Partager cet article

L'élection de Trump annonce-t-elle la victoire prochaine des anti-vaccins?

SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Le président-élu est un fervent croyant du lien vaccin-autisme. Et c’est l’un des rares sujets dont il ne démord pas.

Méthode Coué, optimisme ou simple sang-froid, l’heure est désormais à l'attentisme. Trump sera-t-il l’ignoble chef d’État que son programme et ses propos laissaient imaginer ou reniera-t-il la plateforme qui l'a fait élire? Il faut dire que le président élu a enclenché la marche-arrière sur quelques-unes de ses promesses: il laisse finalement entendre qu’il ne poursuivra pas Hillary Clinton en justice et qu’il n'exclut pas de maintenir l'accord de Paris concernant le changement climatique. Dans une interview au New York Times, il a également pris ses distances avec l’alt-right. Il dit enfin qu'il pense «clôture» plutôt que «mur» anti-migrants et rétropédale sur l’usage de la torture.

Ouf?

Pas si sûr. D’abord parce les incohérences de Trump enjoignent à attendre avant de se rasséréner totalement. Mais surtout, parce qu’il y a un sujet, pas moins crucial, sur lequel il semble ne pas avoir évolué d’un pouce.

«À l'ancienne»

Donald Trump est un anti-vaccin, qui a fait avancer sa cause dans le camp républicain. Il le martèle depuis dix ans déjà et c’est très probablement le seul propos qu’il a tenu avec autant de constance: selon lui, il y a un lien entre vaccins et autisme. Et il n’en a pas démordu même quand la corrélation a été scientifiquement infirmée.

Comme à son habitude, il avait alors injecté une grosse dose de vie privée dans son propos en expliquant avoir fait vacciner son fils Barron, alors âgé de 22 mois, à «l’ancienne»:

«Avec Barron, nous avons fait les choses très lentement. Il reçoit une seule injection  à la fois, puis nous attendons quelques mois et lui en donnons une autre, à l'ancienne. Mais aujourd'hui, on injecte trop de choses aux enfants et quand ils sont trop jeunes. Nous le faisons d’une façon très très conservatrice.»

Façon alambiquée de laisser entendre qu’il n’a pas respecté à la lettre les règles et recommandations. Il n’en fallait pas plus pour que les anti-vaccins les plus radicaux, les sites complotistes et/ou d’extrême droite fassent de Trump et de son épouse les hérauts du mouvement anti-vaxx, louant le «courage de Melania Trump» qui fait «trembler les lobbies».

Ces propos, Trump va les répéter à loisir au fil des ans.

Un engagement

L’ironie du sort veut que les mêmes relents complotistes émanent aujourd’hui d’une vidéo qui cherche à prouver que Barron Trump, âgé de 10 ans, souffre de troubles autistiques. Et laisse entendre que si Trump a si fermement défendu l’existence d’un lien entre autisme et vaccins, c’est parce que son fils en souffrirait lui-même.

Vous ne pouvez pas rendre sa grandeur à l’Amérique avec tous ces enfants malades et ceux à venir

Les conséquences de cette obsession pour cette origine supposée de l’autisme se sont largement fait ressentir dans l’électorat républicain. En mai 2016, une étude menée par un chercheur de l’université de Washington pour Daily Beast avait révélé, pour la première fois, un lien entre le scepticisme à l’endroit de la vaccination et l’affiliation au parti républicain. Les participants ayant affirmé être réticents à se faire vacciner ou à vacciner leurs enfants citant Trump comme figure politique partageant leurs doutes.

Ce qui est inquiétant, c’est que les propos anti-vaccins de Trump ne sont pas à ranger dans la catégorie des simples saillies délirantes. Ils ont été assortis d’engagement, alors que Trump participait à une levée de fonds à laquelle assistait également Andrew Wakefield, le médecin responsable de la première étude établissant un rapport (fallacieux et frauduleux) entre vaccin combiné ROR et autisme, qui fut ensuite radié du registre médical (l’équivalent de l’ordre des médecins) et interdit d’exercer la médecine au Royaume-Uni.

«Donald, vous êtes le seul à pouvoir résoudre ce problème»

Trump s’y serait entretenu avec les nombreux anti-vaccins présents. C’est ce que révèle un post Facebook publié par la directrice d’un centre de recherche sur l’autisme, relayé par Slate.com

«Maintenant que Trump a gagné, nous pouvons tous nous sentir en sécurité. Il nous a accordé un entretien de quarante-cinq minutes et était extrêmement bien informé de nos problèmes. Mark lui a dit: “Vous ne pouvez pas rendre sa grandeur à l’Amérique avec tous ces enfants malades et ceux à venir”. Trump a acquiescé. Andy lui a parlé du Dr Thompson et lui a donné Vaxxed [un célèbre documentaire anti-vaccins chers aux complotistes de tous poils, ndlr]. Le Dr Gary a terminé la réunion en disant: “Donald, vous êtes le seul à pouvoir résoudre ce problème.” Il a dit: “Je le veux.” Nous sommes partis plein d'espoir.»

Cet entretien chaleureux entre Trump et des activistes anti-vaccin avait été aussi rapporté en détail par le magazine Science, qui rappelait alors qu’en tant que président, Trump aurait le pouvoir de nommer qui il veut à la tête du Centres pour le contrôle et la prévention des maladies, et de l'Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux, et donc d’influer sur la politique vaccinale aux États-Unis.

Rapport de force défavorable?

Surtout que les anti-vaxx sont également présents au Congrès, notamment en la personne de Rand Paul. Ce sénateur républicain avait affirmé que les enfants pouvaient être atteints de «troubles mentaux» après avoir été vaccinés. On est aussi peu enclin à imaginer qu’une politique vaccinale au minimum sceptique ne sera pas du goût de la population eu égard à la résurgence spectaculaire de certaines maladies, comme la rougeole, grâce aux efforts démesurés des anti-vaccins.

Il est également difficile de savoir si ce problème de santé majeur bénéficierait d’une levée de bouclier des stars américaines, habituellement promptes à se mobiliser contre Trump. Le magazine Hollywood Reporter avait révélé que dans les écoles des enfants de stars, près de la moitié des élèves de sont pas vaccinés, les parents-people ayant de plus en plus souvent pour bible The Vaccine Book, un ouvrage qui encourage à vacciner les enfants le plus plus tard possible et moins souvent que recommandé. Comme Trump l’a lui-même fait pour son fils.

Vous devez être membre de Slate+ et connecté pour pouvoir commenter.
Pour devenir membre ou vous connecter, rendez-vous sur Slate+.
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte