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Comment décrypter la vidéo du programme des 100 jours de Trump?

Le président-élu essaie surtout de se défendre, alors qu'il n'est toujours pas au pouvoir.

Attaqué de toutes parts depuis son élection, Donald Trump a finalement répondu par… une vidéo. L'équipe de transition du président-élu américain l'a publiée sur son compte YouTube –qui ne comptait jusque-là qu'une autre vidéo de Donald Jr. faisant l'hagiographie de son père. Il y présente un plan pour ses cent premiers jours à la tête du pouvoir. Cent jours cruciaux, aux États-Unis, qui commenceront le 20 janvier, quand il succédera officiellement à Barack Obama.

On y voit donc Donald Trump, affublé de son habituel teint orange, l'air crispé, réciter le texte écrit sur un prompteur (auxquels il semble, comme d'habitude, rajouter des commentaires comme «il était temps», ou «tellement important») dans un lieu inconnu, avec un drapeau américain dans le fond. Au fur et à mesure de son discours, la caméra se rapproche, à tel point que l'on finit si près de lui et que puisqu'il ne s'arrête jamais de fixer la caméra, on se demande si l'on va parvenir à lui échapper.

«Plus inclusif»

Le ton se veut pourtant rassurant et comme le souligne un ancien porte-parole de la Maison-Blanche, interrogé par le New York Times, «le message de Donald Trump est plus inclusif. C'est le dernier exemple d'un modèle mis en place lors de la campagne, et qui consiste à retenir son instinct qui l'amène à proclamer des discours explosifs quand il sent que c'est dans son intérêt». Il parle bien de rendre l'Amérique meilleure pour «tous les Américains, vraiment tout le monde», même s'il semble mettre particulièrement l'accent sur la classe moyenne.

On retiendra qu'il y défend sa période de transition qui se passe «en douceur», et de façon efficace contrairement à ce qui a été rapporté jusque-là, que «des hommes et des femmes talentueux» rejoignent son équipe tous les jours. Puis il se lancent sur son programme pour les cent premiers jours au pouvoir. 

Donald Trump évoque six points principaux qui seront mis en place dès son arrivée à la Maison-Blanche: dénoncer le traité commercial transpacifique, annuler les restrictions sur les énergies, lutter contre la bureaucratie en simplifiant les règlementations, protéger les infrastructures vitales de l'Amérique des cyberattaques et autres d'attaques, enquêter sur les abus des programmes de visas, interdire tout passage dans le privé pendant cinq ans pour tout membre de l'exécutif.

Donald Trump prévoit d'essayer de naviguer entre les organes traditionnels de la presse écrite et de la télévision pour communiquer son message au public américain

Il a cependant oublié deux points clés de ses promesses de campagne: le mur qu'il doit construire entre les États-Unis et le Mexique, mais aussi son alternative à l'Obamacare, qu'il devait (au moins) rénover. 

Cette vidéo arrive à un moment important, alors que les médias se demandent ce qui se passe dans cette équipe de transition et sur ce que seront ses objectifs. Donald Trump n'a accordé que deux interviews depuis son élection. Le New York Times indique que cette vidéo montre aussi à quel point «Donald Trump prévoit d'essayer de naviguer entre les organes traditionnels de la presse écrite et de la télévision pour communiquer son message au public américain».

Une vidéo qui aurait fait rêver les communicants en d'autres temps

Des méthodes qui auraient fait rêver Ari Fleischer en d'autres temps. L'ancien porte-parole de la Maison Blanche sous George W. Bush a indiqué au quotidien américain que Donald Trump «se servait de la technologie pour communiquer avec le public dans un format dont le staff de l'ancien président n'aurait pu que rêver il y a quinze ans, parce que les médias l'auraient présenté comme de la propagande».

De quoi se demander si cette vidéo est une vidéo de propagande. Pas selon Philippe Moreau Chevrolet, président de l'agence de communication MCBG Conseil, qui estime qu'elle reprend «les canons de la communication présidentielle américaine».

Pour lui, cette sortie ressemble surtout à de la communication de crise.

