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Comment Vladimir Poutine risque de provoquer la fin de l'Otan ou une guerre mondiale

Vladimir Poutine et Barack Obama, le 20 novembre à Lima | Brendan Smialowski / AFP

Vladimir Poutine et Barack Obama, le 20 novembre à Lima | Brendan Smialowski / AFP

Le prochain coup de Vladimir Poutine risque d'être bien plus dangereux que les précédents. Et précipiter la fin de l'Otan ou créer les conditions d'une guerre mondiale.

Il y a quatre ans, je prédisais l'invasion russe en Ukraine. Voici mon nouveau pronostic qui, pour beaucoup, sonnera comme une évidence: les pays Baltes seront les prochains sur la liste. L'invasion ne sera probablement pas directe. Et c'est là que la présidence Trump connaîtra sa première et plus importante mise à l'épreuve.

Les desseins du président russe, Vladimir Poutine, sont clairs et sa stratégie globale. Mais elle diffère un peu de la perception habituelle des réalistes. Pour certains, Poutine est mû par des objectifs rationnels et défensifs: l'expansion de l'OTAN semble menacer la Russie et la Russie se protège. L'Occident étend sa sphère d'influence aux dépens de celle de la Russie et la Russie riposte. Et «la crise ukrainienne est la faute de l'Occident», pour reprendre les termes de John Mearsheimer.

Reste qu'à l'instar du gros de la production réaliste, ces arguments sont absurdes. Poutine n'est pas animé par les froids calculs d'un intérêt personnel rationnel, car aucun être humain ne l'est. Nous ne sommes pas des Vulcains. Nous sommes animés par ce que nous pensons être notre intérêt personnel tel que le façonnent et le définissent nos présupposés et nos croyances les plus profonds – autrement dit, notre idéologie et notre religion.

Une forme particulière de nationalisme russe

Ce que croit Poutine, c'est que l'hégémonie de la Russie sur ses plus proches voisins est nécessaire à sa sécurité, car c'est ainsi qu'il conçoit la Nation russe et le destin historique de son pays. Poutine (et la chose est peut-être encore plus vraie pour son cercle rapproché) ne se contente pas d'être nationaliste. Le Kremlin est visiblement poussé par une forme particulière de nationalisme russe mâtiné de religion, de fatalité et de messianisme. Dans ce grand récit, la Russie est la gardienne de la chrétienté orthodoxe. Sa mission: protéger et propager la foi.

Dans ce grand récit, la Russie est la gardienne de la chrétienté orthodoxe. Sa mission: protéger et propager la foi.

 

Une Russie réellement rationnelle ne verrait pas l'expansion de l'OTAN et de l'Union européenne comme une menace, parce que l'ordre libéral étant ouvert et inclusif, il finira par renforcer la sécurité et la prospérité de la Russie. Sauf que pour Poutine et d'autres Russes qui voient le monde à travers les lunettes du nationalisme religieux, l'Occident est intrinsèquement néfaste du fait de sa dégénérescence et de son mondialisme.

Dans cette perspective, l'OTAN n'est pas un garant inoffensif de l'ordre libéral en Europe, il est l'agent méphitique de l'Occident abâtardi et le premier obstacle à l'avènement de la grande Russie. Dès lors, la stratégie globale de Poutine exige de briser l'OTAN. Et, plus précisément, de vider de sa substance l'Article 5, garantie de sécurité mutuelle pour tous les signataires du Traité de l'Atlantique Nord.

La stratégie de l'escalier

Poutine a déjà sérieusement écorné la crédibilité de l'OTAN. Ses deux dernières cibles, la Géorgie et l'Ukraine, n'en faisaient pas partie. Mais en 2008, ces pays s'apprêtaient tout à fait officiellement à participer au plan d'action pour l'adhésion, soit la première étape de l'intégration. La Russie s'opposera clairement et publiquement à toute marche vers une adhésion à l'OTAN de ces deux pays – avant de les envahir.

Les invasions russes en Géorgie et en Ukraine ont généré des territoires contestés – l'Ossétie du Sud, l'Abkhazie et la Crimée – occupés par des soldats russes. Jamais un pays n'entrera dans l'OTAN s'il est partiellement occupé par la Russie.

Dans cette perspective, l'OTAN n'est pas un garant inoffensif de l'ordre libéral en Europe, il est l'agent méphitique de l'Occident abâtardi

 

Pour poursuivre l'expansion de la Russie, Poutine jouit actuellement du climat international le plus favorable depuis la fin de la Guerre froide. L'unité européenne est fracturée. Les membres de l'Alliance s’interrogent sur la valeur du pacte de sécurité mutuelle. Et le prochain président américain semble ouvertement favorable à la Russie et prompt à excuser tout éventuel comportement irresponsable de sa part.

Le prochain coup de Poutine risque d'être bien plus dangereux que les précédents, vu qu'il avancera probablement dans les pays Baltes qui, eux, sont membres de l'OTAN. Il n'enverra pas de larges contingents de soldats russes en uniforme franchir leur frontière – même les plus précautionneux membres de l'OTAN ne pourront ignorer une invasion conventionnelle.

