L'envolée boursière a de quoi faire peur
L’économie stagne et les actions grimpent. Pourquoi? La réponse est inquiétante.
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Certains constats ont des allures de paradoxes. Jugez plutôt: depuis peu, les places financières se portent bien, mais les performances de l'économie sous-jacente ne sont pas de nature à vous rendre optimiste. D'un côté, le fringant indice S&P 500 a grimpé de 53% depuis le creux de mars dernier. De l'autre, si les Etats-Unis affichent un PIB en hausse de 3,5% au troisième trimestre, le chômage n'en reste pas moins élevé; les revenus stagnent, les consommateurs sont hésitants.
On pourra dire que la bourse est à nouveau dans l'erreur: après tout, les marchés, censés retranscrire l'attitude des investisseurs quant à l'avenir, se sont rarement aussi bien portés qu'en octobre 2007; l'économie américaine était alors sur le point de s'effondrer. Autre hypothèse: l'idée selon laquelle il suffirait de suivre l'évolution de la Bourse pour se faire une idée de la santé de l'économie nationale est tout simplement obsolète.
Le Dow Jones, le S&P 500 et le NASDAQ sont avant tout les indices des grandes sociétés basées en Amérique, pas ceux des PME; ils ont plus leur place au Forum économique mondial de Davos qu'à la Chambre de commerce. Ces entreprises sont de plus en plus mondialisées; elles font tout pour étendre leurs activités à l'étranger. En 2006, selon les chiffres de Standard & Poor's, 238 membres du S&P 500 ont fait état de leurs revenus en faisant la part entre leur chiffre d'affaires généré à l'extérieur des Etats-Unis et celui réalisé à l'intérieur des frontières. Conclusion: pour cette période, ces entreprises ont réalisé à peu près 43,6% de leurs ventes à l'étranger. Pour les grandes sociétés ayant déjà saturé le marché américain, ce dernier n'était presque plus qu'un détail. Au deuxième trimestre 2007, par exemple, 66% des ventes de boissons Coca-Cola ont été réalisées en dehors de l'Amérique du Nord.
Depuis 2006, la récession fait baisser la demande dans beaucoup de secteurs aux Etats-Unis. Nous ne sommes certes pas les seuls à avoir souffert: en 2008, l'économie globale a connu sa première année de baisse depuis la seconde Guerre Mondiale. Mais la croissance est repartie; mieux, dans certains pays - Pérou, Chine, Inde -, elle ne s'est jamais arrêtée. La géographie économique mondiale continue donc d'évoluer; et dans le même temps, chaque année, la part prise par les Etats-Unis dans le produit mondial brut et dans la demande globale s'amoindrit. Ces deux dernières années, la quasi-totalité de la croissance de l'activité économique s'est effectuée hors des frontières américaines. Du coup, le chiffre d'affaires des sociétés basées aux Etats-Unis dépend de plus en plus de l'étranger - des opérations qu'elles y réalisent et des clients qu'elles y trouvent. Cet été, le S&P a mis à jour les résultats des entreprises de l'indice. En 2008, le marché étranger a représenté 47,6% de leur chiffre d'affaires (pour les 253 compagnies - sur 500 - ayant accepté de rendre public ce chiffre); en 2006, cette proportion n'était que de 43,6%. En d'autres termes, en deux ans, le chiffre d'affaires réalisé hors des frontières par les grandes sociétés américaines a grimpé de 9,8%. Pour 2009, il approchera sans doute les 50%.
Si au moins ces entreprises se tournaient vers l'étranger pour vendre des produits fabriqués en Amérique, cette évolution serait des plus bénéfiques pour l'économie - et les travailleurs - des Etats-Unis. Mais les choses ne fonctionnent pas ainsi. Dans les mois ayant suivi la crise mondiale du crédit, les exportations américaines ont chuté. Elles ont touché le fond en avril, avec un total de 120,6 milliards de dollars, et bien qu'elles soient à nouveau à la hausse, le total du mois d'août 2009 est tout de même inférieur de 20% à celui du mois d'août 2008. C'est ainsi: la mondialisation est en train de transformer le monde des affaires. Le problème, ce n'est pas que les grandes sociétés américaines vendent des produits américains (hamburgers, sodas, voitures, logiciels) en dehors de nos frontières; le problème, c'est qu'elles fabriquent ces produits à l'étranger, et qu'elles les vendent à l'étranger.
