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La candidature de François Fillon oblige le FN à se replacer

Marine Le Pen, Francois Fillon (et Jean-Louis Borloo) lors d'un débat télévisé le 22 avril 2007, à Boulogne-Billancourt. | PIERRE VERDY / AFP

Marine Le Pen, Francois Fillon (et Jean-Louis Borloo) lors d'un débat télévisé le 22 avril 2007, à Boulogne-Billancourt. | PIERRE VERDY / AFP

Dans l’entre-deux-tours, le parti de Marine Le Pen a violemment attaqué François Fillon. Ni populiste, ni politiquement correct, la victoire de l’ancien Premier ministre bouleverse la stratégie du FN pour 2017.

Il est «le plus ultra de tous», pour le vice-président du FN Florian Philippot, qui juge que François Fillon est «un très bon adversaire pour le Front national». À la fois Thatcher et Reagan sur le plan économique, «chef d’orchestre» de la politique décidée par Nicolas Sarkozy que les Français ont sanctionné en 2012... N'en jetez plus!

À en croire les caciques du parti de Marine Le Pen, donc, la victoire de François Fillon n’est pas un obstacle et encore moins une mauvaise nouvelle. Il y aura, au moins, un débat clair et net avec l’ancien Premier ministre, caricaturé comme l’éternel numéro deux qui a «trahi» tous ses mentors, comme l’explique Sébastien Chenu, délégué national du Rassemblement Bleu Marine: «François Fillon va être confronté à la lumière crue d'une campagne présidentielle».

Fillon sur les plates-bandes du FN

Accueil des migrants, inauguration d'une mosquée à Argentueil, gestion d'une Europe technocratique... Les critiques ont fusé du côté du FN, Marine Le Pen évoquant même «le pire programme de casse sociale qui ait jamais existé». Sur Twitter, un mot-clé #LeVraiFillon visait à rétablir la vérité sur le véritable visage de l'ancien député de la Sarthe. Dans le même temps, le FN répétait pourtant que la victoire de François Fillon n'était absolument pas menaçante, alors que l'ancien Premier ministre, qui a notamment affiché une réticence personnelle sur l'avortement et souhaite réécrire la loi Taubira, semble avec ses déclarations marcher sur certaines plates-bandes du FN.

Malgré l'apparente décontraction des cadres frontistes, en coulisses, la victoire de François Fillon inquiète largement l’état-major, surpris par l'émergence d'un tel candidat, et dont la frange «chevènementiste» est amenée à prendre encore un peu plus de pouvoir pour contrer le programme libéral et austéritaire promis par l’ancien Premier ministre. Depuis le soir du premier tour, le Front national attaque bille en tête François Fillon et dénonce son bilan... alors même que le parti de Marine Le Pen était resté plutôt discret depuis le début de cette campagne.

C'est bien sur l'économie que François Fillon se distingue du FN, que la droite accuse d'avoir un programme similaire à celui de Jean-Luc Mélenchon, fait de protectionnisme, de barrières douannières et de renforcements des protections sociales, à l'inverse de l'abaissement promis par François Fillon. Habile stratège, l'ancien Premier ministre, lui, est passé du séguinisme –donc du souverainisme économique– à la droite libérale et conservatrice sur les mœurs pour mieux réunir une famille politique déboussolée. Il met donc le Front national face à ses contradictions, lui qui est divisé entre une frange identitaire, parfois pro-Européenne au nom de la défense des racines chrétiennes du continent, et une frange plus «sociale», qui dénonce la construction européenne et la casse sociale qui l'accompagne.

La nouvelle stratégie du FN

Après les régionales de 2015, où le FN n'a gagné aucune des régions qui lui étaient «promises», Marine Le Pen s'était engagée dans une nouvelle stratégie, certaine de ne pouvoir remporter l'élection présidentielle de 2017 si elle ne se «présidentialisait» pas. Or la victoire de François Fillon est précisément celle de l'incarnation, de l'expérience et d'une certaine retenue. L'homme déteste la «peopolisation», même s'il a cédé parfois à ses travers. Il est solitaire, secret, et assume de ne pas avoir créé de clash au sommet de l'État malgré ses divergences avec Nicolas Sarkozy, qui prenait un malin plaisir à le rabaisser au rang de «collaborateur». Avec François Fillon, la droite a plébiscité un homme d'État rassurant, cohérent et efficace. Un homme qui ne veut pas bouleverser les institutions et veut gouverner avec «exemplarité».

Si l'image est rassurante, le programme, lui, a de quoi effrayer les classes populaires et une partie de la jeunesse, exclue du système politique actuel, et qui n'a pas formé le gros des troupes de cette primaire. Majoritairement, l'électorat de François Fillon est âgé, retraité, et plutôt aisé. L'exact inverse de celui du Front national. Pour rassurer ces électeurs, le Front national sera tenté de mettre en avant un programme économique de défense des services publics et des fonctionnaires, défendu en interne par Florian Philippot, et qui s'affronte à la ligne identitaire de Marion Maréchal-Le Pen.

Donnée en tête au premier tour de 2017 mais perdante au deuxième face à n'importe quel candidat de la droite (jusqu'à vingt points de différence dans certains sondages), Marine Le Pen espère également que le report de voix éventuels des électeurs de gauche ne se porte pas facilement vers François Fillon –dont l'image de droite dure peut en effrayer certains. Car celui-ci est remonté dans les sondages au moment de la publication de son livre sur le totalitarisme islamique, un des grands enjeux de cette future campagne de 2017. Pour le politologue Jean-Yves Camus, «ces deux droites sont en compétition, non pas pour arriver à une alliance au final, sans quoi elles seraient complémentaires, mais parce qu'il il y en a une des deux qui va tuer l’autre».

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Citadin

a écrit le 28.11.2016 à 12 h 51

Le paradoxe est que si le FN est amené à affronter François Fillon au deuxième tour, ses éléments de langage, et certains de ses arguments, pourront le faire passer pour un parti de gauche laïque face à un candidat purement libéral au catholicisme affirmé (ce qui est parfaitement légitime et honorable)
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