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Le retour du service militaire, cette machine à fantasmes

Personal entering a gas chamber during a training | Library and Archives Canada via Flickr CC License by

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On ne formait pas de soldats au temps du service militaire, on occupait une certaine jeunesse à connaître la valeur de l'ennui, c'est tout.

Et voilà que le Parti socialiste propose de rétablir la conscription. Ce bon vieux temps du service militaire quand une partie de la jeunesse s'en allait se frotter à la dure réalité de la vie des armées: le réveil à l'aube, la présentation des couleurs, le récurage de chiottes, l'épluchage de patates, le brossage de godillots, rien de tel pour ressouder une nation et la préparer à des lendemains qui déchantent.

Quelle riche idée a eu là le Camarade Cambadélis reprenant à son compte une proposition du Camarade Montebourg. Quelle audace! Quelle vision! Quelle bêtise surtout!

Il faudrait peut-être cesser de verser dans une nostalgie désuète et se souvenir ce que fut pour de vrai le service militaire.

Flickr/Pierre Boureau-Salut

Loin, très loin de cette idée de réunir sous les drapeaux des jeunes français de toute origine, de toute condition, il fut avant tout une immense perte de temps, une vaste pantalonnade, un exercice d'abrutissement de masse réservé à ceux qui n'avaient pas la chance de connaître dans leur entourage qui la concierge d'un général à la retraite, qui la bonne de l'aumônier du Val-de-Grâce, qui l'oncle du cousin de la belle-soeur de la tante du préfet, autant de personnages haut-placés dans la hiérarchie militaire, capables en un coup de fil de vous soustraire à cette corvée.

Il faut le dire et le redire: les biens-nés, les fils de, les pioupious des beaux quartiers, les progénitures des familles respectables, les futurs énarques, les jeunes à particule, les enfants issus de milieux favorisés n'effectuaient jamais leur service militaire.

Ou alors seulement, pour les moins chanceux d'entre eux, en occupant des places de choix dans des Ministères ou à l'École militaire (ce fut mon cas): chauffeurs, secrétaires, informaticiens, bouche-trous divers et variés...

Chez ces gens-là, monsieur, on ne faisait pas le service militaire, on était pistonné.

Tous comme seront pistonnés le neveu du Camarade Cambadélis ou le cousin du Camarade Montebourg qui ne verront jamais le drapeau français se lever à l'aube, dans la cour carrée d'une caserne militaire perdue au fin fond de la Lorraine, où s'entasseront des rangs de soldats du contingent tous issus de la France périphérique, chômeurs, apprentis, paumés en tout genre, déclassés de tout bord, étudiants à la dérive, occupés à gueuler comme des soudards des hymnes à la virilité triomphante.

Tu parles d'un cadeau.

Flickr/Pierre Boureau-Instruction: lancer de grenades

Ils n'apprendront pas à tirer au fusil –cela coûte beaucoup trop cher en munitions– pas plus qu'à combattre un ennemi imaginaire: non, ils passeront leurs journées à balayer la cour, à obéir à des sergents-chefs à l'intelligence toute relative, à monter-démonter leurs armes comme des automates débiles, à perdre leur temps lors de marches nocturnes quand le lieutenant de la garnison, plein de mauvais vin, décidera de soigner son énième gueule de bois en rendant visite à la campagne alentour.

On ne formait pas de soldats au temps du service militaire, on occupait une certaine jeunesse à connaître la valeur de l'ennui, c'est tout. Et à apprendre à obéir à des torche-culs de petits caporaux au front rasé, jamais plus à leur aise que quand il s'agissait d'apprendre à Mouloud le sens des valeurs et l'amour de l'ordre.

C'était cela le service militaire et rien d'autre.

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