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Bana Alabed, l'enfant syrienne qui racontait au monde la vie sous les bombes à Alep

Capture d'écran - Twitter @AlabedBana

Capture d'écran - Twitter @AlabedBana

Sur Twitter depuis deux mois, le récit de Bana et de sa mère nous raconte la guerre qui ravage leur vie. Qui détruit leur quotidien. La peur des bombardements. De courts instants de répit. Puis de nouveau, le tonnerre qui gronde.

En septembre dernier, Bana, une jeune syrienne âgée de 7 ans demande à sa mère pourquoi personne ne vient les sauver. Elle ne comprend pas ces bombes qui ruinent sa ville, son école, et tuent ses voisins. Elle réclame par dessus tout la paix. C’est ainsi que Fatemah a l’idée de raconter la vie de sa fille, et de sa famille en créant un compte Twitter.

«J'ai pensé à Twitter comme un moyen de faire sortir notre message. Nous tweetons en anglais, de sorte à ce que la voix des enfants d'Alep puisse être entendue», explique-t-elle à NBC News

Par messages de 140 caractères, la jeune maman de 26 ans retranscrit les pensées, les peurs, les prières, mais aussi les quelques moments de répit que vivent sa fille aînée et ses deux petits frères, Noor et Mohamed âgés de 5 et 3 ans.

Le message «J’ai besoin de paix», posté le 24 septembre dernier, est le premier d’un récit quotidien de plus de 650 tweets, dont le dernier remonte à seulement quelques heures. Grâce à des photos et des courtes vidéos, on découvre le visage et la vie de cette fillette syrienne et de sa famille, dans une Alep assiégée. La plupart des jours, Bana a très peur. Elle raconte son besoin de paix, son angoisse, mais aussi ses rêves. Elle aimerait pouvoir les réaliser, mais elle a compris que la guerre vole déjà toutes les vies qui l’entourent.

«Alep est une très belle ville mais nous avons besoin de paix. Je veux vivre comme une enfant mais je suis si angoissée maintenant». 

«Je veux devenir professeure, mais cette guerre tue mon rêve. Arrêtez les bombardements. Laissez-moi apprendre l'Anglais et les mathématiques». 

Depuis que leur école a été détruite, Bana et ses frères passent l'essentiel de leurs journées à la maison, explique la jeune mère de famille au Guardian. Les autres établissements ont en grande partie été ruinés aussi, et le plus proche est déjà trop loin de la maison des Alabed. Surtout quand chaque déplacement représente un danger considérable. Sur beaucoup de photos publiées par sa mère, on découvre Bana chez elle, lisant, dessinant, jouant avec ses frères, mais aussi apprenant l’anglais grâce à l’aide de sa maman. 

«Nous écrivons pour oublier les bombes».

Les rares moments de sortie sont consacrés à la recherche d'un peu de pain et de nourriture avec son père, Ghassa. Il travaille au département juridique du Conseil local. Depuis plus de quatre mois, la famille n’a pu manger que du riz et des pâtes. Les fruits et légumes sont introuvables en ville, de même que l’électricité qui se fait de plus en plus rare, et les hôpitaux, tous détruits.

«Cher monde, nous cherchons de la nourriture, des hôpitaux. Cher monde, pourquoi tu le vois pas ?»

Quand chaque message rythme la vie

Chaque tweet nous transporte en un instant dans la vie de cette famille. La peur des bombes et celle de mourir sont omniprésentes, pour Bana et ses frères. Le bruit des frappes que l’on entend sur les courtes vidéos ressemble à un tonnerre qui gronde en permanence. La fillette regarde par la fenêtre la nuit noire de la ville meurtrie, et tente de se boucher les oreilles pour ne plus rien entendre. Et lorsque le bruit des bombes se rapproche, la peur grandit. Le rythme des tweets s’accélère. Les internautes qui suivent la famille retiennent leur souffle, jusqu’au tweet d’après, qui leur prouvera que la famille est toujours bien là.

«Nous prions ici à Alep, cette nuit j'entends des bombes tomber. Mon âme peut être prise n'importe quand». 

