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Comment dormir lorsque le soleil ne se couche pas

Kiruna Midnight Sun walk by chas B via Flickr licence by

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Notre corps dort-il de la même façon en situation de luminosité ou cela n'est-il qu'une conséquence de nos sociétés occidentales?

L'hiver vient. Et avec lui les longues nuits qui commencent dès 17 heures et qui semblent pomper toute notre énergie et notre fraîcheur de vivre. Mais il y a toujours pire, vous pourriez vivre au-delà du cercle polaire. Là où le soleil ne pointe pas le bout de son nez pendant des semaines. Néanmoins, l'inverse est également vrai et la thématique est abordée dans la série Jour Polaire diffusée sur Canal+.

Leila Bekhti, la comédienne qui joue l'héroïne policière de la série a d'ailleurs expliqué que le tournage avait été «déphasant». Car il est difficile de dormir lorsqu'il fait jour pendant des mois. Dans les régions où les latitudes sont supérieures à 66°33', le soleil est au-dessus de l'horizon pendant 24 heures, au moins un jour par an. Ce qu'on appelle le soleil de minuit. À la base britannique de Halley, située en Antarctique au 75e parallèle nord, le soleil ne se couche pas l'été pendant 110 jours.

Rythmes en libre cours

Guy Bordin est ethnologue. Il a passé quelquefois plusieurs mois dans la communauté de Mittimatalik, une ville de 1.300 habitants située à 72° de latitude nord, à 1.400 kilomètres au nord du cercle arctique. Là où le soleil était continu de fin avril à mi-août. Sans être un spécialiste du sommeil, il explique tout de même que contrairement à une croyance tenace, «le sommeil est endogène à la physiologie humaine»:

«Il n'est pas lié directement à l'environnement, poursuit le chercheur. Même si vous êtes dans un endroit où il fait tout le temps jour ou nuit, vous allez quand même avoir un cycle circadien d'alternance nuit-jour qui va s'établir.»

L'ethnologue explique qu'au bout de quelques jours, l’horloge biologique de chaque personne va adopter une périodicité qui lui est propre mais un peu décalée car l'horloge biologique a une durée légèrement supérieure à 24 heures. Ces rythmes sont appelés rythmes en libre cours.

Une absence d'alternance entre la lumière et l'obscurité peut tout de même entraîner une «désynchronisation» selon les travaux d'une chercheuse britannique de Halley. Le phénomène se produit lorsque deux paramètres biologiques, physiologiques ou comportementaux qui étaient auparavant en synchronisation «cessent de présenter les mêmes relations de fréquence ou de phase.»

«Hormone du sommeil»

De plus, le corps humain possède une «hormone du sommeil» : la mélatonine. Cette hormone est inhibée en présence de la lumière et stimulée lorsqu'il fait sombre. «Donc, dans un environnement où il fait tout le temps jour, cela demande un petit temps d'adaptation. Mais assez rapidement vous allez vous endormir sans aucune contrainte», explique l'ethnologue, auteur du livre On dansait seulement la nuit.

D'autant qu'il explique que les rythmes sociaux sont le deuxième mécanisme important pour réussir à s'habituer: «Quand vous arrivez dans une communauté vous vous calez sur l'activité générale de la communauté. C'est un peu perturbant quand on vient de l'Occident. Quand on est à 72° nord, on a des changements assez phénoménaux mais ils sont compensés par les mécanismes sociaux.»

Comme les autres sociétés, celles des Inuits vivent désormais aux mêmes rythmes que les sociétés industrielles. Ce qui n'empêche pas certaines surprises. À Tromsø, en Norvège, les habitants organisent des barbecues en plein jour à minuit.

Une communauté très active la nuit

Chez les Inuits, la communauté est «très active la nuit en juin ou juillet». «Par conséquent, c'est plus calme le matin», souligne Guy Bordin. Mais ce sont parfois pour des causes différentes, explique-t-il. Par exemple, beaucoup de locaux se déplacent et font des activités la nuit plutôt que le jour car il y a beaucoup de moustiques en journée.

L'autre caractéristique essentielle, c'est que le sommeil chez les Inuits n'a pas bonne presse. «Il n'y a pas d'angoisse associée à un minimum d'heures de sommeil. Parfois, les Inuits iront se coucher à 3 heures du matin et ensuite ils referont quelques heures», précise Guy Bordin.

Lorsque ce dernier arrivait dans le village, il tendait des tissus aux fenêtres pour avoir un peu plus d'obscurité durant la nuit car il n'y a ni stores ni rideaux chez les locaux:

«Beaucoup d'Inuits sur place n'en ont pas besoin car une de leurs caractéristiques est leur capacité à dormir là où ils sont. Les « blancs » par contre ont tendance à recréer un environnement qui est plus proche de chez eux.»

Preuve que même si le sommeil est endogène à l'homme, nous avons tous notre petit confort. 

Jour Polaire

Avec Leïla Bekhti et Gustaf Hammarsten

Création originale Canal+

Exclusivement sur Canal+

A DECOUVRIR A PARTIR DU 28 NOVEMBRE EN PRIME TIME

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