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Le Nicolas Sarkozy qui veut y aller «quand même» est celui de 2007

Tract distribué en région parisienne dans la nuit du 28 au 29 novembre 2016.

Tract distribué en région parisienne dans la nuit du 28 au 29 novembre 2016.

Les origines du mystérieux tract distribué en région parisienne remontent à l’élection du président Sarkozy il y a presque dix ans.

Ce matin, des internautes parisiens ont diffusé sur les réseaux sociaux la photo d’un étrange tract distribué dans la nuit. On y voit l’ancien président Nicolas Sarkozy et un message simple: «Pour la France, j’y vais quand même.»

La petite phrase a de quoi amuser quand on sait que l’homme a récemment été éliminé de la course à l’investiture de la droite et du centre pour l'élection présidentielle de l’année prochaine et qu’il a promis de s’adonner à moins de «passions publiques». Cette phrase sonne donc comme une plaisanterie puisqu’elle laisse croire que l’ancien candidat pourrait quand même se présenter face à François Fillon, largement élu par leurs partisans.

Dans la foulée, l’internet français a vite essayé de comprendre d’où pouvait provenir le tract. Comme le note le Huffington Post, le prospectus a été aperçu «dans plusieurs quartiers de Paris (9e, 10e, 11e, 14e, 15e, 16e, 18e et 20e arrondissement) et dans certaines villes de banlieue comme Ivry-sur-Seine», ce qui laisse présager d’une opération de grande ampleur ou du moins bien organisée.

Un collectif d'artistes? Un collectif en lutte?

Un site intitulé jyvaisquandmeme.fr a également été lancé, redirigeant d’abord les internautes vers la page Wikipédia de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis. Cela confortait l’hypothèse d’une plaisanterie de grande ampleur, mais comme le site a été enregistré anonymement en milieu de matinée, on pouvait penser qu’il s’agissait d’un «rebond» fait avec un nom de domaine enregistré à la va-vite. Sauf que, moins de deux heures plus tard, le site en question redirigeait vers un texte posté sur Medium, lui-même repris sur le site Lundi.am. Intitulé «Il n’y aura pas d’élection présidentielle», on pouvait y lire une tribune appelant «à faire en sorte qu’il n’y ait pas d’élection présidentielle, au sens où, quand bien même quelques irréductibles s’acharneraient à voter, elle sera un non-événement au regard de notre surgissement politique à nous» et à poursuivre le mouvement de lutte né de la loi Travail. Le nom de domaine a-t-il été récupéré par d’autres personnes?

Ce détournement n’est pas violent, je trouve ça plutôt rigolo. Et de toute façon, cela m’étonnerait vraiment que Nicolas Sarkozy y aille quand même

Le photographe Philippe Warrin

Dans un tweet, le journaliste de «Quotidien» Hugo Clément affirmait que le collectif boijeotrenauld.com était derrière le canular, mais il est, pour l’heure, difficile de comprendre les motivations réelles de ce tract et de ce site. 

Photoshopé

Une autre question reste en suspens: pourquoi avoir choisi, pour se moquer d’un Nicolas Sarkozy obsédé par 2017, avoir choisi une photo datant de 2007? Et pas n’importe photo puisqu’il s’agit de la photo officielle du président de la République, comme nous l’a confirmé au téléphone son photographe, Philippe Warrin. «C’est bien la même photo, le fond a été détouré, l’image inversée et retouchée.»

Au début des années 2000, le photographe n’était pas familier du monde politique, mais une séance photo avec Cécilia Sarkozy le rapproche à l’époque du président, qu’il prendra en photo notamment à New York, à Marrakech avec sa compagne de l’époque et lors de la campagne présidentielle de 2007. «J’ai voulu la jouer Kennedy, car cette année-là, on n'allait pas élire un président, on allait élire une famille, qui plus est recomposée.» Il était donc logique que le président en fasse son photographe officiel, un privilège évidemment rare dans le milieu. «La séance a duré douze minutes en tout, il a tout choisi. La seule chose que j’ai proposée, et qu’il a acceptée, c’est d’ajouter le drapeau européen.»

Aujourd’hui, cette photo est gérée par la Bibliothèque nationale. «Il faut savoir qu’il y a beaucoup de papys et de mamies qui l’achètent», s’amuse le photographe. En revanche, il tient à préciser qu’il a cédé les droits sur l’image, et pour une raison simple: «J’ai travaillé à la “Star Academy” de TF1, et j’y ai rencontré un jeune homme qui est devenu mon ami, Grégory Lemarchal. Malheureusement, il est décédé le 30 avril 2007 [des suites de la mucoviscidose, NDLR], quelques jours à peine avant l’élection de Nicolas Sarkozy. J’ai donc décidé que tous les droits que je toucherais seraient reversés à la fondation qui s’est mise en place après son décès.» 

Pour Philippe Warrin, cette image, malgré l’importance émotionnelle qu’il lui accorde, appartient au patrimoine français, et que l’on ne peut donc rien contre ses multiples détournements. «Personnellement, je n’irai jamais porter plainte contre ce genre de tract, d’autant plus que dans le milieu, ce genre de procès coûterait plus cher en avocats. Ce détournement n’est pas violent, je trouve ça plutôt rigolo. Et de toute façon, cela m’étonnerait vraiment que Nicolas Sarkozy y aille quand même.» 

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