«J'ai très peur de mourir cette nuit. Les bombes me tueront». 

Également interrogée par le Telegraph, la fillette raconte son angoisse incessante: 

«Chaque seconde de la journée, je sens que les avions prendront nos âmes. Je pleure tout le temps. Je ne peux pas dormir à cause des bombardements. Je ne peux pas aller dehors. Mon jardin a été détruit par une frappe et la maison est désormais le seul endroit qui soit sûr.» 

Sa maman confirme, c’est un miracle si sa fille ne peut dormir ne serait-ce que quatre heures par nuit. Les bombardements sont incessants. D’ailleurs, depuis quelques mois, la famille dort toujours dans la même chambre. De la sorte, si le pire arrive, ils ne mourront pas seuls, explique Fatemah.

À plusieurs reprises, elle raconte le réveil de ses enfants, si heureux d'être encore vivants après une nuit d'horreur. Mais dehors, tout proche, il suffit de quelques pas pour découvrir parmi les décombres les vies tuées de leurs voisins, adultes et enfants que la famille de Bana connaissait. 

«Bonjour tout le monde, nous sommes toujours vivants. On se réveille ce matin, vivants». 

Dans certains de ses messages et de ses tweets, la fillette prie même Bachar el-Assad et Vladimir Poutine d'arrêter les bombardements. En vain.

«M. Poutine, M. Al-Assad, Obama, n'avez-vous pas des enfants comme nous. Nous voulons vivre au moins en sécurité». 

Quelques éclaircies pour survivre

Quand la guerre a commencé, Bana n’avait que trois ans. Pourtant, elle se souvient encore vaguement des moments heureux avec sa famille. «Mes parents nous emmenaient déjeuner dehors, nous allions dans les parcs et au zoo.» Chose qui aujourd’hui, ne fait plus partie du domaine du possible pour l’enfant, qui malgré les horreurs auxquelles elle assiste, aime son pays par-dessus. «J'aime la Syrie, et je veux vivre ici pour toujours», a-t-elle encore confié au Guardian. Pour sa mère aussi, partir est inenvisageable. «Vous ne pouvez pas quitter votre propre chair, votre peau.» «C'est là que nos parents ont vécu, c'est notre pays, notre maison, notre souffle.»

Heureusement à quelques rares occasions, une éclaircie semble se faire et l’on peut voir Bana afficher un beau sourire. C’est notamment le cas lorsque la jeune fille et sa mère se réjouissent des nombreux messages de soutien qu’elles reçoivent du monde entier, de la part des milliers d'internautes qui prennent désormais de leurs nouvelles quotidiennement. Ou même dernièrement, lorsque Bana, Noor et Mohamed ont pu découvrir Harry Potter, grâce à JK Rowling elle-même.

«Bonjour JK Rowling, j'ai regardé le film d'Harry Potter. Bana aimerait lire le livre».

«Jusqu'à la fin»

Le 27 novembre dernier pourtant, les derniers messages postés sur le compte Twitter de Bana et de sa mère sont plus alarmants que jamais. Après des mois, des années de survie, leur maison vient d’être touchée par une frappe, il n’en reste plus rien. Visiblement privée d'internet, Fatemah réussi tout de même à donné signe de vie, et à raconter que sa fille aînée a été légèrement blessé. Elle se l'est promis, elle donnera des nouvelles jusqu'à la fin. Un dernier message il y a deux jours, celui de l'adieu. Puis, plus rien. 

«Dernier message - sous de lours bombardements maintenant, nous ne pouvons plus vivre. Quand nous mourrons, continuez à parler de nous. Au revoir. - Fatemah».

«Nous n'avons plus de maison maintenant. J'ai eu des blessures légères. Je n'ai pas pu dormir depuis hier. J'ai faim. Je veux vivre, je ne veux pas mourir». 

Dix-huit heures après, à l'instant, un nouveau tweet. Celui de la vie, par-dessus tout.

«Voici notre maison. Mes poupées chéries sont mortes sous les bombes. Je suis très triste, mais heureuse de vivre». 

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