Partager cet article

Fidel ne dirigeait plus, et pourtant sa mort peut changer des choses

Fidel Castro during lors d'une céréémonie d'hommage au héros national Jose Marti à La Havane SILVIO RODRIGUEZ / CUBADEBATE / AFP

Fidel Castro during lors d'une céréémonie d'hommage au héros national Jose Marti à La Havane SILVIO RODRIGUEZ / CUBADEBATE / AFP

Le Lider Maximo était retiré du pouvoir depuis dix ans. Pourtant sa mort pourrait bien lever des inhibitions, au sein de la population, mais aussi des prétendants à la succession des Castro.

Suivre, en temps réel, le fil twitter de Yoani Sanchez, célèbre blogueuse cubaine (14ymedio) et inlassable critique du régime castriste, permet de saisir pleinement l'ambiguïté des sentiments avec lesquels les Cubains ont accueilli la nouvelle de la mort de Fidel Castro à 90 ans, dans la nuit du 25 au 26 novembre: entre soulagement, joie, ou tristesse, mais aussi crainte de nouvelles tensions. «L'aube est silencieuse mais la peur est palpable dans l'air. Jours difficiles à venir...» prédit-elle, redoutant dans un autre tweet «la nervosité du pouvoir» et la possibilité d'un retour de bâton.

Elle ajoute, non sans amertume: «Son héritage: un pays en ruine, où les jeunes ne veulent pas vivre», tout en rappelant, encore incrédule, que «sa mère a grandi sous Fidel Castro, qu'elle-même et son fils sont nés sous Fidel mais que ses petits enfants grandiront sans Fidel Castro».

Alors qu'à Miami, la diaspora cubaine faisait la fête, les réactions des chefs d'Etat ont commencé à pleuvoir, avec plus ou moins de lyrisme selon les sensibilités, pour rendre hommage à cette «figure du XXe siècle qui avait su représenter pour les Cubains la fierté du rejet de la domination extérieure» selon François Hollande, ou «un camarade bon et sincère» selon le secrétaire général du Parti communiste chinois Xi Jinping; Barack Obama assurant habilement, de son côté, que «l'Histoire jugera l'impact énorme de Fidel Castro». Symbole de la lutte pour la souveraineté de son peuple contre l'impérialisme américain depuis la révolution de1959, le Lider Maximo laisse aussi le souvenir d'un dictateur, responsable du maintien de son pays dans un isolement et une pauvreté anachroniques, ainsi que de la répression féroce de milliers d'opposants, emprisonnés ou poussés à l'exil. Que sa disparition marque un tournant majeur dans l'histoire de son île est une évidence, mais il est plus difficile d'évaluer en quoi elle peut influer sur la vie future des 11 millions de Cubains.

La théorie

A priori en rien. Malade, Fidel Castro s'est éloigné du pouvoir en 2006, cédant les rênes du pays à son frère Raul (85 ans aujourd'hui). Certes, de caudillo militaire adepte des discours fleuve, il s'était mué en vieux sage en jogging, garant de l'esprit de la Révolution, distillant de temps à autre ses avis dans le journal officiel Granma. Raul s'y référait sans cesse et prenait sans doute soin de ne pas le contrarier, même si on peut supposer que ces derniers temps, le Comandante ne suivait que de très loin les évolutions du pays. Or, justement, depuis 10 ans, les évolutions menées par Raul ont été lentes mais réelles, avec l'ouverture – très encadrée– de certains métiers à l'économie de marché, un accès limité à la propriété privée, l'assouplissement des contraintes de circulation pour les Cubains, jusqu'au rapprochement fin 2014 avec les Etats-Unis d'Obama. Une démarche dictée évidemment par l'étranglement économique du pays et par l'effondrement de son principal allié, le Venezuela.

Quoiqu'il en soit, l'embargo est toujours en vigueur et les positions du président américain élu Donald Trump sur ce dossier restent pour l'instant illisibles.

Quant à la fin de l'ère castriste, donc de la génération révolutionnaire historique, elle était de toute façon programmée, que Fidel soit ou non vivant: Raul Castro a annoncé son départ définitif à la fin de son mandat en 2018. Son dauphin désigné est le «jeune» Miguel Diaz-Canel, 55 ans, cacique du parti et déjà numéro deux du régime. La relève au PC, disent les connaisseurs, est bien formée et déterminée, et la fin du parti unique ne semble pas pour demain, même si les rivalités internes risquent de s'exacerber.

«La chute du régime semble peu probable, estimait récemment Jean Mendelson ancien ambassadeur de France à Cuba, lors d'une conférence à l'IHEAL, mais le statu quo est impossible. Les évolutions actuelles vont continuer, sous le contrôle d'une bureaucratie tatillonne ou d'une armée complètement intégrée à la société, qui dirige des pans entiers de l'économie».

La pratique

Pourtant, «la mort de Fidel va retirer un poids à Raul. Il n'aura plus besoin de s'inquiéter de contredire son grand frère, personnalité énorme», estime Michael Shifter, président du centre de réflexion Inter-American Dialogue cité par l'AFP. Au-delà de la stratégie du pouvoir à laquelle Fidel ne participait plus guère, la mort de ce dernier va aussi représenter «un poids en moins» pour la société cubaine. Il suffit en effet de discuter avec des Cubains de toutes générations, pour prendre conscience de l'attachement persistant d'un certain nombre d'entre eux à l'image du Lider Maximo, qui reste un symbole de la fierté nationale, couplé cependant à leur rejet profond du régime actuel: «fidélistes» mais pas communistes. Beaucoup de jeunes ne veulent pas le renier, mais seulement passer enfin à autre chose.

Une fois la période de deuil achevée, après les grandioses funérailles nationales prévues dimanche prochain, il est probable qu'une partie de la population cubaine, libérée de cette statue du Commandeur, ne supporte plus d'attendre des changements plus rapides et plus profonds et sorte d'une certaine apathie pour protester avec virulence contre les multiples pénuries, privations et tracasseries, qui rendent absurdement difficiles leur vie quotidienne, sans parler de la répression constante de la liberté d'expression. Probable aussi que cette disparition désinhibe les luttes de pouvoir pour l'après-Raul, même si elles se livreront sans doute dans le secret du Parti.

Dans la crainte d'une telle désinhibition générale, il n'est donc pas exclu, comme le redoute Yoani Sanchez, que la mort de Fidel ne conduise à court terme à une nouvelle crispation politique du régime. Même si elle se traduit à plus long terme, sous la pression de la crise et des revendications sociales, par une accélération de l'ouverture économique.

Vous devez être membre de Slate+ et connecté pour pouvoir commenter.
Pour devenir membre ou vous connecter, rendez-vous sur Slate+.

Citadin

a écrit le 27.11.2016 à 7 h 01

Direction et sens de l’Histoire

Le castrisme est certainement mort avec Fidel. Le communisme soviétique s’est effondré il y a déjà plusieurs dizaines d’années. Les Kibboutz n’existent plus.

Les démocraties sociales européennes sont gravement ébranlées par les violents assauts du capitalisme chinois opérant sous l’autorité du PCC (Parti Communiste Chinois).

Le libéralisme semble triomphant, cependant on peut observer deux étranges phénomènes prophétisés par d’antiques croyances : la concentration échevelée du capital et la paupérisation du salariat occidental… lesquelles, malheureusement, risquent de susciter en Europe non pas des révolutions sociales, mais des régimes fascisant.

Que penser, que faire ?…
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte