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«Il a couché avec son ex et m'est revenu traumatisé alors que ce n'est jamais arrivé avec d'autres»

Diana's Little Venice Party | Andrew Stevovich via Wikimedia CC License by

Diana's Little Venice Party | Andrew Stevovich via Wikimedia CC License by

Cette semaine, Lucile conseille Louise, une femme dans un couple libre dont le conjoint est soudain pris d'un besoin nouveau de possession depuis qu'il a couché avec une ex.

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.
Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse:[email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

Voilà pourquoi je vous écris: depuis un certain temps maintenant, je sors avec un homme. Nous sommes dans une relation libre, au niveau sexuel et même amoureux, nous ne sommes pas exclusifs. C'est la première fois pour l'un et l'autre que nous expérimentons une telle relation, et nous sommes comblés, du moins jusqu'à récemment.

Pour commencer, nous nous confrontons au jugement souvent dur des autres. Pour certains, nous sommes égoïstes, nous ne nous aimons pas vraiment, alors que je pense que c'est tout le contraire! Pourquoi vouloir posséder quelqu'un? Cet homme, je pense sérieusement que c'est l'amour de ma vie, mais il ne m'appartient pas et je ne lui appartiens pas. Beaucoup de gens ne comprennent pas ça. D'ailleurs, ses parents ne sont pas au courant, ni certains de nos amis. Ils n'ont pas forcément à le savoir mais j'ai l'impression de tromper le monde.

Ensuite, le véritable problème, c'est que récemment, il a couché avec son ex. Il m'est revenu totalement traumatisé, alors que ce n'est jamais arrivé avec d'autres. Il avait peur que je ne l'aime plus, que je sois déçue, alors que je lui avais dit auparavant que ça ne changerait rien, ça ne me dérange pas qu'il la voie. J'ai réussi à le rassurer, mais il est passé en mode «je t'appartiens» (littéralement, il me l'a dit). Je ne sais pas trop quoi faire.

Bien sûr, je le rassure, je prends soin de lui, et je respecte qu'il pense ainsi. Je ne vais pas voir ailleurs, il a besoin de temps. Mais ça me dérangerait un peu que notre relation évolue de cette manière. Ce n'est pas ce qui nous branchait au départ. Il a dit que ça nécessite une très grande force psychologique qu'il craint de ne pas avoir finalement. Cette soirée avec son ex l'a totalement bouleversé. Je l'aime tellement, ma priorité est qu'il aille bien, je ne sais pas vraiment comment agir...

Louise.

Chère Louise,

il faut beaucoup de force, en effet, pour assumer ce mode de vie en couple sur des années. Je ne dis pas que c'est impossible. Juste, que vous ne pouvez pas avoir tout le temps des envies tout à fait synchronisées avec votre conjoint. Je partage votre point de vue sur le fait que personne ne devrait appartenir à personne mais personne n'a, non plus, à évoluer exactement de la même manière, comme enchaînés, en parallèle de qui que ce soit. C'est également le cas des couples exclusifs. Sur une vie, même sur dix ans de vie commune, il y aura des passages où les envies de l'un ne seront pas forcément les envies de l'autre et refuser ça par avance c'est s'assurer de très lourdes zones de turbulences.

Si votre conjoint a besoin de revenir à une phase d'exclusivité, pour sa part, cela ne doit pas être un problème pour vous. Puisque vous ne le précisez pas, je suppose qu'il ne vous impose pas de faire de même

Si votre conjoint a besoin de revenir à une phase d'exclusivité, pour sa part, cela ne doit pas être un problème pour vous. Elle n'est pas subie, il la désire. Et, puisque vous ne le précisez pas, je suppose qu'il ne vous impose pas de faire de même. Vous n'êtes ni clones, ni siamois, qu'est-ce qui vous dérange dans la non réciprocité du contrat? Le plus important est que chacun y trouve son compte et son équilibre.

Vous avez raison de le rassurer, d'être là pour lui, de faire preuve de patience. Mais vous pouvez aussi remettre le sujet sur la table et exposer vos désirs pour les mois/années à venir. Rien n'est jamais acté dans le couple et ce n'est pas parce qu'une situation convenait à un moment qu'elle conviendra toujours. Vous pouvez très bien discuter de ses désirs, des vôtres et trouver un arrangement entre les deux si cela ne s'emboîte pas parfaitement. C'est ce qu'on appelle le compromis. Et c'est nécessaire quand on souhaite construire avec l'autre.

Dans une relation basée sur la liberté absolue, je crois plus que jamais à l'importance du dialogue et de l'honnêteté. Ne minimisez pas le fait que cette liberté est importante pour vous, que c'est là que réside votre équilibre et que vous trouvez injuste qu'on vous impose du jour au lendemain de la remettre en cause. S'il vous aime, et puisqu'il a profité de cette même liberté, il comprendra. Dans ce couple où vous inventez vos propres règles, c'est tout à votre honneur, n'oubliez pas l'importance de règles tout de même. Si les termes du contrat changent, il faut tout rediscuter. Rien n'est perdu ici mais ne sacrifiez pas vos désirs au bénéfice de son bien-être, par amour. Quelque part, entre les deux, une solution existe, j'en suis sûre.

Concernant le regard des autres, je suis au regret de vous annoncer qu'il n'y a pas de recette miracle. Vous ne pouvez pas empêcher vos proches de penser ce qu'ils veulent d'un mode de vie si différent du leur. Bien sûr que vous avez des arguments à leur opposer et que votre bonheur est une preuve suffisante mais vous ne pouvez pas les forcer à comprendre. Je crois, pour ma part, que chacun est libre de mener sa vie comme il l'entend, tant qu'il ne fait délibérément du mal à personne. Mais vous devez comprendre que, pour beaucoup, les chemins alternatifs ne sont qu'effrayants. Et que si le couple hétérosexuel monogame imposé par la religion «fonctionne» depuis des années, ils ne voient pas pourquoi on s'obstinerait à envisager les choses autrement.

Je ne peux que vous conseiller d'en parler tout de même, d'affronter ce regard, d'opposer votre épanouissement personnel, de faire de la pédagogie. Vivre dans le mensonge, puisque vous en souffrez déjà, sera toujours pire que de supporter quelques regards de  désapprobation et quelques conversations désagréables. Ce mode de vie vous rend heureuse, c'est l'essentiel. Essayez d'expliquer une fois, deux fois, et si ils décident de ne pas voir l'évidence, laissez les sans regret dans leur ignorance. Sachez juste, si ça peut vous consoler, que vous n'êtes pas les seuls à vivre cette vie et qu'entre polyamour et libertinage vous devriez trouver même pas loin de chez vous d'autres personnes plus ouvertes d'esprit pour en discuter (de ça ou d'autre chose d'ailleurs).

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