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Merkel, le pôle de stabilité dont l'Europe a besoin face à Trump

Angela Merkel au Bundestag, le 23 novembre à Berlin | TOBIAS SCHWARZ / AFP

Angela Merkel au Bundestag, le 23 novembre à Berlin | TOBIAS SCHWARZ / AFP

La chancelière allemande brigue un quatrième mandat en 2017.

En annonçant qu’elle serait à nouveau candidate aux élections de septembre 2017, Angela Merkel marche sur les traces de ses glorieux prédécesseurs chrétiens-démocrates. Le premier chancelier de la République fédérale, Konrad Adenauer, a régné quatorze ans (1949-1963) et Helmut Kohl, seize (1982-1998). Mais le premier a été obligé pour des raisons d’âge et de désaccords politiques de quitter le pouvoir au milieu d’une législature et le second a subi une cuisante défaite pour avoir fait un mandat de trop. Angela Merkel veut conjurer la malédiction du quatrième mandat.

Si elle est élue l’année prochaine, elle pourra elle aussi prétendre à un règne de seize ans, le record étant détenu par Bismarck, le premier chancelier du Reich (1971-1890). Pour l’heure, les augures sont plutôt favorables. Si les élections législatives avaient lieu dimanche prochain, les chrétiens-démocrates de la CDU-CSU recueilleraient 33% des suffrages, neuf points devant les sociaux-démocrates (SPD), et loin devant les autres formations, l’AfD, Alternative pour l’Allemagne, le parti populiste crédité de 13% des voix, les Verts et la gauche radicale autour de 11 à 12%, et le Parti libéral à 5%. Angela Merkel sera réélue présidente de la CDU au congrès de Essen qui commence début décembre et sera naturellement la candidate de la droite modérée à la chancellerie.

Les critiques ne se taisent pas

Au cours des derniers mois, elle a su rétablir une situation compromise par sa politique d’ouverture envers les réfugiés du Proche-Orient. Passée la période d’enthousiasme de l’été-automne 2015, la majorité des Allemands s’est peu à peu retournée contre l’optimisme affiché par la chancelière pour l’accueil d’un million de migrants. «Wir schaffen das» (en français, «nous y arriverons»), le slogan a fini par être contreproductif. Depuis, Angela Merkel l’a depuis mis sous le boisseau. L’accord qu’elle a passé avec la Turquie pour le contrôle des réfugiés syriens et irakiens –qu’elle continue à défendre tout en critiquant la dérive autoritaire et répressive de Recep Tayyip Erdogan– a contribué à tarir le flux. Ses amis de la CSU bavaroise réclament toujours un «plafond» au nombre de réfugiés. Angela Merkel s’oppose au principe mais l’applique dans les faits.

Sa popularité s’en ressent. Alors que son taux d’approbation n’était que de 42% au mois d’août, il est passé à 55% en novembre. Le souvenir des revers électoraux subis dans les élections régionales de l’automne, dans le Land du Mecklembourg-Poméranie occidentale, où l’AfD a devancé la CDU, et à Berlin, s’estompe. La demande de stabilité l’emporte sur la tentation du vote protestataire. Les critiques ne se sont pas tues pour autant. La droite de son propre parti est d’accord avec la CSU bavaroise. Dans la grande coalition avec les sociaux-démocrates, Angela Merkel aurait tiré la politique du gouvernement trop loin vers la gauche. Dans un souci tactique de maintenir ouverte l’hypothèse d’une coalition avec les Verts, elle aurait trop sacrifié à l’écologie et aux réformes libertaires. Faute de mieux, elle vient d’accepter qu’un social-démocrate, le ministre des affaires étrangères Frank-Walter Steinemeier, soit le prochain président de la République.

Tactiquement, elle a su depuis plus de dix ans se placer au centre du jeu. Elle a éliminé tour à tour tous ses concurrents au sein de la démocratie chrétienne. Elle se garde la possibilité de nouer plusieurs types de coalition, selon le résultat des élections. La grande coalition avec le SPD a le défaut de réduire l’opposition parlementaire à la portion congrue et de favoriser les formations populistes. Mais un ancien cacique de la CDU vient de relancer l’idée d’une coalition dite «jamaïcaine» parce qu’elle allierait les couleurs du drapeau de cette île des Caraïbes: noir pour la CDU, vert pour les écologistes et jaune pour les libéraux. Dans le rapport de forces tel que reflétaient actuellement par les sondages, une coalition de gauche entre le SPD, les Verts et die Linke (la gauche radicale) n’aurait pas de majorité, à supposer que les divergences politiques entre ces trois partis puissent être surmontées.

Un pôle de stabilité

Cependant, il n’y a pas que la tactique. Dans une Europe en plein désarroi avec le Brexit et la montée des populistes dans plusieurs pays, avec une élection présidentielle à l’issue incertaine en France, la chancelière allemande apparait comme un pôle de stabilité et de fermeté sur les principes démocratiques. Son aura dépasse même l’Europe.

Lors de sa dernière visite à Berlin, Barack Obama l’a en quelque sorte intronisée dans ce rôle d’égérie du monde occidental. Avec la victoire de Donald Trump, le sceptre est tombé des mains du président américain. C’est embarrassant. Le leadership de l’Allemagne est à la fois réclamé et craint. L’Allemagne n’en veut pas et, l’expérience historique aidant, les Allemands eux-mêmes en ont peur.

Mais il n’est pas indifférent que, pour expliquer son intention de briguer un quatrième mandat après avoir pesé le pour et le contre –«J'y ai beaucoup réfléchi. Je prends du temps pour mes décisions», a-t-elle dit–, elle ait repris mot pour mot ce qu’elle avait déclaré au lendemain de l’élection de Donald Trump. La défense de nos valeurs et de notre mode de vie, sera contre le populisme au cœur de la prochaine campagne, afin de garantir «la démocratie, la liberté, le respect du droit et de la dignité de chacun, quels que soient son origine, sa couleur de peau, sa religion, son sexe, son orientation sexuelle et ses opinions politiques». Un programme en faveur de l'État de droit, à un moment où il est ébranlé de l’intérieur et de l’extérieur.

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