Monde

Les réfugiés ne sont pas ce que l'on en dit

Temps de lecture : 2 min

En Allemagne, il y a tellement de fausses informations négatives qui circulent sur les migrants qu'il y a de quoi remplir une carte interactive.

Un réfugié du Liban en Allemagne en septembre 2016 I John MACDOUGALL / AFP
Un réfugié du Liban en Allemagne en septembre 2016 I John MACDOUGALL / AFP

«Les réfugiés mangent nos cygnes», «Deux hommes parlant mal l'allemand violent une joggueuse», «Des demandeurs d'asile urinent sur des tombes»... Pas une semaine ne passe en Allemagne sans que ce genre de titres n'apparaissent sur les réseaux sociaux, via les groupes Facebook et les blogs d'extrême droite, et parfois même dans les pages des quotidiens locaux. L'immense majorité de ces «informations» qui ont toutes en commun de donner une image menaçante et dégradante des réfugiés, et plus largement des étrangers, sont inventées de toutes pièces.

Agacée par cette profusion de hoaxes visant à attiser la haine des réfugiés, déjà répandue au sein de la société allemande, la journaliste allemande Karolin Schwarz a recensé ces centaines de rumeurs ainsi que les articles de presse qui les démontent, confrontant ces affirmations aux informations de source policière ou institutionnelle.

Elle en a fait une carte interactive baptisée hoaxmap.org, dont les frontières dépassent désormais celles de l'Allemagne, les autres pays germanophones ayant eux aussi leur lot d'histoires à dormir debout. L'Autriche par exemple, où le média en ligne Erstaunlich («étonnant») a diffusé en juin 2016 une rumeur selon laquelle la mairie de la ville de Graz aurait distribué aux réfugiés des tickets leur permettant d'aller gratuitement dans un bordel.

Quand les politiques s'y mettent aussi

En septembre 2016, l'hebdomadaire Die Zeit avait publié un article qui déconstruisait une autre de ces rumeurs, selon laquelle il y aurait «300.000 réfugiés travaillant au noir en Allemagne» [sur 1,1 million accueillis en 2015, ndlr]. Rapporté au nombre de cas recensés en moyenne chaque mois par les inspecteurs du travail, soit «6 à 11» réfugiés qui n'ont pas de contrat de travail, ce qui représente une centaine de personnes par an, ce chiffre à cinq zéro sorti de nulle-part perd tout semblant de crédibilité.

Selon Karolin Schwarz, qui présente son projet sur le site de Die Zeit, Facebook joue «un rôle central» dans la diffusion de ces hoax:

«Une grande partie des rumeurs s'y diffuse très rapidement. Le réseau ne favorise pas explicitement les contenus populistes mais il les encourage de manière indirecte: les posts controversés créent plus de réactions et atteignent ainsi plus de gens. La teneur en vérité d'une information n'y joue aucun rôle.»

La journaliste reproche également aux responsables politiques allemands de diffuser eux-aussi de fausses informations qui influencent de manière négative le débat actuel sur l'accueil des réfugiés. À l'instar du ministre allemand de l'Intérieur, Thomas de Maizière, qui a affirmé en octobre 2015 qu'«environ 30%» des Syriens qui arriveraient en Allemagne auraient en réalité une autre nationalité. Comme le rapportait le site de la chaîne de télévision Die Erste, ce dernier n'a pas été en mesure de fournir la preuve de la véracité de ce pourcentage lorsque la député au Bundestag Ulla Jelpke, membre du parti de gauche radicale Die Linke, le lui a demandé.

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