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L'histoire tragique du couple allemand qui envoya plus de 200 cartes postales pour défier le régime nazi

Elise et Otto Hampe et une de leurs cartes postales/

Elise et Otto Hampe et une de leurs cartes postales/

La lutte d'Elise et Otto Hampe fait l'objet d'une nouvelle adaptation au cinéma avec le film «Seul dans Berlin».

Ils n'étaient pas allés longtemps à l'école, ces deux-là. Ça se voyait sur leurs cartes postales à l'écriture un peu trop simple, à leurs fautes d'orthographe. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le couple d'Allemands Elise et Otto Hampel ont tenté de renverser le régime nazi en déposant plusieurs centaines de cartes postales anonymes dans les boîtes aux lettres de Berlin.

Très célèbre en Allemagne, l'engagement de ce couple de résistants atypiques a été raconté de manière romancée par l'écrivain est-allemand Hans Fallada, qui a reconstitué leur histoire à partir des archives de la Gestapo. Son roman Jeder stirbt für sich allein a remporté un immense succès à sa parution en 1947. À l'occasion de la sortie en novembre 2016 en France et en Allemagne du film Seul dans Berlin (titre en allemand: Jeder stirbt für sich allein), de l'acteur et réalisateur suisse Vincent Pérez, qui constitue la cinquième adaptation filmique du roman, l'hebdomadaire allemand Der Spiegel revient sur le destin tragique d'Elise et Otto Hampel.

Changement de bords

Ce couple sans histoire vivait dans le quartier populaire et communiste de Wedding, dans le nord de Berlin. Elise Hampel était femme de ménage, son mari était machiniste dans une usine Siemens. Fervents partisans du régime nazi durant leur jeunesse –Otto faisait partie de l'organisation paramilitaire «Stahlhelm», qui devint plus tard la SA (section d'assaut), Elise faisait partie de la NS-Frauenschaft, une organisation politique féminine nazie–, il changèrent subitement de bord politique à la mort du frère d'Elise Hampel en 1940 sur le front, et entrèrent en résistance en inondant les boîtes aux lettres de petits mots anonymes:

«Le couple a écrit et diffusé plus de 200 cartes postales et tracts, avec lesquels ils appelaient à la résistance et aux sabotages. Ils protestaient contre un régime qui à leurs yeux mentait au peule et exploitaient les plus faibles pour s'enrichir. “Avec de la fausse propagande et de grands efforts, Hitler est parvenu avec sa bande à nous berner, nous les Allemands, au sujet de ses propres crimes”, écrivaient-ils. Ou bien: “Nous ne voulons pas d'un ordre mondial capitaliste pour lequel un Hitler se bat et envoie mourir nos pères et nos fils!”.»

Dénoncés

Le fait que les deux époux avaient choisi d'agir seuls plutôt que de rejoindre un des quelques groupes de résistants qu'abritait leur quartier leur a permis de diffuser leurs pamphlets et leurs appels à la résistance durant deux ans sans être inquiétés. Jusqu'à ce jour de l'automne 1942 où une passante les ayant vu glisser des cartes postales dans des boîtes aux lettres les a dénoncé à la Gestapo.

Malgré leurs demandes en grâce, Elise et Otto Hampel ont été condamnés à mort pour «préparation d'une haute trahison» et «démoralisation des troupes» par le Tribunal du peuple et ont été guillotinés le 8 avril 1943. Une sentence à laquelle les deux époux ne s'attendaient visiblement pas, et à laquelle chacun d'eux, en désespoir de cause, aurait tenté d'échapper sans succès en rejetant la faute sur l'autre, précise Der Spiegel.

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