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Au-delà de Poutine, François Fillon sait la sympathie des Français pour la Russie

Vladimir Poutine à Moscou, le 18 novembre 2011 | NATALIA KOLESNIKOVA / AFP

Vladimir Poutine à Moscou, le 18 novembre 2011 | NATALIA KOLESNIKOVA / AFP

Le favori de la primaire a bien conscience d'une chose: les Français préfèrent la Russie à Poutine.

Vladimir Poutine n’a pas bonne presse en France et son image est mauvaise dans l’opinion. 72% des Français ont une mauvaise opinion de lui, selon un sondage IFOP. François Fillon n’en réclame pas moins la reprise avec le président russe d’un dialogue qui en réalité n’a jamais cessé. Tout en n’ayant aucune illusion sur le chef du Kremlin, il peut tirer profit d’une sympathie certaine des Français pour le pays, sans égard pour ses leaders.

Cette sympathie s’explique par plusieurs facteurs. Il y a d’abord la fascination pour l’homme fort qui existait déjà en France par rapport à Staline. Le «petit père des peuples» était admiré bien au-delà des milieux communistes et des compagnons de route. Vladimir Poutine laisse célébrer la mémoire de Staline quand il s’agit de magnifier l’histoire de l’Union soviétique. Passant sous silence le bilan sanguinaire du successeur de Lénine, il se présente comme l’homme de fer, capable de chasser l’ours, de piloter un avion de combat, voire de découvrir au fond d’un lac des antiquités enfouies depuis des siècles.

Pour ceux qui l’encensent, il a l’avantage de ne pas avoir à composer avec un parlement, a fortiori de tenir compte d’une opposition, pour prendre des décisions. En une heure, il peut envoyer ses avions bombarder la Syrie, pendant que les dirigeants des démocraties paraissent paralysés par des délibérations sans fin. Certes, l’autoritarisme attire l’extrême-droite européenne qui estime par ailleurs partager avec la Russie poutinienne les valeurs traditionnelles remises à l’honneur par l'Église orthodoxe. Celle-ci est devenue une des bases idéologiques du régime russe depuis l’arrivée de Poutine à la tête de l'État en 2000.

Un pôle de résistance à l’impérialisme américain

Pour une partie de la gauche de la gauche, le même résultat est atteint pour des raisons différentes. La Russie de Vladimir Poutine a gardé une forme d’aura de l’Union soviétique. Elle n'est plus la «patrie des prolétaires», «l’horizon indépassable de l’humanité», mais elle reste un pôle de résistance à l’impérialisme américain. Et c’est pourquoi elle obtient les suffrages de cette gauche orpheline du communisme. Et pas seulement d’elle.

Les héritiers du gaullisme, ou ceux qui se prétendent tels, rêvent de renouer une coopération avec les dirigeants russes comme moyen de restaurer l’indépendance de la politique extérieure française censée avoir été perdue depuis Nicolas Sarkozy et François Hollande. Les arguments mettant en avant la violation du droit international (dans l’annexion de la Crimée) ou les crimes de guerre (dans les bombardements d’Alep) sont écartés au nom de la Realpolitik. L’idée d’un équilibre entre les puissances et d’un concert des nations, soutenue par Vladimir Poutine, les séduits car ils pensent que la France, débarrassée des méfaits de la pensée unique en politique étrangère, fera évidemment partie des États qui compteront dans le système international.

En Syrie et en Irak, la lutte contre l’État islamique exige selon ces néogaullistes suivis par François Fillon une coopération avec la Russie. Cette nécessité l’emporte sur la politique agressive de la Russie en Ukraine. Dans leur souci de se démarquer d’une politique prétendument «atlantiste», les néogaullistes oublient que dans les crises existentielles qui ont émaillé la guerre froide (Cuba, Berlin, etc.), le général De Gaulle s’est toujours rangé dans le camp occidental, se montrant même parfois plus dur que les Américains.

Le soft power russe à l'œuvre

Le penchant pro-russe s’appuie sur un substrat culturel dont les racines remontent au moins au XVIIe siècle quand les encyclopédistes fréquentaient la cour du tsar ou de la tsarine et leur inspiraient des réformes «modernes». Le mythe est entretenu par l'attrait, à défaut de connaissance profonde, de la littérature et de la musique russes en France et de la culture française en Russie. Comme par les alliances militaires qui ont réuni les deux pays au cours depuis la fin du XIXe siècle. Comme semble le dire François Fillon, on s’est bien allié aux Russes pour combattre les Nazis, pourquoi donc ne pas s'allier avec Poutine –et Bachar el-Assad–, pour lutter contre l’État islamique?

Ces liens ont été renforcés par l’immigration russe en France après la révolution de 1917. Les Russes blancs, qui n’occupaient pas seulement des postes de chauffeurs de taxi à Paris, ont permis d’entretenir cette relation spéciale avec leur pays d’origine. Leurs descendants ont été parfois les meilleurs défenseurs de la Russie, y compris de ses dirigeants du temps de l’URSS, aussi paradoxal que cela puisse paraître pour des familles qui avaient fui le communisme. Ils sont partie prenante du soft power russe en France (et en Europe). Moscou peut compter sur des relais et des réseaux, à travers des hommes d’affaires et des hommes politiques, qui proposent une défense et illustration de Vladimir Poutine et de sa politique. Et qui dénoncent comme hostile à la Russie toute critique adressée au régime. Le symbole le plus voyant de ce soft power est le centre culturel russe du quai Branly à Paris, qui abrite à la fois un observatoire de la démocratie et les coupoles dorées d’un église orthodoxe.

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