Le scénario d'une crise mondiale

Mais Poutine pourrait bel et bien provoquer une crise militaire ambiguë via des intermédiaires avec lesquels il niera tout lien, et ce probablement dans les deux ans à venir. Peut-être que des Lettons ou des Estoniens russophones (un quart de la population lettone et estonienne est composée de Russes ethniques) se soulèveront, manifesteront

Poutine pourrait bel et bien provoquer une crise militaire ambiguë via des intermédiaires avec lesquels il niera tout lien.

 

pour défendre leurs droits, affirmeront qu'on les persécute et feront appel à une «protection internationale». Un «Front populaire pour la libération des pays Baltes russes» naîtra comme par enchantement, tout armé, casqué et bizarrement très bien formé. Quelques assassinats et attentats pousseront les pays Baltes au bord de la guerre civile. Un petit mouvement insurrectionnel pourrait voir le jour.

La Russie bloquera toutes les résolutions du Conseil de Sécurité de l'ONU, mais offrira unilatéralement ses services pour maintenir la paix. Le Conseil de l'Atlantique Nord se réunira. La Pologne sera en première ligne pour invoquer l'Article 5, déclarer les pays Baltes attaqués par la Russie, et battre le rappel d'une défense collective contre l'agression russe. Les Allemands et les Français taperont du poing sur la table. Tout le monde se tournera vers les États-Unis pour voir de quel côté penche le leader de l'alliance.

La mort de l'Otan ou la guerre

Si l'Alliance n'invoque pas l'Article 5, la garantie de sécurité mutuelle de l'OTAN sera matériellement vidée de son sens. Désormais, plus aucun membre de l'alliance n'accordera le moindre crédit au Traité pour garantir sa propre défense face à la Russie. L'horloge géopolitique remontera jusqu'en 1939. Certains pays d'Europe de l'Est choisiront l'équipe russe. D'autres, comme la Pologne, s'armeront jusqu'aux dents. Le rêve de Poutine se réalisera: l'Occident sera disloqué et il aura le champ libre en Europe.

Mais si l'Alliance invoque l'Article 5, alors cela équivaudra à une déclaration de guerre de l'Occident contre la Russie. Et c'est là que Trump devra décider si la défense de la Lettonie mérite ou non de risquer une Troisième Guerre mondiale.

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Bertrand6687

a écrit le 25.11.2016 à 17 h 38

Bonne analyse sur la stratégie Russe, mais vous oubliez un paramètre, les Russes de Lettonie sont maintenant pour la plupart citoyens Européens, Riga est une capitale Européenne, les chefs d'entreprises Russophone sont bien comptent d’être sur le marché Européen, les Russophones sans qualifications vont travailler légalement sur des chantiers en Norvège ou en Irlande et non à Moscou, la Lettonie c'est pas l’Ouzbékistan ou la Crimée, encore dans la mentalité soviétique, les jeunes Russophones de Riga ne portent peut être pas la Lettonie dans leurs cœurs mais ils ont certainement pas envie de faire la guerre pour la Russie ni de devenir des citoyens Russes. C'est sûr que les Lettons et Russes ont chacun une vision diférente de l'histoire mais il y a rarement de la haine, sur place l'ambiance n'est pas à la préparation de la guerre civile, l'entente est cordiale, il y a pas de tensions "ethniques" en Lettonie, la préoccupation de chacun est de faire du business, d'étudier ou de trouver un travail bien payé. Les Russes ont eu du mal il y a 25 ans mais maintenant ils ont accepté que la Lettonie était un pays, tous les Russes de moins de 45 ans parlent le Letton, ce sont souvent les jeunes Lettons qui se sentent discriminés car eux ne parlent pas Russe mais la plupart des employeurs (même d'origine Lettone) exigent de parler Russes et Letton et Anglais, ce qui est à l'avantage des Russophones, les Medias sont aussi très Russes, le monde des affaires aussi, il y a que l'affichage public et l'administration qui est 100 % Lettone et ça les Russes ont fini par l'accepter et faire avec. C'est sûr que Poutine peut essayer de faire monter la pression et inventer des faux prétextes mais sans un soutient de la masse Russophone ces petits hommes vert parachutés dans les campagnes Lettones n'arriveront à rien.
J'ai connu la Crimée Ukrainien, il y a 10 ans c'était frappant de voir que toute la population locale ne se sentait pas du tout appartenir à l'Ukraine, quelques soit l'origine des Criméens pour eux ils faisant partis du peuple Russe et leurs capitale était Moscou, l'appartenance à l'Ukraine était vécu comme une anomalie administrative. A côté de sa la moitié des manifestants pro Maidan étaient des Russophone qui voulait vivre dans une société occidentale, la guerre en Ukraine est pas entre Russophone et Ukrainien mais entre un désir de vivre dans une société occidentale ou de vivre avec les codes Post-soviétiques de Poutine, des statue de Lénine sur les places publiques et avec la propagande anti US en fond sonore....Les Russes de Lettonie vivent en occident depuis 15 ans, les statues de Lénine ont étés déboulonnées il y a 25 ans et il y a rien d'attirant pour eux dans la Russie de Poutine.
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