucléaire est légitime pour lutter contre le réchauffement climatique, qui est la menace la plus urgente.

Il faut sortir de ce mal bien français de l'autoflagellation qui consiste à dénigrer ce qui se fait de positif dans notre pays. La France est le leader mondial du nucléaire: 85% de notre électricité provient du nucléaire contre 16% en moyenne dans le monde. Le choix du nucléaire est une spécificité française qui nous procure trois avantages majeurs.

1/ Le nucléaire contribue à la lutte contre le réchauffement climatique: en terme de rejet de CO² dû à la consommation d'énergie, la France n'émet que 1,6 tonne de carbone par habitant, contre 2,7 pour l'Allemagne, 2,5 pour le Royaume-Uni et une moyenne de 2,27 pour l'Union européenne.

2/Le nucléaire est le socle de notre indépendance énergétique: grâce à l'essor du parc nucléaire français, le taux d'indépendance énergétique est ainsi passé de 25% à 50% de 1980 à 1990, se stabilisant ensuite à ce niveau moyen.

3/ Le nucléaire permet de produire une énergie moins chère qu'ailleurs en Europe notamment par rapport à la production issue de centrales à combustible fossile (pétrole ou charbon), en particulier pendant les phases de prix élevé des matières premières.

En 2004, la Direction Générale et des Matières Premières (DGEMP) avait calculé le coût que représenterait le remplacement du nucléaire par des centrales au gaz en France. Les émissions de CO² auraient été alors supérieures d'environ un tiers à celles de l'époque, le taux d'indépendance énergétique serait passé de 50% à 7%, la facture énergétique de la France se serait alourdie de 44%, soit 160 € supplémentaires par Français et par an.

Les défis: black out, développement de l'EPR, transparence, diversification

A l'heure de la lutte contre le réchauffement climatique et pour le pouvoir d'achat, il paraît donc irréaliste de sortir du nucléaire. Ces éléments positifs ne doivent pas nous faire perdre de vue les deux défis majeurs que la France doit à mon sens relever dans ce domaine: l'amélioration de la disponibilité du parc actuel et le développement de l'EPR.

Premier défi: la disponibilité du parc nucléaire français. Sur les 58 réacteurs dans notre pays, 18 sont à l'arrêt. Près d'un réacteur sur trois. Ce taux de disponibilité des centrales nucléaires s'est même dégradé: il est tombé de 83,4% en 2005 à 79,2% en 2008. Par rapport à 2005, la production nucléaire d'EDF va ainsi reculer de 9,1%. Ce taux de disponibilité est inférieur aux taux des autres pays dont la Belgique qui affiche un taux supérieur à 90% alors que son parc nucléaire a la même ancienneté qu'en France. Ce phénomène s'explique par des opérations de maintenance ou des incidents mineurs qui nécessitent l'arrêt des réacteurs, et par des mouvements de grève du personnel.

Cela fait planer le risque d'un «black out» électrique en cas d'hiver rigoureux entraînant une forte demande d'électricité. Cela pousse aussi la France à importer de l'électricité en hiver auprès de nos voisins européens. C'est évidemment très insatisfaisant. EDF a pour objectif de faire remonter le taux de disponibilité à 85% en 2011 et a, pour cela, investi 1,5 milliard d'euros en 2009 pour l'entretien du parc. Je considère que cet effort massif doit être poursuivi et amplifié pour que nous revenions à une production qui réponde à nos besoins sur le long terme.

Le deuxième défi majeur du nucléaire est le développement de l'EPR. Cette technologie doit nous permettre de remplacer peu à peu notre parc nucléaire qui date en majorité des années 1970. Cette innovation doit nous redonner une longueur d'avance en matière énergétique. Avec l'EPR, on pourra produire 36% de plus par réacteur par rapport à la technologie actuelle en dégageant 30% de volume de déchets en moins. L'EPR augmente en outre considérablement la capacité de recyclage des déchets nucléaires: les déchets d'uranium appauvri issu du retraitement pourront ainsi être en partie réutilisés dans les futurs réacteurs.

Ce projet est l'une des réalisations industrielles les plus complexes et les plus ambitieuses au monde. A travers cette innovation, la France affirme son leadership mondial dans le nucléaire, nous n'avons pas à en rougir. Elle implique de nombreuses entreprises françaises à commencer par Areva et EDF. Cela peut devenir un vrai atout à l'export même si les débuts de l'EPR sont complexes en Finlande.

Comme dans tous les programmes industriels de grande ampleur - développement de la voiture électrique ou d'Airbus - on peut comprendre qu'il y ait des aléas dans les plannings, voire quelques retards... C'est le principe même de l'innovation! Mais là encore, les entreprises publiques doivent rendre compte avec la plus grande transparence de leurs activités à leur actionnaire principal, l'Etat.

Pour finir, je veux insister sur un point essentiel: la poursuite des investissements dans le nucléaire que j'appelle de mes vœux ne doit pas nous détourner des investissements dans les énergies renouvelables! Il faut doter la France d'un bouquet énergétique diversifié, avec du nucléaire bien sûr, mais aussi du renouvelable, qu'il soit hydraulique, solaire, éolien... Il faut donc refuser le choix binaire que font mine de proposer certains écologistes: l'éolienne ou le réacteur nucléaire. Pour moi, ce n'est pas l'un ou l'autre. L'avenir est à la diversification!

Jean-François Copé

Image de une CC Flickr benhamin

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