Monde

Les deux nouveaux ministres de Trump ont profité d'une crise qui a mis des milliers de personnes à la rue

Temps de lecture : 3 min

Steve Mnuchin, futur secrétaire au Trésor, et Wilbur Ross, futur secrétaire au Commerce, se sont enrichis grâce aux emprunts «subprimes» qui ont causé la crise financière.

/
Steven Mnuchin à la Trump Tower à New York, le 30 novembre 2016. TIMOTHY A. CLARY / AFP.

La dernière publicité télévisée de la campagne de Donald Trump expliquait que la mission du mouvement trumpien était «de remplacer un establishment politique corrompu et inefficace par un nouveau gouvernement contrôlé par vous, le peuple américain». La voix de Trump était accompagnée par des images de Wall Street, de billets de banque et du visage du financier George Soros.

Dans la rhétorique populiste de Trump, Soros et la banque Goldman Sachs représentaient l'élite «mondialisée» à abattre. Il s'en était aussi pris aux managers de hedge funds qui ne paient pas assez d'impôts: «Les gars des hedge funds n'ont pas bâti ce pays. Ce sont juste des types qui accomplissent des tâches répétitives, et parfois ils ont de la chance.»

Pourtant, à mille lieux de cette rhétorique, le président-élu vient de nommer au Trésor Steven Mnuchin, un ancien de Goldman Sachs qui a longtemps travaillé dans le hedge fund de Soros, ainsi que Wilbur Ross au Commerce, un autre insider de Wall Street.

Il y a à peine quatre mois, Trump accusait sa rivale Hillary Clinton d'être trop liée à Wall Street:

«Hillary ne réformera jamais Wall Street. Elle est contrôlée par Wall Street!»

Une expulsion dans le blizzard

Le fait que ces nominés soient des banquiers de Wall Street n'est pas en soi le problème principal: ce qui est vivement critiqué, c'est leur rôle pendant la crise financière des subprimes.

En 2009, Mnuchin a repris en main une banque spécialisée dans ces prêts immobilier à très haut taux d'intérêt, que certaines banques ont poussé des gens à contracter alors qu'ils n'avaient pas les moyens de les rembourser. La banque de Mnuchin, rebaptisée OneWest, devait en partie aider les propriétaires à refinancer leur logement avec d'autres emprunts, mais dans de nombreux cas, les logements ont été brusquement saisis. En six ans, OneWest a opéré 36.000 saisies de logements. En 2011, une centaine de militants d'Occupy Wall Street ont manifesté devant la demeure de Mnuchin à Los Angeles pour protester contre ces expulsions.

Comme le rappelle Bloomberg News, en 2009, une résidente de Minneapolis a retrouvé sa serrure changée par la banque pendant un épisode de blizzard. Il s'est avéré par la suite que la banque avait agi trop tôt: la direction a dû reconnaître son erreur et aider la plaignante à refinancer son emprunt. À New York, un juge a qualifié les pratiques de OneWest de «répugnantes et choquantes» dans une affaire similaire de saisie immobilière.

De même, la radio publique NPR a retrouvé un couple californien qui a eu affaire à OneWest. Incapable de rembourser ses emprunts, il raconte avoir tenté de modifier son prêt avec un programme du gouvernement. Il a contacté un vice-président de la banque, qui lui a dit qu'il bénéficierait d'une extension de deux mois. Pourtant, le jour suivant cette promesse, son logement a été mis aux enchères. Ce couple de seniors a voté pour Donald Trump, mais il raconte au journaliste de NPR qu'il a prié pour que Mnuchin ne soit pas nommé... Après toutes ces saisies, Mnuchin a revendu la banque en 2014, en réalisant un important profit.

«Ils ont profité d'une crise qui a particulièrement touché des travailleurs»

Dans un communiqué commun, Bernie Sanders et Elizabeth Warren, tous les deux très engagés dans la régulation de Wall Street, ont rappelé que la banque de Mnuchin avait bénéficié d'aides financières du gouvernement:

«Après que sa banque ait empoché des milliards de dollars venant des contribuables dans le cadre du sauvetage financier, Mnuchin a fait fortune en dirigeant une banque qui a agressivement saisi les logements de familles affectées par la crise.»

Quant à Wilbur Ross, le futur secrétaire au Commerce, il a racheté en 2007 un fournisseur d'emprunts subprimes, l'American Home Mortgage Servicing, Inc. (AHMSI), qui a été poursuivi plusieurs fois en justice pour pratiques frauduleuses. Cette société a changé de nom, a été rachetée par le groupe Ocwen et Wilbur est resté actif au sein du conseil d'administration. Une agence gouvernementale de protection des consommateurs a conclu que les pratiques de cette société étaient «systématiquement frauduleuses, à chaque étape du processus d'emprunt», et Ocwen a dû payer 2,1 milliards de dollars d'amende, entre autres pour avoir fait payer à ses clients des frais non autorisés.

Comme le résume David Dayen, l'auteur d'un livre sur la crise des subprimes, les deux nouveaux nominés de Trump ont beaucoup de choses en commun:

«Ross et Mnuchin ont profité d'une crise qui a particulièrement touché des travailleurs qui ont eu le malheur de souscrire un mauvais emprunt au mauvais moment.»

Claire Levenson Journaliste

Newsletters

Dans les Balkans, la dure lutte contre le sexisme ambiant

Dans les Balkans, la dure lutte contre le sexisme ambiant

L'Europe de l'Est a semblé relativement imperméable au déluge #MeToo. Mais quand on y regarde de plus près, d'autres initiatives émergent pour libérer la parole des femmes, et ce malgré un conservatisme bien présent.

Amazon empêche ceux qui n'ont pas acheté le livre de James Comey sur son site de le noter

Amazon empêche ceux qui n'ont pas acheté le livre de James Comey sur son site de le noter

Pour la version française, en revanche, ce n'est pas aussi restrictif.

Guerre du Yémen: chut, on tue!

Guerre du Yémen: chut, on tue!

Le conflit, entré dans sa quatrième année, a provoqué «la plus grave crise humanitaire au monde» –face au silence assourdissant de la communauté de l’indifférence internationale. Les ONG sur le terrain accusent principalement Riyad du massacre en cours.    

Newsletters