«Cette vidéo existe parce que Donald Trump a été attaqué aux États-Unis sur son incapacité à former une équipe de transition. C'est un message défensif, qui vise à donner une image positive de la transition. Elle permet également de faire diversion en disant “Voilà les points sur lesquels je vais attaquer”, et espère que les gens vont arrêter de s'attaquer à son équipe et se concentrer sur son embryon de programme.

Ce n'est pas de la propagande, c'est juste une communication de crise. Bien sûr, sur le fond, les mesures qu'il annonce ressemblent plus à de l'idéologie, qu'à de vraies mesures pratiques qu'il va pouvoir mettre en place dès son arrivée au pouvoir.

Et sur la forme ce n'est pas très réussi. Il n'est pas souriant, il n'est pas très à l'aise, et on ne peut pas dire que ce soit très convaincant.»

«Du vide»

Il souligne par ailleurs que Barack Obama utilise les mêmes méthodes pour communiquer. Mais contrairement à Obama qui s'appuie sur des faits et une certaine réalité pour faire passer son message, celui de Trump repose, selon lui «sur du vide».

«Les mesures qu'il annonce sont très imprécises et très vagues. Le fait de dire que son équipe de transition marche ne correspond pas à la réalité.»

Le style Trump tranche particulièrement avec celui d'Obama, parce que ce dernier avait construit son image patiemment, et avait adopté le ton présidentiel. Difficile d'imaginer Obama ordonner sur Twitter à des acteurs de s'excuser pour s'être, selon lui, mal comporté avec son colistier, ou s'en prendre à une émission humoristique pour la façon dont il y caricaturé.

S'il continue ainsi, c'est-à-dire refuser les confrontations avec la presse, délivrer des messages vagues pour son électorat, et en centrant tout sur sa personne, on sera dans un système qui n'a jamais existé aux États-Unis

À la différence d'Obama, Trump boude les conférences de presse. En deux semaines, il n'a donc accordé que deux interviews, et utilise surtout Twitter pour s'attaquer à ses détracteurs –de la pièce de théâtre Hamilton, au «SNL», en passant par le New York Timeset s'inventer des succès.

«Il continue de faire ce qu'il sait faire. Le reste, il ne sait pas le faire, pour l'instant en tout cas. Une conférence de presse, cela signifie s'exposer à des questions que l'on ne maîtrise pas, et à révéler que l'on n'est pas prêt. Il va devoir construire une crédibilité, se préparer, mais pour l'instant, je pense qu'il n'est tout simplement pas prêt. Mais ça reste de la transition. Je pense qu'il n'a pas encore pris la mesure, et qu'il a l'air d'avoir assez peur.»

«On ne peut pas lui faire de procès d'intention»

Mais pour résumer, cette vidéo n'est pas une preuve de propagande. Quand on se penchera sur son bilan dans quatre ans, nous aurons peut-être un avis différent.

«C'est une communication de crise de court terme. Il est attaqué sur sa transition, il répond sur sa transition. C'est de bonne guerre de se défendre et de répondre, et on ne peut pas lui reprocher ça. On peut lui reprocher cependant de le faire de manière unilatérale, de ne pas faire de conférence de presse ou de prendre de questions. On peut lui reprocher de dire des choses visiblement infondées, fausses et vagues. Et ça, c'est le début d'un système de propagande.

 

S'il continue ainsi, c'est-à-dire refuser les confrontations avec la presse, délivrer des messages vagues pour son électorat, et en centrant tout sur sa personne, on sera dans un système qui n'a jamais existé aux États-Unis, et qui sera franchement très inquiétant. Mais pour l'instant, on ne peut pas lui faire de procès d'intention. C'est l'erreur que l'on a fait avec lui depuis le début.»

Reste qu'il ne semble toujours pas prêt à converser avec les médias. Alors qu'il devait rencontrer les journalistes du New York Times ce mardi, il a finalement annulé le rendez-vous, parce que certaines conditions ont été «modifiées à la dernière minute», ou plutôt, plus probablement, parce que ses nouvelles conditions à lui n'ont pas été acceptées par le quotidien.

Comme tu dis Donald, «pas cool».

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