Voyez cet article du Financial Times, qui annonçait dernièrement la sortie d'un film de Disney, Book of Masters:
«Disney se lance activement dans la production de films produits à l'étranger, pour un public étranger. Book of Masters - tiré d'un conte de fée russe; réalisé en Russie par des artistes russes - en est le dernier exemple en date», affirme le quotidien. Comme le dit Robert Iger, PDG de Disney: «Nous ne pourrions pas faire évoluer la marque Disney (...) si nous nous contentions de produire nos films aux Etats-Unis et de les exporter vers le reste du monde.» Si Book of Masters est un succès, les actionnaires américains de Disney auront de quoi se réjouir - les employés de la société basés aux Etats-Unis auront, eux, toutes les raisons de faire grise mine. Autre exemple: General Motors. En Chine, les ventes de GM grimpent actuellement en flèche. La société y a vendu 1,3 million de véhicules sur les neuf derniers mois de l'année; plus de 181.000 en septembre. Aux Etats-Unis, en revanche, sur la même période, GM a vendu 1,5 million de véhicules - 36,4% de moins que l'année précédente; seulement 156.673 pour le mois de septembre. Le succès que rencontre l'entreprise en Chine est certes excellent pour ses actionnaires comme pour quelques uns de ses cadres. Mais étant donné que la plupart des voitures vendues en Chine y sont également construites, et que les pièces sont issues de l'industrie locale, la hausse des ventes dans l'Empire du Milieu ne va pas donner de travail aux employés syndiqués du Middle West américain.
Hausse des indices boursiers et pouvoir d'achat en très faible évolution ne sont donc pas contradictoires. L'économie mondiale et le rôle qu'y jouent les grandes sociétés américaines se transforment sous l'effet de tendances à grande échelle, et les conséquences d'une telle mutation peuvent être des plus inattendues. Une bourse en hausse durable associée à une consommation en berne: c'était encore impensable hier, mais cela pourrait bien, dès demain, devenir notre pain quotidien.
Daniel Gross
Traduit par Jean-Clément Nau
Image de Une: Parapluie devant un panneau montrant les cours de bourse à Tokyo, REUTERS/Yuriko Nakao
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Mis à jour le 16/11/2009 à 9h28













































Un article très intéressant et la crise a démontré que les politiques ont obligation de porter "secours" aux grandes entreprises, qui ont tout misé sur le profit et donc l'actionnariat au détriment d'un mixte finance/ technologie, lorsque ses dernières sont au bord du dépôt de bilan et pire sans aucun moyen de leur imposer des règles.
extrapolation de cet article: pourquoi ne pas imaginer que les grandes entreprises, sous forme de holding, environ un millier dans le monde créent leur propre territoire en achetant à prix d'or un territoire ou la création d'une île artificielle et dans ce cas elles échapperont à toute régulation et gèreront leurs flux financiers éventuellement fictfs que les citoyens de la planète subiront pour des technologies peu coûteusent car dans ce cas les holdings imposeront TOUT
Les politiques, plus particulièrement occidentaux, ne peuvent pas empêcher cette possibilité car le business se fait en dehors de leur frontière.
Les grandes entreprises, du moins en France mais également aux US , à GB, Italie ....aujourd'hui ont peu de considération pour les politiques, d'ailleurs leurs dirigeants et la crise l'ont démontré, ils se gardent bien d'être au journal de "20H" ou dans les médias, en premier lieu le MEDEF complétement absent de la com pendant cette crise sauf pour expliquer que les charges sont trop lourdes, que les salaires, stocks options et autres ne peuvent pas être régulés etc.
Les banques ont compris et se sont empréssées de rembourser "le petit prêt" aux vues des flux monétaires journaliers pour éviter toute emprise politique.
Merci pour cet article qui remet à sa juste place la "micro" puissance politique plus tourner vers le verbal que le concret et pour cause avoir laissé le pouvoir aux grandes entreprises qui a une époque pas si lointaine financées les partis, encore aux US, le retour:des lois "imposées"
Ce n'est pourtant pas compliqué à comprendre. La bourse a encaissé la crise financière et anticipé la crise économique en dégringolant dans des proportions démentes. Aujourd'hui, constatant les mesures prises (ou pas) par les entreprises, elle anticipe leur amélioration économique(ou pas). En d'autres termes elle salue les licenciements et néglige le chômage. La variable majeure de la santé économique d'une entreprise est devenue l'emploi depuis une vingtaine d'années et c'est aujourd'hui salué comme un acte courageux de licencier son personnel...