Culture

Le délicat miracle de «Louise en hiver»

Temps de lecture : 2 min

Le film d'animation de Jean-François Laguionie réussit, avec des moyens très simples, à donner naissance à un monde à la fois très sensible et onirique. Une véritable réussite de cinéma.

© Gebeka Films
© Gebeka Films

Appelons cela un miracle. Parce que franchement, on ne voit pas très bien pourquoi on se passionnerait pour les tribulations d’une vieille dame qui se retrouve seule sur une plage après la départ des estivants. Avouons de surcroît avoir peu d’inclination pour le cinéma d’animation —plus exactement pour l’animation qui si souvent abusivement se prétend cinéma.

Mais voilà, Louise en hiver commence, et c’est là tout de suite. Cela ne faiblira pas. Une justesse, une finesse, un friselis de mystère autour de situations banales, une étrangeté qui irradie d’un dessin tout simple.

L'ambition de la modestie

Louise était en vacances à la mer, au moment du départ elle a raté le dernier train. La ville est vide, fermée. Elle s’installe sur la plage. Tout peut arriver, ou presque rien, c’est pareil.

Avec des moyens graphiques qui semblent d’une extrême simplicité, il semble que Jean-François Laguionie puisse tout faire

La mer, les crabes, les souvenirs d’enfance, un chien qui parle et ne parle pas, l’horizon, un grain de sable. Avec des moyens graphiques qui semblent d’une extrême simplicité, il semble que Jean-François Laguionie puisse tout faire.

Nulle révélation ici, depuis La Traversée de l’Atlantique à la rame (Palme d’or du court métrage en 1978) et Gwen, le livre de sable, son premier long métrage en 1984, on connaît le talent singulier du fondateur de La Fabrique, berceau cévenol de l’animation française contemporaine.

Mais jamais sans doute Laguionie n’a été si libre, on voudrait dire souverain si la modestie n’était pas la qualité première de ce projet, qui n’en est que plus ambitieux. Car il s’agit de rien moins que du temps et de l’âge, de la nature et des humains, du réel et de l’imaginaire, de l’infiniment grand et de l’infiniment petit.

© Gebeka Films

Le miracle est dans la manière de s’approcher en douceur, avec humour et émotion, de ces grandes thématiques. Et, avec une mamie qui n’a pas les deux pieds dans la même espadrille et une poignée d’ingrédients glanés du côté de chez Crusoé, des peintres de marines et des boîtes de biscuits et cartes postales des années 1920, de fabriquer un bâtiment de cinéma qui vogue fièrement, joyeusement ses 75 minutes.

Un film de cinéma

Sans esbroufe 3D ni gadgets , avec de l’aquarelle, des crayons de couleurs et de la gouache —et un admirable travail sur les sons, Louise en hiver est pourtant bien un film de cinéma. Puisque cela arrive aussi parfois en animation, disons sans remonter jusqu’à MacLaren ou Trnka, avec Miyazaki et Norstein, ou sur la planète Wall-E, chaque fois grâce des procédures différentes.

Il y a ici cette harmonique supplémentaire qui tient à la ressemblance entre la technologie «vieillotte» et l’héroïne, et leurs vaillances associées. Si une approximation de ce qui fait qu’il y a du cinéma tient à la capacité d’en faire imaginer beaucoup plus qu’on n’en montre et qu’on n’en dit, l’aventure de Louise et le geste de Laguionie participent en écho de cette ouverture, où le rire et le rêve ont toute leur place.

Louise en hiver

de Jean-François Laguionie, avec la voix de Dominique Frot.

Durée: 1h15. Sortie le 23 novembre

Séances

Jean-Michel Frodon Critique de cinéma

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